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Le K2 est décidément la montagne phare de l’année. Et c’est une fois de plus un polonais, Andrzej Bargiel, qui s’illustre sur le 2e sommet du monde. Dimanche 22 juillet 2018, le phénomène du ski à haute altitude a ajouté un morceau de choix à son palmarès, déjà impressionnant, en réalisant la première descente intégrale à skis du géant pakistanais.

Son nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant Andrzej Bargiel est loin d’être un inconnu. Ce polonais de 30 ans et même une star dans son pays et dans toute l’Europe de l’est en général, jusqu’en Russie. Cette saison, le K2 (8611m) attire les convoitises des plus grands alpinistes polonais. C’est un peu leur sommet d’ailleurs, comme en témoigne l’histoire de la montagne et le noms qui jalonnent les différents itinéraires du deuxième sommet du monde. Après le feuilleton de l’hiver avec la tentative hivernale « K2 dla Polakow » de la crème des alpinistes polonais, Adam Bielecki et Denis Urubko en tête, c’est au tour du skieur tenter sa chance sur le K2, à skis pour sa part. « Mission complete » comme il le dit sur son compte Instagram…

©Red Bull

Descendre le K2 à skis est une vieille ambition,
parfois tentée, toujours échouée

K2 intégralement à ski

Andrzej Bargiel a quitté le camp 4 de la voie normale du K2 (l’éperon des Abbruzes, 1954) le 21 juillet dans la nuit, pour atteindre le sommet le 22 juillet au matin, skis sur le dos. Il a ensuite rapidement chaussé et a réalisé une descente empruntant plusieurs voies : d’abord l’éperon des Abbruzes jusqu’à l’épaule caractéristique qui mène vers l’éperon Cesen (1986). À mi-descente de cette voie, il s’est ensuite dirigé vers la variante Messner (1979) pour rejoindre une variante de la voie Kukuczka (1986) qu’il avait déjà skiée en 2017, lors d’une première tentative avortée pour cause de mauvaises conditions météo. Descendre le K2 à skis est une vieille ambition, parfois tentée, toujours échouée. On se souvient de Hans Kammerlander qui avait tenté sa chance en 2001, à la descente de son 12e 8000m, Mais il dût déchausser et finir à pieds après « seulement » 400m sur les planches. En 2009, Dave Watson skia la partie supérieure du K2, à partir de 8350m, une section appelée « bottleneck« , mais sans avoir préalablement atteint le sommet. Plus récemment, en 2011, Luis Stitzinger skia une partie de la voie Kukuczka. Cette première descente intégrale du K2 est donc une évènement qui marquera l’histoire de cette montagne.

Lion des Neiges

Avant de choisir le lion pour emblème de sa quête de ski à haute altitude, Andrzej Bargiel fait parler de lui en tant que léopard des neiges. Après un début de carrière de skieur-alpiniste de compétition (champion de Pologne, top 10 Pierra Menta, Patrouille des Glaciers…), le jeune skieur enlève le dossard et se frotte à sa première grosse montagne : l’Elbrouz. Mieux, il en vole même le record d’ascension à Denis Urubko lui-même. Dès lors, c’est en altitude, voire à très haute altitude, que le jeune prodige polonais va chercher à skier. Avec une VO2 max qui n’a d’égale que la largeur de ses cuisses, Bargiel pose une première pierre à son édifice en battant le record du challenge du Léopard des Neiges. Autrement dit : gravir et skier les cinq 7000m de l’ex-URSS. Une fois de plus, il vole le record à Urubko. Il entre alors dans la cours des grands. Et le jeune léopard devint lion…

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Summits of sa life

Même s’il n’a pas remporté autant de titres que son homologue catalan, la comparaison de Bargiel avec Kilian Jornet est inévitable. Tous deux sont des avions sur les skis et tous deux respirent aujourd’hui l’air raréfié des plus hauts sommets. À l’image du projet Summits of my life de Jornet, le polonais décide d’aller skier les plus hauts sommets du globe et baptise son projet « Hic sunt leones« , littéralement « Ici se trouvent des lions », une locution historiquement utilisée sur les zones blanches de cartes, pour nommer les régions inconnues. Ambitieux le garçon. Dès lors, il mène brillamment sa quête. Jugez plutôt de ses descentes à ski : Manaslu (8163m, 2012), Lhotse, de 7900m à 6000m (8516m, 2012), sommet central du Shishapangma (8027m, 2013) puis première au Broad Peak (8051m, 2015). Et le plus souvent, il réalise des temps canon à la montée. Pour Bargiel, allez vite pour l’ascension, et skier à la descente permet de rester moins longtemps en montagne et de gagner en sécurité. Ce qui n’est pas sans rappeler le credo d’un certain Steck. Aujourd’hui, Bargiel vit peut-être le plus gros rugissement de son projet de lion avec cette descente historique du K2. Autre atout : le jeune instagramer à GoPro vissée sur la tête est un pur produit de communication. S’il sait se faire accompagner par de grosses sociétés plus ou moins liées à la montagne (comme la marque au taureau ailé), il est aussi assez malin pour mettre en image ses ascensions, grâce notamment à l’appui de son frère, Grzegorz, alpiniste lui aussi et qui manie aussi bien l’appareil photo que le drone, comme en témoignent les quelques rushs mis à disposition ci-dessous.
Dans l’avenir proche, il ne faudra pas oublier que le skieur-félin conserve d’autres morceaux de roi dans la poche pour la saison prochaine, avec d’autres 8000 comme le Cho Oyu (8201m), le Lhotse encore et, évidemment, l’Everest. Un skieur à suivre, définitivement.

la comparaison de Bargiel avec Kilian Jornet est inévitable

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