Pierra Menta 2026 : J3, plein gaz sur l’arête du Grand Mont

©Jocelyn Chavy

La Pierra Menta, c’est le Grand Mont. Une tradition respectée pour ce 3eme jour : une étape longue, une arête super aérienne crampons aux pieds, le sommet et la foule en délire ! À l’arrivée, le classement général est bouleversé par la performance d’Emily Harrop et Margot Ravinel. Chez les hommes, William Bon Mardion et Xavier Gachet résistent et creusent l’écart.

Le duel se poursuit chez les hommes, au bénéfice des tenants du titre, William Bon Mardion et Xavier Gachet, qui comptent désormais 1’30 d’avance sur Samuel Equy et Anselme Damevin. La mauvaise météo qui s’annonce sur la 4e et ultime étape augure un final imprévisible.

Coup de semonce chez les femmes : Axelle Gachet-Mollaret, sextuple vainqueur de l’épreuve, et sa coéquipière Célia Périllat-Pessey ont plié et, peut‑être, cédé la victoire aux Olympiennes Emily Harrop et Margot Ravinel. L’écart est désormais de 4’45 à la veille de la dernière étape.

Pierra Menta J3, feu ! ©Jocelyn Chavy

Montée aux Besaces ©JC

Grande ambiance au Grand Mont. ©Jocelyn Chavy

William Bon Mardion en tête sur l’arête. ©Jocelyn Chavy

C’est pour vivre cette 3e étape et le passage mythique du Grand Mont (2680 m) que des générations de coureurs s’entraînent depuis 40 ans. Ce matin, il est 10 h 07 lorsque William Bon Mardion et Xavier Gachet, talonnés par Samuel Equy et Anselme Damevin, viennent à bout de l’arête éponyme. La clameur de la foule, le son des cloches empêchent les duellistes de communiquer, concentrés sur les passages de cordes fixes en mode via ferrata, mais crampons aux pieds. La veille, ils s’étaient quittés avec 12’’ d’écart. 

 Au sommet de la 4e bosse du jour, après 2 h 37 de course, l’écart demeure insignifiant. Pourtant, depuis le départ, Samuel Equy et Anselme Damevin ne cessent d’attaquer. Au passage du Dard (1 h 10 de course), tout comme au sommet de la Pointe des Besaces (2 h de course), la relève de cette équipe de France ne parvient pas à distancer les tenants du titre. Les inséparables creusent l’écart de 2’ sur leurs poursuivants italiens, Davide Magnini et William Boffelli. Derrière, la chasse au podium est intense. Les paires Palzer – Maguet et D’Haene – Bonnet (5e et 6e) restent au contact à 2’ des 3e.

Emily Harrop, arête du Grand Mont ©JC

L’attaque ne peut et ne doit avoir lieu que dans l’ultime ascension, au pied de l’arête sud, avant que les équipes ne soient encordées à la longe, rendant tout dépassement impossible. Mais là encore, les Beaufortains résistent et clippent leur mousqueton en premier à la longe, au terme d’une manip’ canon. À peine le temps de communier avec leur public qu’ils dépeautent, rechaussent et basculent vers leur destin de gagnants. Au Planay, l’écart est de 1’18, ce qui, cumulé, fait 1’30’’ au général. À la fois beaucoup et peu au regard de la prévision météo très mauvaise demain.

Dans l’aire d’arrivée, William rend hommage à ses challengers : « On résiste dans la dernière montée et on creuse l’écart sur la descente. Ça fait plaisir de voir que la relève est là ! C’est ça, une équipe de France : les jeunes sont là pour apprendre aussi. C’est un match fantastique, il reste une journée. » Xavier ajoute : « On n’a pas voulu laisser la porte ouverte. On se connaît par cœur et ça ne se joue à rien. »

Les perdants du jour préfèrent rendre hommage à leurs aînés plutôt que de présager du lendemain : « Je les remercie, même si on ne gagne pas. On les attaque, ils résistent, reviennent, puis descendent plus vite. Quel bel exemple de combativité ! » résume Samuel, tandis qu’Anselme ajoute : « Nos adversaires sont des compétiteurs incroyables qui nous montrent la voie. »

Les Italiens Davide Magnini et William Boffelli prennent la 3e place de l’étape et du général. Les paires Palzer – Maguet et D’Haene – Bonnet (4e et 5e de l’étape) occupent les mêmes places au général.

Pendant ce temps, chez les femmes, le scénario de la veille bouleversé par la chute de Margot Ravinel, semble vouloir une fois encore se réécrire. Les pronostiqueurs s’embrouillent, les cotes s’envolent, à l’image des filles dans l’ascension de l’Antécime Bizard. Si les favorites Axelle Gachet Mollaret et Célia Périllat Pessey comptaient 2’35 d’avance sur Emily Harrop et Margot Ravinel au départ, il n’est pas certain que cet écart les préserve d’une remontada dont Harrop et Ravinel ont dû rêver cette nuit. Dans la montée de la Pointe des Besaces, après 2 h 10 de course, les leaders de la veille perdent du terrain. Célia est à la peine, Axelle sort l’élastique. 

À 2 h 16’37, Emily Harrop et Margot Ravinel, décrochées de leurs poursuivantes, passent le col des Besaces et entament le portage. À 2 h 20, au sommet, elles ont refait leur retard et prennent la tête du général provisoire pour 2’. Après 3 h 04’27 de course, Emily Harrop et Margot Ravinel caracolent sur l’arête du Grand Mont avec l’agilité et le statut de nouvelles « goat » de la Pierra Menta. 

©JC

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Au sommet, elles frayent un passage au milieu d’une foule qui a encore grossi depuis le passage des hommes. Derrière, Axelle porte les skis de Célia, dans un ultime geste de solidarité. Le temps défile cruellement, l’écart augmente. Les Italiennes ont 5’ d’écart sur les Françaises et bétonnent leur 3e place sur le podium. Il reste à descendre, sans autre espoir que les leaders ne chutent, comme la veille. Mais la chance, en ce vendredi 13 mars, a changé de camp.

Après 3 h 21’03’’, Emily et Margot franchissent la ligne d’arrivée. Loin devant les secondes.

Dans les quelques mètres qui séparent la ligne d’arrivée du contrôle du matériel, les deux femmes se congratulent pour l’effort accompli ; elles affichent un regard lucide, empreint d’acceptation. Les mots qui suivent confirment l’abdication de la reine du Beaufortain : « On a trouvé plus fort que nous aujourd’hui, elles sont parties très fort et on n’a pas pu suivre. Mais il reste un jour… »

Tirage de bourre dans la descente du mont Coin. ©JC

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La troisième étape de la Pierr’ en chiffres