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Treks en Himalaya

Ce sera la première française d’un film longuement attendu et tenu secret, après quelques projections en Espagne seulement. Les Rencontres Ciné Montagne de Grenoble diffuseront ce samedi 10 novembre 2018 le film retraçant la carrière de Kilian Jornet, jusqu’à ses deux Everest à petites foulées. Le film, que nous avons pu voir en avant-première, s’attarde évidemment sur les deux ascensions successives du Catalan sur le toit du monde, mais pas que.

C’est le film attendu de tous, aussi bien par ceux qui admirent le personnage que ceux qui le décrient. Il sera diffusé lors des 20e Rencontres Ciné Montagne de Grenoble. Ces derniers ne seront pas déçus par les premiers mots de son excellence Messner, premier alpiniste à avoir gravi l’Everest en 1978 avec Peter Habeler sans oxygène, puis en solo en 1980 sans oxygène: « J’écris un livre sur l’évolution de l’alpinisme traditionnel. Kilian ne sera pas dedans. Il ne fait pas partie de cette histoire.» On croit un instant que l’illustre alpiniste va compléter son propos en indiquant que Jornet fait justement partie d’une autre génération, la suivante, qui va plus haut plus vite. Mais non. C’est même Habeler qui prend le relais : « Pour un alpiniste, faire une voie difficile compte plus que de courir au sommet ».
Mais où nous emmène ce film qui n’encense pas d’emblée le prodige catalan, qui le sort du cercle codifié des « vrais » alpinistes ? Quelques minutes plus tard, rebelote. Sa mère elle-même décrit les zones d’ombres de son jeune fils, « solitaire, » « autodestructeur » qui « escaladait les montagnes pour éviter les autres ». Serions-nous devant autre chose que l’hagiographie redoutée ?
C’est que ce film aborde frontalement les périodes de doute de son héros. « C’est difficile de me voir comme une idole. Les gens ne savent rien de moi. Je me sens sale de savoir que les gens m’admirent. » disait-il après son abandon de la course de trail Cavalls del Vent en 2011. Et après la mort de Stéphane Brosse, en 2012, sous ses yeux : « Pourquoi lui et pas moi. Lui avait une famille, moi je n’ai personne. » Cette tonalité plutôt sombre rassurerait presque les spectateurs les plus critiques, craignant l’ode à Kiki.

« Pour un alpiniste, faire une voie difficile compte plus que de courir au sommet »
Peter Habeler

Vue aérienne sur le col nord. ©Arcadia prod./Lymbus

Un long chemin

À découvrir ou redécouvrir tous les épisodes de sa vie, on comprend que le mot le plus important du titre n’est peut-être pas Everest mais bien path, le « chemin vers ». Et ce en partant de ses débuts au club de ski-alpinisme local, dans sa Catalogne natale. Son premier coach était d’ailleurs Jordi Canals, membre de la première expédition catalane victorieuse à l’Everest, en 1985.  Et le chemin mène jusqu’au sommet de l’Everest (désolé pour ceux qui habitent sur la Lune depuis deux ans : on vous dévoile la fin). Encore que. À une époque où les performances lunaires justement d’un Ueli Steck sont mises en doute, les deux sommets successifs de Jornet ont également posé question. Les images du film indiquent un plan nocturne au sommet, à 8848m, atteint en 26h au lieu des 18h escomptées. Puis un autre, 6 jours plus tard à la tombée de la nuit. Cela apportera peu d’eau aux moulins les plus suspicieux. On comprend plutôt que sa satisfaction vient surtout des possibilités qu’ouvrent ces one push depuis Rongbuk. Côté réalisation, cette dernière partie est peut-être un peu trop grandiloquente. Même si les inquiétudes sont réelles et certainement fondées, les percussions et roulements de tambour altèrent le naturel.
Pour le reste on vous laissera apprécier la conclusion, d’un romantisme de western, option coucher de soleil, orchestre symphonique et harmonica, ponctuée d’une nouvelle petite punchline by Messner. Cinglante. Le monstre sacré n’étant pas connu pour son second degré. Osé de lui redonner la parole. Le lonesome cowboy catalan a encore du beau monde à convaincre, malgré tout. Mais nul doute que ce film comblera amplement tous ses fans.

Vue sur le sommet de l’Everest. ©Arcadia prod./Lymbus

Les 20e Rencontres Ciné Montagne de Grenoble connaissent un fort succès cette année et seules quelques places devraient être encore en vente directement aux guichets, à 18h.
Il faudra ensuite se rendre au Festival International du Film d’Aventure de la Rochelle puis à Montagne en scène pour voir Path to Everest de Kilian Jornet.