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La vie en noir et gris

Lhiver loin des montagnes au bord de l’océan, de grains en coup de vent, on rêve de neige, de blancs versants.
Ici, l’hiver est gris, l’hiver est pluie. Passés les derniers espoirs ensoleillés de l’été indien qui bien souvent nous réchauffe jusqu’après octobre, l’automne envoie les premières salves de grisailles avant que l’hiver pluvieux nous assaille. Un quotidien en noir et gris. Le matin il fait noir, c’est encore la nuit, le soir très tôt il fait sombre, c’est déjà la nuit. Entre les deux c’est le jour, mais bien souvent il est gris. Trop rares ciel bleu et soleil, peu coutumière de nos hivers leur lumière…
L’hiver a choisi ses habits. Mais alors, le blanc dans tout ça ? Il y a bien quelques nuages qui traînent bas dans le ciel ou encore l’écume de grosses vagues poussées à la côte par les tempêtes de saison, mais rien qui ne parvienne à éblouir nos yeux à demi-clos.
Et puis soudain, malgré l’éloignement il y a justement comme un blanc dans tout ce gris, un léger silence, un bruit étouffé, feutré. La météo, les journaux, les réseaux sociaux et autres échos provenant de vos vallées, annoncent les premières chutes de neige de la saison. Les amis sensibles aux informations importantes relaient rapidement. Certains se targueront forcément d’un séjour imminent à la montagne, qui dès lors s’annonce sous les meilleurs hauspices, cela va de soi. Qu’importe l’épaisseur de la couche, qu’importe le redoux à venir. Il a neigé là-bas sur les montagnes. Les plus en peine modifient le programme du week-end, on avise l’agenda, on est prêt à faire une voiture pour y aller, on trépigne ici-bas. Il fait froid là-bas haut alors on est chaud ! Doudoune et sac à dos, gants, bonnet, crampons, piolet. Deux nuits en cabane, onglée, joli col, petit sommet. On se prend à rêver. La chute lointaine des premiers flocons cristallise les conversations entre esprits vagabonds et marins grognons. Et tandis qu’on s’imagine marchant ou glissant sur l’or blanc, ici dehors il pleut encore. Et on a beau lever nos yeux bleus vers les cieux gris, point de limite pluie – neige. Simplement de la pluie aussi loin que nos yeux voient, piqués par les gouttes. Rincées nos envies.

Alors on écume, on s’embrume et on s’enrhume
malgré le rhum,
on broie du noir, on vire au gris, on boit des verres,
du blanc.

À ce moment précis, l’isotherme zéro degrés ne se situe pas plus haut que dans nos cœurs aigris. Pourquoi donc nos contrées atlantiques ne se parent-elles pas du blanc manteau quand vient l’hiver ? Maudit Gulf Stream ! Bien beau de nous gratifier d’un climat tempéré et d’un océan aisément baignable plus de six mois de l’année. Mais l’hiver, quelle misère ! Alors on écume, on s’embrume et on s’enrhume malgré le rhum, on broie du noir, on vire au gris, on boit des verres, du blanc.
Et puis parfois alors qu’on y songeait plus, il neige. Mais c’est si rare que tout s’arrête. La neige en nos contrées du grand ouest a pouvoir de pétrification. On se crispe, on ralentit, certains s’arrêtent, net. C’est qu’on ne sait pas bien comment faire. Flocon fasse attention de ne pas glisser, avec l’auto, à vélo ou même sur nos pieds plutôt marins, accoutumés aux quais pavés. On n’est pas habitué à se cramponner où à se laisser glisser à quai. Ils sont pourtant bien salés, mais dans ce cas pas assez.
Finalement ça tourne à l’événement. Le blanc apaise, on met le gris et le noir entre parenthèses. Surtout ne pas déneiger, faire durer ! Ça ne dure jamais bien longtemps en réalité. Le Gulf Stream est là qui veille, maudit courant. Juste le temps d’une joyeuse pagaille dans les rues et de quelques clichés saugrenus. Ski de fond sur la plage, snowboard sur la dune, luge dans les parcs, igloo sur le port. Tenues de ski, couleurs criardes et après-skis. Un jour ou deux puis c’est fini par ici. Fini le blanc, retour au gris. C’était bien la neige, alors on a les boules…

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