Née en 1986 à Arêches-Beaufort, la Pierra Menta, course mythique de ski-alpinisme, est passée en quelques décennies d’une épreuve locale à l’un des grands rendez-vous internationaux de la pratique. Du 11 au 14 mars 2026, sa 40ème édition célèbrera cet héritage unique, entre haute montagne, endurance et questionnements sur l’avenir olympique de la discipline.
En 1986, le « ski fun » englobait le snowboard, le monoski, le ski acro… et le ski alpinisme, avec les tenues fluos, le collant pipette et le rythme décadent. Mais cela n’a visiblement pas empêché Guy Blanc, cette même année, de convaincre les élus et partenaires d’imaginer une course à Arêches-Beaufort : la Pierra Menta.
« Étonnement, ça n’a pas été si compliqué, parce qu’à la station on était entourés de gens qui avaient envie d’inventer des choses et l’époque s’y prêtait bien, explique Guy Blanc. On osait davantage, il y avait moins de limites liées à la sécurité ou aux normes administratives, donc on a pu tester trois parcours différents dès le début, 4 000 m et 7 000 m de dénivelé, avant d’opter pour les 10 000 m actuels. Rapidement, les skieurs ont choisi le format le plus exigeant. »
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et puis cette course locale a pris l’envergure
d’un rendez-vous international
Et puis cette course locale (avec 20 équipes) a pris l’envergure d’un rendez-vous international : « La bascule s’est faite dès que les étrangers sont venus, explique l’organisation. On s’est retrouvés confrontés aux meilleurs, notamment la famille Boscacci, qui a beaucoup fait pour la promotion par le bouche-à-oreille. Les participants logeaient et dînaient ensemble, ce qui a crée un véritable esprit d’équipe qui s’est transmis de génération en génération. »
Les athlètes des pays de l’Est, tels les frères Filipski, débarquent alors eux-aussi pour participer à un tel évènement. « Ils nous avaient confié que la prime équivalait à leur salaire annuel, alors qu’ils étaient médecins. » Désormais retransmise en live capté par des drones, la course et ses images se retrouvent dans le monde entier, avec un sport qui s’est structuré en créant des fédérations, des équipes nationales, un circuit national et un international.
Axelle Gachet-Mollaret, Mathéo Jacquemoud, Kilian Jornet, Xavier Gachet, William Bon Mardion… tous ces noms qui sont intrinsèquement liés à la Pierra Menta et qui sont passés de la course jeunes à la version senior.
Tant de grands noms – du ski alpinisme et même du trail – qui sont l’essence du rendez-vous, qui font graviter autour d’eux de nombreux spectateurs prêts à braver le mauvais temps comme le soleil radiant pour aller encourager les athlètes, cloches ou scies en main, sur les sommets enneigés.
2026 sonne la 40ème édition de la pier’
La Pier’, donc, est unique et souhaite le rester. D’autant plus en 2026, pour sa 40ème édition, puisqu’elle se place presque en opposition à la version olympique (à Milan-Cortina) du ski alpinisme (le ski athlétisme ?) Aux Jeux, « le sprint a été choisi parmi les autres disciplines parce qu’il est plus facile de diffuser à la télévision, mais on n’est plus vraiment en montagne : on est dans un stade, avec des athlètes préparés pour trois minutes d’effort. (…)
Le sprint ne nous dérange pas en soi, mais il nous fait perdre des athlètes, notamment des Suisses qui ne viennent plus depuis deux ou trois ans. La réponse, pour nous, ce sont les courses grand public qui suivent la même dynamique que le trail ou la course sur route, avec des étapes qui répondent à la demande de sportifs voulant vivre l’équivalent d’une étape de la Pierra Menta. »
Le ski alpi se détourne-t-il de sa base ?
Parmi les athlètes olympiques, quelques-unes seront tout de même présentes à la quarantième édition de la Pier’ : Emily Harrop et Margot Ravinel. En devenant vice-championne olympique du sprint aux JO d’hiver 2026, la franco-britannique n’a pas pour autant oublié la Pierra Menta, évènement auquel elle participe depuis plusieurs années, notamment aux côtés d’Axelle Gachet-Mollaret. Comme quoi il est possible de concilier les deux styles de ski alpinisme.
Cependant, cette épreuve très courte, disputée sur un effort d’environ trois minutes, avait suscité de nombreux débats dans le milieu du ski-alpinisme. Certains estiment qu’elle s’éloigne de l’ADN de ce sport d’endurance et de pleine montagne. L’athlète William Bon Mardion, champion du monde par équipe et vainqueur de la Pierra Menta 2025 (avec Xavier Gachet), s’est déjà beaucoup exprimé sur le sujet après avoir boycotté l’étape individuelle de Comapedrosa le 25 janvier 2025 :
je fais du ski alpinisme, pas du ski de stade.
William Bon Mardion
« Je fais du ski alpinisme, pas du « ski de stade », et je ne suis pas converti en sprinteur. C’est un choix assumé, pas un manque de capacités (…). Mais devenir sprinteur à plein temps, c’est renoncer aux courses en pleine montagne et à tout ce qui va avec : un sport d’endurance, de la technique hors-piste, que ce soit en montée comme en descente…
Tout ce qu’on retrouve sur les courses historiques de ski alpinisme que sont la Pierra Menta, la Patrouille des Glaciers, la Mezzalama, la Marmotta Trophy. (…) La vraie question est : comment va évoluer la discipline pendant l’olympiade ? Il y aura peut‑être des réponses à trouver sur cette 40e Pierra Menta, qui sera support des championnats du monde longue distance. »
Le sprint est un condensé du ski alpinisme
mais il manque le terrain montagne, la nature, la technique d’alpinisme
et une certaines endurance
Lorna Bonnel sera elle aussi présente pour cette édition 2026 de la Pier’. La première, vainqueure de l’épreuve en 2025 avec Axelle Mollaret, assure que « les gens sont impressionnés par de belles arêtes en montagnes et des descentes hors-piste. Qui plus est, les moyens technologiques sont largement développés pour les retransmissions télévisuelles, et il est largement possible de créer des zones de spectateurs sur de nombreuses parties du parcours.
Le sprint est un condensé du ski alpinisme, en effet, mais il manque le terrain montagne, la nature, la technique d’alpinisme des arêtes et une certaine endurance qui caractérisent ce sport pour atteindre différents sommets. Le relais mixte me paraît déjà plus ressemblant, car plus long, avec plusieurs montées et descentes et en équipe… car, à l’origine, le ski alpinisme se pratique en équipe de 2 ou 3, selon les terrains ! »
comme pour le trail, il existe mille façons de pratiquer ce sport.
François D’haene
Le quadruple vainqueur de l’UTMB et 4ème de la Pierra Menta 2025 avec Alexis Sévennec, François D’haene, prendra le départ en équipe avec Rémi Bonnet cette année. Sérieux participant de cette course depuis des années, il est très attaché au Beaufortain puisqu’il y réside. « Un joli clin d’œil : l’année de la 40e Pierra Menta, je fête aussi mes 40 ans… et ce sera sans doute ma 17è participation. (…) Comme pour le trail, il existe mille façons de pratiquer ce sport.
Quand je termine la Pierra Menta, j’ai passé plus de 10 heures en montagne, fait plus de 10 000 m de dénivelé, sur des parcours qui ont du sens, entouré de passionnés. Il ne s’agit pas d’opposer les pratiques, simplement de rappeler que ce que vous verrez à la télé n’est qu’une petite partie (récente) de la discipline. »
Pour fêter sa 40ème édition, Arêches-Beaufort et les créateurs de la course sont prêts à accueillir les athlètes internationaux et le public, sous un ciel nuageux mais sans déluge apparent, du 11 au 14 mars 2026. Dans sa forme unique, loin du stade olympien, ils et elles donneront tout pour célébrer cette vision du ski alpinisme.











