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Rester optimiste, à défaut d’autre chose

«Comment ça s’est passé  ?  » Je fais la moue. D’un pied à l’autre, difficile de savoir sur lequel danser. Quelques jours après les États généraux de la transition du tourisme en montagne, qui se sont déroulés les 23 et 24 septembre à travers les massifs montagneux français, mais aussi dans les Alpes italiennes, suisses et autrichiennes, il est difficile de dresser un bilan.

Peut-être avais-je des attentes trop élevées  ? Peut-être que l’amertume du Plan Montagne II annoncé très récemment m’a gâché le plaisir  ? Dès le départ, j’ai en effet eu du mal à croire à la possibilité de l’émergence d’un tourisme vert et quatre-saisons dans les Alpes, étant donné que M. Laurent Wauquiez vient d’annoncer un « plan pour la neige » : 100 millions d’euros dont trente millions destinés à l’enneigement artificiel – et porter de 40 à 70% l’enneigement avec la neige de culture. Un cruel télescopage d’agenda ?

Quoi qu’il en soit, deux jours plus tard, mon optimisme naturel a pris un coup dans l’aile. Les États généraux, co-organisés par les associations Mountain Wilderness et Transition des Territoires de Montagne (2TM), étaient pourtant porteurs d’espoir. Ils promettaient de beaux échanges entre les acteurs du tourisme en montagne, un engagement commun inédit et surtout, surtout, du concret. L’évènement était d’une portée jamais vue puisqu’une trentaine de conférences interactives se sont tenues en visioconférence et que des ateliers en présentiel ont été organisés dans 40 territoires différents à travers la France, dont l’atelier consacré au problème de la surfréquentation de certains lieux – et à ses solutions. L’ambition était grande et belle  : « créer une cohérence entre la vie économique des montagnes, la vie des habitants des montagnes et la vie des montagnes elles-mêmes  », a annoncé le co-organisateur Frédi Meignan en cérémonie d’ouverture, avec la verve persuasive qui le caractérise.

Quelques jours après, donc, je me retrouve les bras ballants. Ces deux jours ont été riches d’échanges mais qu’y a-t-il à retenir  ? Bien sûr, ces états généraux sont un point de départ et non pas un aboutissement, comme cela a été souligné à plusieurs reprises. Bien sûr, des solutions ne pouvaient pas être mises en place immédiatement après ces deux journées, afin de résoudre les problèmes de surfréquentation, de manque de transports en commun ou encore de gestion du foncier. Bien sûr, je me réjouis que Domaines Skiables de France (DSF) ait signé une déclaration commune avec des associations de défense de l’environnement, alors même que son président Alexandre Maulin a rappelé lors d’un discours que les discussions ne se faisaient jusqu’alors « que par médias interposés, voire par lettres agressives ». DSF qui agit aussi pour démonter les installations obsolètes. Il y a du mieux, j’en conviens.

«  Nous faisons face à un problème de courage  »

Je retiens également la lumière de la jeune Louise Drompt, du Conseil des Jeunes de la SUERA*, qui a pris la parole d’une voix tremblante mais avec un aplomb certain au nom de la jeunesse des Alpes. « Nous avons la motivation et les idées, mais nous manquons de leviers », a-t-elle déploré en assortissant sa déclaration de propositions consistantes pour encourager la mobilité douce. En parallèle, l’atelier grenoblois consacré à la mobilité, bien que réunissant autour de la table des acteurs investis et volontaires, n’a guère fait avancer les choses. Mais qui blâmer  ? Comme l’a fait remarquer l’un des participants, « passionné » du transport par câble, « nous faisons face à un problème de gouvernance, de soutien des décideurs et surtout, je pense, de courage ». Face à lui, une autre participante a renchérit, blasée : « les projets dont nous parlons, les solutions que nous envisageons se construisent sur un temps long. Alors que les politiques fonctionnent sur un temps court : celui d’un mandat ».

J’ai l’odieuse impression que les dés sont pipés.

Pendant deux jours, les États généraux de la transition du tourisme en montagne sont parvenus à réunir autour d’une table des institutions, des politiques et des acteurs qui ont été, pour une fois, obligés de s’écouter. Leur « ambition collective », telle qu’annoncée dans la déclaration qui compte à ce jour 191 signataires, « est de poursuivre un dialogue apaisé et constructif » et tous s’engagent à « amplifier [leurs] efforts  ». Je ne sais pas ce qu’il adviendra demain. Je ne sais pas comment les organisateurs vont parvenir à synthétiser l’ensemble des propositions qui ont émergé pendant les ateliers territoriaux et au cours des conférences, ni comment les acteurs territoriaux concernés vont s’en saisir. Dans la mesure où politiques et investissements publics sont encore aujourd’hui orientés vers le tout ski, les dés semblent pipés dans le jeu de la transition écologique. Mais malgré cette odieuse impression, à défaut d’autre chose, je choisis la patience et l’optimisme.

 

 

*« Les États Généraux de la transition du tourisme en Montagne s’inscrivent dans le cadre de la Présidence française de la Stratégie de l’Union Européenne pour la Région Alpine (SUERA) », a-t-on pu entendre à l’envi pendant ces deux jours. La SUERA, késako  ? Un cadre de travail mis au point au niveau européen pour faire coopérer les acteurs des pays alpins au service de leur territoire commun. Les États généraux sont donc la matérialisation de cette gouvernance collective dont, je prends les paris, vous ignoriez sûrement l’existence.

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