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Les survivants du Baruntse Marek Holecek et Radoslav Groh

De nos jours, on peut survivre à tout, sauf à la mort, prévenait Oscar Wilde. Après cinq bivouacs pour ouvrir la face nord-ouest du Baruntse, 7129 m, au Népal, Marek Holecek et Radoslav Groh se sont retrouvés pris au piège de la tempête qui a balayé le Népal ces derniers jours. Littéralement coincés par le manque de visibilité, et sans doute par des capacités diminuées, leur survie n’a tenu qu’à un fil. Le 24 mai, la cordée se trouvait 50 mètres sous le sommet du Baruntse, d’où il leur a fallu encore plus d’une demi-journée pour atteindre le sommet proprement dit, avant de devoir bivouaquer une sixième fois, vers 7000 mètres. Dans un message émis de son téléphone satellite et reproduit par sa compagne, Marek Holecek expliquait, laconique : « nous n’avons même pas fait de photos au sommet, aucune expression de joie, et nous avons immédiatement continuer autant que la météo infernale nous le permettait ».

Marek et Radoslav à Katmandou, après leur épique aventure au Baruntse. ©Marek Holecek

Au fil des jours, les mauvaises nouvelles s’accumulaient : le duo tchèque poursuivait sa descente épique, sans doute de la dimension de l’aventure de Doug Scott à l’Ogre heureusement sans blessures, mais pas sans être extrêmement en danger. « Nous sommes emprisonnés par la météo. Encore un bivouac à 6900 mètres. Il neige encore, et tout est blanc partout. Nous aurions besoin de seulement trois heures de visibilité pour pouvoir descendre en sécurité. » Samedi, le miracle est arrivé : une éclaircie. Le vrai miracle a été d’entendre des nouvelles de Holecek et Groh, toujours vivants après 3 jours et 3 nuits de cauchemar. Une descente de 1100 mètres pleine de dangers : non loin de là, sur l’Everest, une avalanche a balayé une partie du camp 2 dans la combe ouest. La cordée a continué et a fini, au prix d’une nouvelle nuit dehors dans le froid, par atteindre le camp de base, d’où ils étaient évacués par hélicoptère vers Katmandou dimanche matin.

L’aventure gravée dans la chair

La photo ci-dessus des deux alpinistes aux corps extrêmement amaigris peut évoquer des images sombres de l’Histoire, ici elle rappelle la dureté de l’aventure, les risques encourus, et in fine, le prix à payer pour pouvoir, malgré tout, lever timidement les bras émaciés vers le ciel. Vers une victoire, celle d’avoir survécu. L’aventure est gravée dans la chair.

Autodidacte, Marek Holecek est le récipiendaire de deux Piolets d’Or, en signant des premières audacieuses sur le Chamlang (2019), un autre 7000 népalais, mais aussi le Gasherbrum (2017). Assoiffée, gelée, sans nourriture aucune, la cordée tchèque a survécu à cette épopée de dix journées en haute altitude dont une moitié sous les coups de butoir du cyclone Yaas (c’est son nom). Par quel miracle la cordée tchèque a-t-elle survécu ? Sans doute nous l’expliqueront-ils. Mais au-delà de la difficulté extrême de la paroi qu’ils ont gravi, nul doute que leur aventure les rapproche du panthéon des survivants hors du commun, des alpinistes ou des aventuriers, de Reinhold Messner (sa descente du Nanga Parbat, où son frère est décédé), Jean Bourgeois (sa descente de l’Everest côté chinois), dans la lignée d’un Ernest Shackleton, survivant de l’Antarctique et de la Géorgie du Sud.

Tenir, toujours tenir. Un quoi qu’il en coûte qui a un sacré panache, non ?

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