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Le disparu du col de la Temple – 1/3 Nouvelle

Il neige, tous les sons sont atténués, enveloppés, cotonneux, amortis ; il a fait demi-tour.

Derrière lui il y a un corps, il s’enfoncera doucement dans la rimaye entre le rocher et la neige; cette neige, qui est douce et froide, agit comme un lubrifiant et permet au corps d’entamer lentement une glissade dans un espace – une poche insoupçonnable – de la longueur d’un sarco- phage. C’est là qu’il reposera maintenant et pour long- temps.

Est-il encore vivant cet homme au moment où il glisse, la tête ensanglantée, vers le bas ?

Avant que tout ne s’éteigne pour toujours, avant que son monde ne disparaisse à jamais, sa main se crispe dans un geste rageur, ce dernier mouvement épuise les derniers grammes d’énergie qu’il possède encore ; il disparaît.

*

Bernard Messner se tenait au milieu d’un groupe d’hommes et de femmes dont certains, pour les hommes, avaient des épaules larges de lutteurs, portaient des vêtements amples et une arme à la ceinture. À bien y regarder, les quelques femmes présentes avaient une silhouette de sportive aguerrie et, comme leur alter ego masculin, arboraient leur arme de service. Bernard Messner tranchait au milieu de ces sportifs. Il avait l’allure d’un professeur des années soixante, affectionnait les pantalons de velours à grosses côtes, portait part tout temps des chemises invariablement bleues. Sa moustache était rigoureusement taillée en brosse et au cordeau, on ne lui connaissait ni femme ni enfant et, de tous les présents, seule son adjointe aurait pu apporter quelques détails, ce qu’elle n’aurait fait sous aucun prétexte, concernant son itinéraire dans les services de la police.

C’était le pot de départ d’un homme qui avait beaucoup œuvré pour la République. Il avait connu des grâces et des disgrâces, des présidents de droite comme de gauche, avait refusé de se salir les mains dans des barbouzeries et partait la tête haute après de longues années de service, uniquement passionné par la logique formelle du philosophe Ludwig Wittgenstein et les plantes rares.

Une table était dressée contre un mur, les bouteilles de jus de fruits abondaient.

Louise Wittgenstein achevait un discours fait d’hommages et de souvenirs, de récits de filatures impossibles, de traques et d’interventions délicates avec quelques citations drolatiques dont seul Messner pouvait saisir les doubles sens.

Ce duo avait défrayé plus d’une fois la chronique des enquêteurs pour leur pugnacité, leur persévérance et leur formidable taux d’élucidations d’affaires pour lesquelles les meilleurs limiers avaient plus d’un fois déclaré forfait.

«Et pour ce départ vers des lieux propices à la méditation et au repos, ayant noté avec plaisir que c’est dans un département à la criminalité si naïve et si douce, les Hautes-Alpes, que vous comptez poser vos valises pour quelques semaines, je suis particulièrement et sincèrement heureuse de vous offrir un livre rare. » (…)

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