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Connu du grand public pour avoir, pendant un temps, piqué le record de vitesse à l’Eiger à Ueli Steck, Dani Arnold est aussi un technicien de la glace hors-pair. Il vient d’ouvrir une voie dans la désormais célèbre cascade d’Helmcken Falls, au Canada. Comme toujours, les images sont renversantes.

On a découvert cette cascade il y a quelques années lorsque Will Gadd et Tim Emmett dévoilaient au monde entier leur secret jusqu’alors bien gardé. Et pour cause : la cascade d’Helmcken Falls, au Canada (BC) est d’une beauté aussi rare que sont difficiles ses rares lignes gravies. Sa glace est formée par le gel de l’eau vaporisée par la chute toute proche à fort débit. Cette « vapor ice » comme l’appelle Tim Emmett, ou embruns glacés, ne permet pas de se protéger sur broches à glace. Il faut donc, une fois n’est pas coutume, spitter la ligne convoitée, tout en dégageant au fur et à mesure les épées menaçantes. On se souvient d’Emmett cherchant ses spits recouverts de glace à l’aide d’un détecteur de métaux. C’est à ce type d’outils peu conventionnel en cascade de glace qu’avait eu recours Dani Arnold pour se frayer un chemin l’année dernière. En vain. Il y a quelques jours, il y est retourné avec beaucoup plus de réussite, et l’excellent photographe de Mammut, Thomas Senff.

La massive cascade d’Helmcken Falls (141m) et ses embruns gelés donnant naissance à des lignes fantastiques. Ambiance visuelle et sonore garantie. ©PPR-Mammut-Thomas Senf

La force de la crevette

Power Shrimps, c’est le nom donné par le suisse à cette nouvelle voie, au regard des formes étranges formées par les innombrables stalactites, noueux comme les pattes d’une crevette. Les embruns et l’ambiance marine expliquent sans doute cela. La difficulté y est extrême car l’escalade y est subtile, toute en finesse sur cette glace fragile. « Contrairement à d’habitude, j’étais légèrement tendu pendant toute la durée de l’escalade. Je ne savais jamais si mon piolet était bien planté dans la stalactite et ne la transperçait pas. Car c’était plus de la neige dure que de la glace » rapporte Arnold. D’ailleurs, il est difficile d’estimer la difficulté et d’en donner une cotation tant ce type d’escalade est original. Les cotations classiques d’escalade sur glace y sont peu pertinentes. Les puristes rétorqueront que l’engagement n’est pas important, puisque le grimpeur se protège sur spits, dans le rocher, et non sur broches dans la glace. Certes. Il n’en reste pas moins que la ligne fera rêver plus d’un glaciairiste pour son esthétique, son devers et son toit absolument horizontal, configuration rarissime en cascade de glace. Ambiance comme nulle part ailleurs.

AprEs 40m seulement, j’ai atteint le crux dans la 1ere longueur : un toit horizontal.