TEST Parapentes monosurfaces | La bonne aile pour la montagne

Le petit monde de la montagne qui grimpe lorgne de plus en plus sur celui de la montagne qui vole, depuis que les ailes de parapente monosurfaces ne sont guère plus lourdes qu’un thermos bien rempli. Nous avons testé les cinq modèles existants sur le marché de ces ailes ultra-légères qui ouvrent la voie des airs.

Après un hiver idéal pour une marmotte narcoleptique, voici que revient – en trainant des pieds – le printemps. C’est une période propice à la remise en forme lors de belles balades, entre les jolies fleurs des champs et les sommets encore enneigés (et pour longtemps cette année). Pour les amoureux de montagne, de dénivelé, de grimpe, de marche avec un sac léger, comment privilégier une descente qui ne contribuera pas à l’achat d’une prothèse du genou ?  Simple : faut voler !
A ce titre nous avons choisi de vous présenter ici les différentes ailes monosurfaces existant sur le marché. Petite précision : nous comparons des monosurfaces entre elles, et non pas avec des parapentes classiques. Même si il y a ressemblance (des ficelles et du tissu), il existe également pas mal de différences (un peu comme un vélo et une moto : deux roues, un guidon , mais pour le reste…)
Enfin un dernier point : si vous croisez des parapentistes (ou si vous en êtes un) on ne manquera pas de vous dire que les monosurfaces, ça « cratérise » ; entendez par là que l’atterrissage n’est pas terrible. L’expérience nous a prouvé qu’avec une taille d’aile adaptée et une gestuelle efficace, l’atterrissage reste simple.

Warning – attention aux légendes urbaines qui circulent sur les monosurfaces et leur facilité. Cela reste un aéronef qu’il faut savoir piloter, tout comme il faut savoir estimer les conditions de vol. Une formation est donc indispensable !

 

 

J’encadre depuis trois ans des stages monosurfaces pour les débutants au sein de l’Ecole Flyeo. Je me suis également attaché à voler toutes les monosurfaces proposées à ce jour dans le commerce, afin de répondre au mieux aux questions et attentes de mes élèves.
Tout d’abord, et pour mieux cerner ces monosurfaces, il faut comprendre que pour l’instant chaque marque développe cette technologie avec un ADN qui lui est propre : certaines s’orientent vers de la performance, d’autre vers de la simplicité ou d’autres encore vers une forme hybride, passerelle entre parapente et monosurface pure… Bref nous en sommes aux balbutiements.
Ce qui compte est donc de déterminer vers quelle pratique vous pensez vous orienter (rando, site, haute montagne…) et quel pilote vous êtes : pratiquant débutant, occasionnel, confirmé ? Puis ensuite il conviendra de prendre conseil auprès d’un professionnel.

Les ailes

Pour ce qui est des ailes, on trouve deux familles : les « pures montagne » en tissu léger et des élévateurs en Dynema ( Skin P, Ufo, Sir Edmund) et les « classiques » ( Skin, Tensing) avec un tissu plus lourd et des élévateurs en sangles, mais qui conservent un encombrement toujours idéal. Pour toutes on bénéficiera d’un décollage court (gonflage très rapide), d’une propension à « plonger dans le trou » en virage (type minivoile) dès que l’on appuie sur la commande et d’une bonne capacité à enrouler le thermique. De manière générale ces ailes communiquent le ressenti de la masse d’air par des petits mouvements secs mais jamais amples. Il faut l’accepter et éviter de surpiloter.

Niviuk | Skin 1 P & Skin 2 P 

Ce sont deux ailes qui ont fait leurs preuves. Dans la famille des monosurfaces, Niviuk semble s’orienter vers la recherche de performance (finesse, vitesse). Ces ailes sont également joueuses. Les 360 et autres wings sont un vrai plaisir et l’efficacité en thermique est au rendez-vous. L’utilisation des trims pour améliorer le poser demandera toutefois un peu d’expérience. Le démêlage du suspentage demande un peu d’attention, en terrain montagne notamment. La Skin 2 P bénéficie d’un peu plus d’arrondi que la Skin 1 P.

Deux ailes plutôt destinées aux pilotes déjà dégourdis.

Skin 1 P

Caractéristiques techniques
TAILLE TESTEE (m) 18 HOMOLOGATION : NON POIDS (KG) : 1,8   PTV : 70/95  PRIX : 2300€

©Philippe Collet

  • Finition 75%
  • Prise en main / démêlage 75%
  • Compacité 100%
  • Performance (plané, vitesse) 75%

Skin 2 P

À l’image de la Skin 1 P, cette aile est exigeante en termes de pilotage. Elle bénéficie en revanche d’un peu plus d’arrondi.

Caractéristiques techniques
TAILLE TESTEE (m) 18 HOMOLOGATION : B POIDS (KG) : 2,1   PTV : 70/90  PRIX : 2500€

©Philippe Collet

  • Finition 100%
  • Prise en main / démêlage 75%
  • Compacité 75%
  • Performance (plané, vitesse) 100%

SKYMAN | Sir Edmund

La plus légère de toutes avec des performances comparables à celle de la Skin. Peu connue chez nous,  la marque de Markus Grundhammer est pourtant clairement tournée vers la haute montagne. Avec son suspentage simple et épuré, cette aile est redoutable d’efficacité sur tous les types de déco. C’est un jouet à essayer avant tout achat d’autres marques plus connues. Avec un peu d’arrondi, elle est d’une exigence moyenne en termes de pilotage.

Caractéristiques techniques
TAILLE TESTEE (m) 20 HOMOLOGATION : B POIDS (KG) : 1,6   PTV : 70/100  PRIX : 2600€

Redoutable d’efficacité sur tous les types de déco

©Markus Grundhammer

  • Finition 75%
  • Prise en main / démêlage 75%
  • Compacité 100%
  • Performance (plané, vitesse) 100%

AIRDESIGN | Ufo

La all-rounder du groupe. Simple, efficace, durable, cette aile de chez Airdesign est celle que nous avons retenue pour l’apprentissage. Des performances correctes et surtout une simplicité et une capacité à accepter les bêtises de débutant en font une aile « idiotproof ». Une caractéristique bien utile en montagne, indispensable en initiation. Elle offre peu d’arrondi et reste l’une des moins exigente en termes de pilotage.

Caractéristiques techniques
TAILLE TESTEE (m) 18 HOMOLOGATION : C POIDS (KG) : 1,8   PTV : 60/120  PRIX : 2550€

Une aile « idiotproof »

©Philippe Collet

  • Finition 100%
  • Prise en main / démêlage 75%
  • Compacité 100%
  • Performance (plané, vitesse) 75%

INDEPENDANCE | Tensing

La vraie-fausse sœur de la Sir Edmund en version « lourde ». Avec des performances identiques, en taille 20 et pour 2,1 kg elle combine une plage de poids intéressante (70/100) et un ressenti qui pourrait être la passerelle idéale entre parapente et monosurface. Elle offre un peu d’arrondi mais reste exigeante en termes de pilotage.

Caractéristiques techniques
TAILLE TESTEE (m) 20 HOMOLOGATION : B POIDS (KG) : 2,1   PTV : 70/100  PRIX : 2400€

La passerelle idéale entre parapente et monosurface

©Philippe Collet

  • Finition 75%
  • Prise en main / démêlage 100%
  • Compacité 75%
  • Performance (plané, vitesse) 100%

Caractéristiques et critères de choix

Compacité et gonflage

L’intérêt d’une monosurface réside principalement dans ces deux aspects. En effet, si le poids est un paramètre important, on trouve aujourd’hui des parapentes très légers ( ex : Ozone Ultralite 4, Taille 19 = 2kg). En revanche la compacité et la facilité de gonflage penchent nettement du côté des mono, ce qui a un intérêt évident dans un sac à dos et sur un déco montagne. De même, plus l’aile aura une structure simple, plus il sera facile de la compacter sans trop la maltraiter. Toutes procèdent également d’une qualité à venir se placer très rapidement au-dessus de la tête du pilote. Conclusion : autant de terrain gagné pour la course d’envol.

Finition

« Le diable est dans les détails ». Globalement les ailes choisies sont bien construites. Toutefois, des éléments de finition peuvent être absents ou de qualité inégale (gallonage des découpes, codes couleurs sur les élévateurs…). Ce sont autant de petits détails qui font la différence dans le temps.

PTV

Poids Total Volant : c’est la plage de poids à laquelle votre aile est homologuée ; à savoir vous, votre matériel, votre aile, votre sellette…bref le poids global de tout ce qui va voler. Donc si le PTV est de « 70/90kg » et que vous pesez 79kg nu + 1,5 kg de fringues + une aile 2kg+ une sellette 2kg + 1l d’eau > PTV = 85,5   il vous reste 4,5 kg avant de dépasser la limite d’homologation. En conséquence, si vous cherchez une aile avec laquelle vous allez pratiquer du vol montagne et avec matos, grosses chaussures etc…attention à la plage de poids.

Homologation

L’homologation d’une aile correspond à un certain nombre de manœuvres calibrées effectuées par un pilote test en air calme. Ces manœuvres sont réalisées pour chaque taille d’aile à PTV mini et maxi. En fonction des réactions l’aile sera classifiée A, B,C OU D. Si l’homologation peut paraitre importante, elle ne dit néanmoins pas tout des gènes de l’aile. Là encore il faut se faire conseiller par un pro pour un décryptage constructif.

Prise en main et démêlage

Lorsque vous étalez votre aile sur le sol, il faut démêler les suspentes pour vérifier qu’il n’y ait pas de nœuds ( les « clés ») qui viennent perturber la capacité de vol de votre engin. Aussi faut-il prêter attention aux diamètres et couleurs de suspentage : un diamètre fin et blanc sur un déco enneigé demandera d’avoir de bons yeux et d’être vigilant.. .
La prise en main des élévateurs sera également un point à surveiller : des élévateurs en sangles sont plus faciles à manipuler et à identifier que des tresses Dynema, mais ils sont plus lourds. Là encore, le terrain sur lequel on pense se projeter et le niveau d’expérience doivent jouer un rôle dans le choix.

Exigence de pilotage

L’exigence de pilotage correspond au niveau que devrait avoir le pilote pour être en sécurité sous son aile. Si, sur le papier, certaines ailes se ressemblent, il peut en être tout autrement une fois au décollage ou en l’air. Certaines seront plus « idiotproof », d’autres demanderont des réflexes plus affûtés. Là encore attention au sirènes du marketing…

Performance (vitesse, finesse)

Si on reste cohérent, à savoir que ce qui nous intéresse avec ces machines est de descendre d’un sommet, alors soyons clairs : toutes ces ailes offrent des performances suffisantes pour une exploitation large de nos terrains de jeux habituels. Toutes permettront une utilisation en thermique, certaines seront un peu plus efficaces que d’autres. C’est principalement la qualité de pilotage et les prises de décisions adaptées qui feront la différence !