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Déconfinement, dé-conventionnement. Serait-ce l’année « dé-con » ?

Entre fédération, comités, institutions, collectivités et pratiquants, c’est la déconfiture.

Lorsque j’ai commencé à grimper sur le tard au tournant des années 2010, j’avais une vision très nature de l’escalade, comme un emblème libertaire. Une image d’Epinal dans laquelle je retrouvais pêle-mêle des clichés un peu datés me renvoyant à mes chères années d’enfance. Les années 80-90. J’y voyais des cheveux plutôt longs contenus par des bandeaux colorés, des corps musclés à la peau tannée, des tenues fluos et souvent saillantes empruntées à d’autres disciplines, de jeunes marques de matériel devenues emblématiques depuis. J’y décelais des regards avides de liberté et de sensations, un équilibre triptyque entre les pratiquant(e)s, leur discipline naissante et leur environnement de prédilection : le rocher, la falaise. Un art de vivre.

Par ailleurs, je cernais les basiques du fantastique travail nécessaire et souvent opéré bénévolement par les acteurs locaux, permettant à la communauté des grimpeurs de s’adonner à son loisir en falaise partout en France. Mais force est de constater que j’étais en retard de quelques longueurs sur le plan juridique. En d’autres termes, j’avais sauté quelques points. Chose exceptionnelle me concernant !

Equilibre, engagement, esprit de cordée,
autant de grands mots qui dévissaient
dans mon esprit mal assuré

Naïf que je suis c’est toute ma vision de l’escalade qui s’est donc effondrée il y a quelques semaines ; tel un pan de falaise mal « entretenue ». Equilibre, engagement, esprit de cordée, autant de grands mots qui dévissaient dans mon esprit mal assuré. Un peu perdu dans cet entrelacs de voix discordantes, j’ai décidé de consulter mon ami Alex, grimpeur diplômé d’état exilé dans les plaines du grand ouest mais néanmoins bon connaisseur des arcanes juridico-institutionnelles du petit monde de l’escalade.

Profitant d’une sortie à vélo sur l’île de Ré (une classique localement), je l’ai questionné un peu sur le sujet. Alex, contrairement à moi est un garçon cartésien et pragmatique. Il a déroulé à l’oral un brillant exposé sur l’historique et les enjeux du conventionnement des falaises par la FFME. Au terme de l’exposé qui nous avait vu parcourir une bonne vingtaine de kilomètres, j’ai acquiescé d’une moue dubitative. A vrai dire, je n’avais pas tout compris. Ou plutôt si, j’avais compris qu’il n’était pas aisé de comprendre les tenants et les aboutissants de ce sac de nœuds…En apparence, cette affaire n’est donc pas sans rappeler l’aspect d’une corde lovée par mes soins.

N’est-ce pas toujours un peu la même litanie ?
Le sport-loisir de pleine nature émergeant,
réfléchit à se structurer
par souci de reconnaissance

A bien y réfléchir, j’ai toujours été admiratif de l’œuvre de la génération de nos parents, voire de nos grands-parents dans le dynamisme associatif en lien avec les fédérations sportives, qui a permis l’essor et la structuration de nombreuses disciplines sportives dans les années 70-80. Mais j’avoue avoir toujours nourri quelques doutes sur ce principe appliqué aux sports de pleine nature ; activités qui par essence se distinguent de bien d’autres disciplines vouées dès le départ à se dérouler dans un cadre bien tracé, suivant des règles bien définies. Le sport de pleine nature par définition, ne se contient pas dans un couloir de nage ou sur une piste d’athlé.

N’est-ce pas toujours un peu la même litanie ? Le sport-loisir de pleine nature émergeant, réfléchit à se structurer par souci de reconnaissance, d’intégration, de financement nécessaire à son développement, d’encadrement et de transmission ou encore bien sûr de responsabilité. S’en suit le pas de côté qui le conduit à la mise en compétition. Mal nécessaire ? Chacun est libre de juger. Enfin, tel le graal de toute fédération sportive délégataire, se pose la question de l’Olympisme.

L’escalade au Mont Olympe, imaginez un peu ! Que de mandats et projets fédéraux déployés pour en arriver là. Oui, mais à quel prix pour l’escalade en falaise ? Alors, l’escalade au sommet des dieux du sport, antique erreur ou projet divin ?

En gardant du recul et avec le peu de hauteur que m’autorise ma contrée littorale, j’ai le sentiment que c’est en tirant sur le fil du projet olympique, que l’escalade sportive a mis pas après pas, ses fondamentaux sur la corde raide.

Comme un signe du destin, c’est en un seul et même trimestre qu’on a appris tour à tour, l’annulation de la première olympiade affichant l’escalade discipline olympique ; et le désengagement de la fédération dans le conventionnement des falaises. Plus haut ! La diff, plus vite ! la vitesse, plus fort ! le bloc et patatras ! la falaise. Sacrée déconvenue…

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