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Sainte Rita ou les causes alpines désespérées

Sainte Rita ou les causes alpines désespérées – Chroniques de l’alpinisme ordinaire – égrène ces journées de montagne où le bonheur de l’altitude se mêle si souvent à la galère, où le héros de l’Alpe se transforme en humble pratiquant regrettant momentanément fauteuil et charentaises.

Rien de cruel pourtant dans ces nouvelles ciselées. Au contraire, chaque histoire, chaque chute (du récit, pas des grimpeurs) est l’occasion de susurrer la richesse de l’expérience vécue, la beauté de la montagne, la profonde humanité de chacun des personnages, la tendresse indéfectible des couples qui s’engueulent avec application dans chaque passage délicat. Et c’est davantage le second degré plutôt que le 8ème ou le 9ème qui balaie d’un souffle salutaire les traditionnels récits d’alpinisme trop souvent noyés d’héroïsme et de virils sacrifices !

Treize savoureuses nouvelles pour qu’aucun alpiniste (surtout s’il grimpe en second de cordée) n’oublie d’invoquer la protection de Sainte Rita au premier rappel coincé ou lors de la perte du topo dans la rimaye de la paroi.

Sainte Rita de Cascia ?  Mère des causes désespérées, Patronne des prostituées, Avocate des femmes mal mariées…

Rozenn Martinoia par elle-même : Je suis née après mai 68 — sans quoi, j’aurais pu goûter la quiétude d’une vie sans relief.  Très jeune, on m’a initiée aux joies du rocher à Fontainebleau : à l’âge de six mois, calée au fond d’un sac à dos, je lestais d’un peu d’engagement les enchaînements de bloc de mon père. Mes parents étaient radins, j’ai donc découvert très tardivement que les refuges et les campings avec douche existaient. De même que les cordes. Nous avions manifestement assez d’argent pour en avoir acheté une, mais pas assez pour se permettre de l’abîmer en l’utilisant. 

J’en ai gardé un traumatisme certain, source de jubilation littéraire et d’affliction alpine. Par vengeance, j’ai arpenté les rings de boxe pendant dix-sept ans (championne de France de boxe française en 2001). Puis, j’ai eu le malheur d’aller à l’UCPA à Argentière, où j’ai redécouvert la montagne et rencontré Chéri-chéri. 

Je pratique le télémark. Quitte à skier comme une patate, autant que ce soit distinctif et valorisant. Les années bissextiles, en période de soldes et à force d’acharnement, je peux grimper quelque 7a commercial en résine. Le reste du temps, sur le vrai caillou, je ne maîtrise plus mes sphincters au-delà du 3. Il m’arrive même parfois de penser que je serais peut-être mieux au travail. Je suis enseignant-chercheur à l’Université Grenoble-Alpes.

Et membre de l’OPMA (Observatoire des Pratiques de la Montagne et de l’Alpinisme), faute de pouvoir jamais intégrer le GHM (Groupe de Haute Montagne). 

Sainte Rita ou les causes alpines désespérées, Rozenn Martinoïa, JMEditions, 2014, 152p., 11,90€

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