Montagnes « tueuses » : mythes, dangers objectifs et fatalité

La face nord de l'Eiger

Certaines montagnes provoquent subitement la crainte, dès qu’on entend leurs noms. Parce qu’elles ont été les sinistres théâtres de tragédies humaines, ceci depuis des décennies, ou soudainement. Faut-il démythifier ces sommets ? L’Eiger, le Cervin, le Nanga Parbat, le Cerro Torre ? Pas si simple lorsqu’on les convoite, encore moins lorsqu’on les approche. Et faire autrement est sans doute impossible.

La disparition de Korra Pesce,  vendredi 28 janvier 2022, renforce encore la légende du Cerro Torre, initiée en 1959 avec la fin tragique de Toni Egger et le sauvetage de Cesare Maestri. Cette montagne de Patagonie est considérée comme l’une des plus hostiles parmi un petit cénacle de « montagnes tueuses ». Ces ogres – apparement insatiables – ont construit leurs histoires à grands coups de faux. Le Nanga Parbat, bien avant Welzenbach (1934), Günther Messner (1970) ou si proche encore Tom Ballard et Daniele Nardi (2019), a fauché ainsi l’impeccable Mummery (sa première victime, en 1895…). Le Cervin a entrainé dans la mort Michel Croz et des compagnons de Whymper (1865). L’Eiger a dévoré Toni Kurz (1936) et ses camarades.

Parfois, ces monstres font preuve de mansuétude et relâchent leurs victimes afin qu’elles puissent continuer à écrire leurs sagas : René Desmaison dans les Grandes Jorasses après la mort de Serge Gousseault (1971), à l’Annapurna Louis Lachenal et Maurice Herzog (1950), puis Jean-Christophe Lafaille après la chute de Pierre Beghin (1992)…

Nanga Parbat, versant Diamir, celui où disparu Günther Messner, en juin 1970. Au centre

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