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Le Mont-Blanc de vives voies

Mais où trouve t-il la patience ? Cela va faire maintenant plus de 25 ans qu’il trace méticuleusement toutes les lignes du massif du Mont-Blanc. Oui toutes, sur tous ses sommets. Car Monsieur Damilano ne sait pas choisir, alors il vise l’exhaustivité. De la pointe de sa souris, lunettes sur le nez, les yeux plissés, toutes les parois et les pentes, les pointes et les gendarmes, les glaciers et les replats, les cols et les collus sont zébrés de rouge ou de jaune dans sa tête puis dans ses pages. Ces traits matérialisent le passage de l’alpiniste. Et François entretient leur mémoire et donc leur existence : date d’ouverture, d’équipement, de rééquipement, de première solitaire, hivernale, solitaire hivernale…

François Damilano sur le granite d’Argentière, en repérage des voies pour un topo. ©Ulysse Lefebvre

Les topos des Damilano (Françoise orchestre le travail de François) sont la mémoire de l’alpinisme dans le massif. Qui ou quoi de nos jours pourrait les remplacer ? Rien ni personne, excusez du peu. Les canaux de diffusion de l’information se multiplient, accèlèrent l’accès à l’info, la rendent plus agréable, facile et l’augmentent. Mais à la racine de cette information, avant son passage en carto 3D ou dans le moteur de recherche d’une appli, il reste ces heures passées à contacter les alpinistes auteurs de nouvelles voies, à amasser les illustrations, vérifier si la ligne passe à gauche ou à droite de ce petit rognon à peine visible sur la photo, mentionner si des relais sont équipés, aller faire des clichés soi-même dans les voies…

La sortie du Neige, glace et mixte, tome 2 (NGM pour les intimes, 3e édition) ne déroge pas. Ce topo est une somme qui paraît presque anachronique. Si JMEditions devait être racheté par un fond d’investissement, il y a fort à parier que le calcul du temps passé rapporté au nombre de voies aboutirait à un taux de rentabilité déprimant, et ce malgré le demi-millier de voie que contient chaque tome. Chaque page nécessite tant de temps !

Ces lignes sont la voix de leur auteur,
l’écho d’une époque

Neige, glace et mixte reste pourtant une référence que tout alpiniste consulte avant de sélever au-dessus de Chamonix. Et ce travail d’orfèvre ou de fourmi, les Damilano le poursuivent corps et âmes, au risque d’y laisser des plumes. « Après le tome 3 de NGM, et le tome 4 de Granite, je fais une pause sur les topos » souffle François. Mais il sait très bien qu’il ne pourra s’empêcher de mettre à jour un tome plus ancien, élargir le périmètre de l’un, diviser celui d’un autre. Et se replonger dans les cartes et les itinéraires que la fonte des glaciers, les fluctuations du permafrost et les chutes de pierre ne cessent de remodeler.

Pour avoir passé du temps avec Damilano l’auteur et éditeur, je sais combien la passion de l’itinéraire l’anime. Parce qu’il est aussi l’un de ceux qui ont ouvert des voies, il sait qu’elles sont bien plus qu’un passage dans la montagne. Elles sont la voix de leur auteur, l’écho d’une époque, une histoire particulière, grandiose ou tragique. Un itinéraire, c’est une manière d’appréhender la montagne. De l’évidente voie normale à la directissime extrême, les voies en disent long. Le topo est leur chorale. Et les Damilano en sont, encore et toujours, les brillants chefs d’orchestre. Musique Maestro.

À relire, notre interview de François Damilano sur les coulisses de fabrication du précédent volume, Neige, glace et mixte, tome 1. 

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