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Décidément, l’Everest va continuer à faire parler de lui. Après les foules du printemps, c’est au tour des stars de courtiser le Toit du Monde cet automne : Andrzej Bargiel va tenter la première descente à skis sans oxygène, tandis que Kilian Jornet, auteur d’un doublé historique versant tibétain en 2017, est annoncé de retour sur l’Everest et aussi sur le Lhotse.

L’automne n’est plus habituellement jugée une saison propice à l’ascension de l’Everest, en raison de températures plus froides et surtout de risques de vents durablement (trop) forts. Mais la réussite des skieurs américains au Lhotse en 2018, et sans doute aussi la surpopulation du versant népalais au printemps ont donné des idées à deux alpinistes et athlètes de pointe de tenter leur chance cet automne sur le Toit du Monde.

Andrzej Bargiel à skis

L’homme qui a signé la première descente à skis du K2 en 2018 va tenter la première descente à skis intégrale de l’Everest, sans oxygène. En 1996, Hans Kammerlander chaussait les skis versant nord, mais 300 mètres sous le sommet. En 2000, Davo Karnicar a été le premier à descendre à skis du sommet par le col sud mais avec oxygène. En 2001, Marco Siffredi signait la première en snowboard et avec oxygène, avant de disparaître dans une deuxième descente. Andrzej Bargiel est déjà sur place et s’acclimate du côté de Namche Bazaar. Auteur des descentes à skis du Shishapangma (sommet central), du Broad Peak et du K2, Bargiel est sans doute aucun le skieur-alpiniste le plus doué actuellement. Le choix de tenter de skier le versant népalais est cependant suspendu à plusieurs conditions : l’arête sommitale est soumise aux vents furieux, et l’Ice-Fall, le chaos glaciaire entre le CB et le C1, qui risque d’être peu skiable.

Andrzej Bargiel au K2 © Bargiel/RedBull

Kilian Jornet de retour sur l’Everest

Quant à Kilian Jornet, c’est le journal népalais The Himalayan Times qui révèle que le catalan a un permis pour gravir l’Everest versant népalais cet automne. Un automne dont le calendrier, sur le site de Kilian, paraissait vide. Le voici bien rempli : Kilian Jornet aurait également l’intention de gravir le Lhotse. À nos questions sur ce retour à l’Everest, voici ce que Kilian a répondu : « Je vais voyager au Népal en famille et en profiter pour reconnaître le terrain et les voies sur les montagnes parmi les plus hautes et impressionnantes de la terre. Si jamais j’accompli une performance, je le ferais savoir une fois celle-ci terminée ». La rumeur est donc confirmée par un Kilian prudent.

 

Je vais voyager au Népal en famille et en profiter pour reconnaître le terrain et les voies sur les plus hauts sommets. Kilian Jornet.

 

C’est en tous cas un retour à l’Everest pour lui… sur l’autre versant de la montagne. Sa double ascension de l’Everest versant tibétain en mai 2017, dans des temps absolument remarquables et posant un nouveau record (ou Fastest Known Time), a fait couler beaucoup d’encre, mais pas que dans le bon sens. Dans un livre à charge paru cette année, The Rise of the ultra runners le journaliste du Guardian Adharanand Finn a repris l’analyse de Dan Howitt, un coureur américain, qui a remis en cause ses deux ascensions.

Kilian Jornet affirme avoir gravi l’Everest une première fois le 22 mai 2017 à minuit, et cinq jours plus tard, une deuxième fois, le 27 mai à 21h30, toujours sans oxygène bien sûr. De son côté, Howitt a souligné le fait que Jornet, malgré son habitude d’enregistrer ses performances, n’a pas de témoins de ses ascensions, et n’a pas de photos ou de vidéos convaincantes (Kilian a pris une séquence vidéo au sommet mais de nuit visible dans son film Path to Everest, et a pris une photo de sa montre indiquant 8848m), et a pointé le fait que ses deux traces GPS s’arrêtent respectivement à 8500m pour la première, et démarre à 8650 en descente pour la seconde ascension. Ce à quoi Kilian Jornet a répondu que sa montre n’avait pas correctement fonctionné, en raison du froid ou d’autres contraintes indépendantes de sa volonté. En tous cas, cet automne, Kilian Jornet pourrait aussi tenter de battre le record d’ascension de l’Everest versant népalais, record du français Marc Batard, 22h29 sans oxygène, un record qui tient depuis …1988.

Kilian Jornet ©Jocelyn Chavy

Sur l’Everest versant tibétain ©Kilian Jornet