En s’affranchissant des récits classiques de performance, les jeunes alpinistes d’Isère ont organisé une soirée dédiée à la mobilité douce. À travers des courts-métrages, de la Norvège aux Pyrénées, de jeunes alpinistes réinventent le voyage et l’escalade : plus lent, collectif et profondément humain. Une invitation à repenser notre rapport à la vitesse, à l’effort et au sens du déplacement, dont on a bien du mal à se passer.
Le mercredi 22 avril, l’équipe des jeunes alpinistes d’Isère a organisé une soirée dédiée à la mobilité douce, à travers une programmation 100% féminine. Avec une volonté de s’éloigner des récits classiques de performance et d’exploits individuels, la soirée a ouvert une fenêtre rafraîchissante sur les façons de vivre et de raconter l’aventure. Les films sont présentés à travers un regard collectif, plus lent et engagé, que ce soit dans les façons de se déplacer tout autant que dans les façons de vivre la montagne – et vivre avec les autres.
des rires partagés, de belles rencontres,
et aussi de beaux jeux de coinceurs
Hitch climbing, est disponible gratuitement sur Youtube, et raconte l’odyssée d’Anaïs Giraudi et Solène Meinier parties en stop en Norvège pour grimper des big wall en trad. Le stop, « ça laisse beaucoup plus de place à la débrouille et aux rencontres ».
Alors, les falaises de Bohuslän, les fissures d’Uskedalen ou les grandes voies de Hafjell deviennent les étapes d’un joyeux voyage tout autant humain que sportif, où la lenteur s’impose. « On a encore une fois explosé l’horaire », sourient les deux amies à tour de rôle tout au long du court-métrage. Des rires partagés, de belles rencontres, et aussi de beaux jeux de coinceurs.
Affiche du court-métrage
Fissure norvégienne ©Solène et Anaïs
La petite chaîne des Pyrénées, est le second court-métrage, bientôt disponible sur Youtube (voir le teaser)Ici, on questionne frontalement l’intérêt contemporain pour la « fast performance ». Aller toujours plus vite, plus haut et plus loin, certes, mais à quel prix ? Et surtout, pour quel bonheur ? « La solution, c’est de ralentir et pédaler », explique la réalisatrice Estelle Vincent dans le film.
Et ça marche bien car à travers leur voyage, l’effort s’étire et le mental suit un autre rythme. C’est la belle épopée de huit copains et copines qui avancent et construisent une dynamique collective où « la réussite du groupe prime sur les ambitions individuelles », explique la réalisatrice Estelle Vincent dans le court-métrage.
Accepter de perdre du temps pour en gagner autrement ?
On y retrouve le concept de pyrénéisme, s’éloignant de l’alpinisme, l’art de la conquête sportive et symbolique développé dans les Alpes. Henri Beraldi définit le pyrénéisme comme une approche intellectuelle de la montagne qui relie l’émotionnel à la pratique sportive.
Alors, cette belle bande a parcouru 900 km à vélo, déambulant entre les paysages colorés et en passant par le cirque de Néouvielle et le pic d’Ossau. Tous et toutes sont traversés d’une véritable volonté de voyager et de grimper, et ce, au pluriel.
Une inviation à (re)penser nos déplacements
Cette soirée, interroge profondément notre rapport à la mobilité. La mobilité douce, ici, n’est pas seulement un choix écologique, mais aussi philosophique. Et bien que son impact environnemental soit indéniable, la mobilité douce redéfinit aussi nos centres d’intérêts : moins d’efficacité immédiate et plus de sens, plus d’ouverture à l’autre. Elle favorise les rencontres, l’entraide et une forme d’humilité face à la montagne et face à celles et ceux qui nous entourent.
Mais cette vision soulève aussi des questions. Toutes les réalisatrices ont précisé leur reconnaissance, la chance d’avoir pu partir créer ces aventures. Et en effet, la mobilité douce n’est pas accessible à tous, car dans un quotidien structuré par le travail, les contraintes de temps et les obligations, ralentir devient un luxe. La mobilité douce est un idéal, parfois difficile à concilier avec la réalité.
Et pourtant, même à petit échelle, ces récits ouvrent les possibles en nous invitant à repenser nos déplacements, questionner notre rapport à la vitesse et à la performance. Et peut-être que la mobilité douce ne consiste pas à tout changer, mais à commencer quelque part : accepter de perdre du temps pour en gagner autrement ? Et à la sortie de cette soirée, nous rêvions déjà d’un voyage en vélo pour grimper des belles fissures en trad !
Alors au fond, ces films ne parlent peut-être pas seulement de montagne ou de voyage, mais parlent d’un équilibre à (re)trouver, d’une autre manière d’avancer : plus lentement et de manière partagée.





