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Alpinisme dans la Réserve du Sancy : une victoire au goût amer

Mercredi dernier, le Conseil d’État a répondu favorablement à la demande d’autorisation de la pratique de l’alpinisme hivernal dans la Réserve Nationale Naturelle (RNN) de Chastreix Sancy, en Auvergne, demande formulée par la FFME. Car, oui, depuis 2018, la pratique de l’alpinisme et de l’escalade était bannie de manière définitive, craignait-on alors. Un petit retour en arrière s’impose. Un ensemble de malentendus, une enquête publique bâclée, mais aussi une volonté délibérée d’exclure les pratiquants avaient abouti lors de la création de la RNN, en 2007, à l’interdiction des pratiques de l’alpinisme et de l’escalade dans le Sancy, alors même que celles-ci datent d’un siècle. Dix ans de procédures plus tard, la confirmation de cette interdiction inédite de l’alpinisme suscitait le tollé, puisque dans d’autres réserves naturelles, comme celle du Vercors, la pratique y est parfaitement autorisée.

Oui à l’alpinisme hivernal
Non à la cascade.
Sans blague.

A la suite de rassemblements, la FFME prenait le relais des acteurs locaux en embauchant un cabinet d’avocats, celui de l’ex-ministre Corinne Lepage, pour chercher une issue. Ledit cabinet a trouvé la faille, et deux recours ont été déposés au Conseil d’Etat, l’arbitre qui juge les litiges entre citoyens et administrations, et dont le rôle est bien connu depuis le premier confinement pour avoir refusé les demandes des fédérations de sports de pleine nature.

Sauf que mercredi 5 mai, le Conseil d’État a répondu favorablement à la FFME en ces termes* : il annule le refus du Premier Ministre d’abroger l’article 12 excluant les activités alpines hivernales de la RNN, et autorise de facto cette activité. Dans son avis, le Conseil d’État estime que « la pratique de l’alpinisme n’est pas susceptible de porter atteinte à la réserve à condition que sa pratique soit restreinte à la période hivernale et à la partie nord de la réserve, que l’enneigement soit suffisant et que les cascades de glace en soient exclues ». Oui à l’alpinisme hivernal, « lorsque le couvert neigeux est supérieur à 15 cm de neige », non à la cascade. Sans blague.

Le Sancy en hiver, versant nord-ouest du Val d’Enfer.

Mais ce n’est pas, loin s’en faut, la seule couleuvre dont il faudrait nous satisfaire : « l’interdiction de l’escalade sur ce site de la réserve naturelle du Chastreix- Sancy apparaît (…) nécessaire, adaptée et proportionnée aux objectifs de protection poursuivis [par la RNN] ». Le chantage continue : oui à l’alpinisme (en hiver et sans cascades), mais non à l’escalade. Pourtant, le Conseil d’État écrit noir sur blanc que « l’interdiction générale et absolue de l’alpinisme dans la réserve naturelle n’est pas nécessaire pour atteindre les objectifs de préservation poursuivis. »  Même si la FFME avait bien demandé de ne pas établir de distinguo entre escalade et alpinisme, le Conseil d’État dit non à l’escalade, et établit un distinguo entre alpinisme hivernal et cascade.

Une paire de chaussons ou de piolets traction restent donc plus dangereux qu’un flingue

Il est heureux de voir qu’avec le travail de la FFME, l’habileté de Mme Lepage, le soutien du député et président du Conseil National de la Montagne Joël Giraud, les choses ont pu bouger dans un sens favorable aux montagnards. Mais que je sache, la chasse ne connaît toujours aucune restriction sur la Réserve, sur le versant sud (interdit à l’alpinisme hivernal) comme sur le versant nord. Le partage de l’espace est donc toujours favorable au même lobby, quoi qu’on en dise. Une paire de chaussons ou de piolet traction restent donc plus dangereux qu’un flingue, aux yeux de certains techniciens de la Réserve Chastreix Sancy.

Que Jean Donnadieu le représentant de la FFME en région Auvergne-Rhône-Alpes se félicite de l’avancée, et surtout de l’amorce d’un dialogue avec le Président du Parc des Volcans d’Auvergne Lionel Chauvin, on ne peut que s’en réjouir.

Mais permettez-moi un parallèle avec les confinements successifs, où le citoyen pratiquant montagnard a dû se contenter de voir sa laisse rallongée de un à dix kilomètres, oubliant que sa liberté individuelle était bafouée. En Auvergne, les pratiquants doivent donc se réjouir d’une décision qui certes casse l’interdiction totale de l’alpinisme, en soi illégale. Mais pour le reste, il ne faudrait quand même pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.

* le texte du Conseil d’Etat statuant le contentieux n°433553 et duquel sont tirées toutes les citations est consultable ici.

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