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Il nous pompe l’air’bnb ?

Tous les indicateurs le montrent : l’immobilier de montagne est au beau fixe malgré les craintes liées à la crise sanitaire. Les cabinets spécialistes du marché de l’immobilier le disent à ceux qui hésitent encore : investissez en montagne ! Les prix au mètre carré ne cessent d’augmenter, la « valeur » montagne aurait le vent en poupe. 

Acheter un logement,
oui mais pour qui ?

Acheter un logement, oui mais pour qui ? Dans l’immense majorité des cas, les investissements réalisés à la montagne sont destinés à une résidence secondaire ou pour de la location en résidence de tourisme. Problème : ces logements restent inoccupés une grande partie de l’année et contribuent au déclin du dynamisme économique et démographique des villages et petites villes de montagne. Ce sont les lits froids ou volets clos.

Les grandes stations intégrées, sans véritable vie à l’année, ne sont évidemment pas (ou peu) concernées. Mais pour les autres, les petits villages dotés d’une école, de commerces, de petites industries à proximité ou d’artisanat et d’agriculture en recherche de main d’oeuvre, quels sont les recours pour loger les habitants, jeunes du pays ou néo-ruraux ? 

mesure phare :
le principe de compensation

Dans le cas d’une résidence secondaire, pas grand chose à dire même si le logement conserve ses volets clos 50 semaines sur 52.
Dans le second cas en revanche, celui d’une location de tourisme, les leviers existent pour obliger les propriétaires à les louer à l’année. 

Symbole d’une époque, c’est l’essor des meublés loués sur la plate-forme Airbnb qui a conduit une cinquantaine de grandes villes comme Paris, Lyon, Bordeaux ou Nice à limiter le nombre de jours de location autorisés à l’année. 

Autre mesure phare : le principe de compensation par lequel un propriétaire mettant en location un logement pour le tourisme doit en contrepartie mettre en location à l’année un logement équivalent, sur la même commune. 

Repoussé dans les grandes villes, Airbnb s’est donc tourné vers les villes moyennes mais aussi les villages de montagne et se félicite ainsi d’une « dispersion touristique » de sa clientèle.
La flambée des prix de l’immobilier, à l’achat ou à la location, pouvait continuer dans les campagnes, repoussant encore un peu plus loin les populations locales.

©DR

C’était sans compter sur la détermination d’habitants et d’élus du Pays Basque. Sous l’impulsion de l’ALDA, d’une association de défense des intérêts et des aspirations des populations, fatiguée de voir Airbnb s’accaparer le parc locatif, c’est toute la Communauté d’agglomération du Pays Basque (CAPB) qui a voté le principe de compensation le 5 mars dernier. Dans ces 24 communes, regroupant 300 000 habitants, toute nouvelle location de tourisme doit donc s’accompagner de son équivalent en bail à l’année (ou étudiant). Résultat escompté : plus de logements disponibles à l’année, mais aussi une baisse de la spéculation immobilière liée à une offre réduite. 

le fruit d’un courage politique rare

Sans rentrer dans les détails du mécanisme réglementaire, force est de constater que cette décision est le fruit d’un courage politique rare. C’est en effet un acte d’engagement fort auprès de la population locale, au détriment des très nombreux et influents propriétaires de résidences de tourisme dans une région hautement touristique (Biarritz, Anglet, Hendaye, Bayonne…). 

On peut donc se demander si les politiques de l’océan ne pourraient pas influencer un peu ceux des montagnes, histoire que le logement et son droit cessent d’être considérés comme des valeurs spéculatives comme les autres.

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