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Les grimpeurs font leur retour aux falaises, mais des propriétaires de sites sont toujours condamnables en cas d’accident, suite à l’abandon par la FFME, au printemps dernier, de conventions signées avec eux. Retoquée par le Conseil constitutionnel fin 2020, une avancée législative qui redonnait une part au risque assumé par les pratiquants est suspendue. Gilles Rotillon revient ici sur la nécessité de légiférer les responsabilités en cas d’accident , et s’inquiète d’une société qui monétise et juge le risque inhérent à la pratique.

On déplore souvent le chemin pris par la société pour se conduire comme Descartes le suggérait, se rendre « maître et possesseur de la nature ». C’est dire que cela remonte beaucoup plus loin que les arrêts pris à la fin du 19èmesiècle, en particulier l’« arrêt Teffaine » rendu en 1896 par la cour de cassation : les propriétaires du remorqueur où s’est produit l’accident qui coûta la vie au mécanicien Teffaine ont alors été condamnés à dédommager la veuve Teffaine, parce qu’ils sont « responsables du dommage causé par la chose que l’on a sous sa garde ». Et ce sont ces arrêts (et tout particulièrement celui de 1896) qui sont à la base du jugement de Vingrau (remplacer « remorqueur » par falaise, NDLR).

C’est lié à la victoire du naturalisme, ce rapport à la nature que Philipe Descola définit comme une cosmologie qui tient l’homme pour un être de nature en ce qui concerne son cycle de vie (naissance, croissance, mort comme toutes les espèces vivantes) et pour un être à part en ce qui concerne sa conscience, ce que Descola nomme son « intériorité ». C’est cette conscience, que l’homme occidental considère être la caractéristique qui le différencie de toutes les autres espèces vivantes, qui lui donne le droit (sinon le devoir) de transformer la nature en la pliant à ses besoins. Avec le succès que l’on sait avec le changement climatique et la pandémie ! (…)

(…) Si on ne replace pas la petite histoire du déconventionnement, de l’évolution de l’alpinisme et de l’escalade dans ce mouvement général, on risque fort d’en rester à la déploration sans se donner les moyens de réagir. Et on risque de se tromper sur les faits. On aurait tort de reprocher à la FFME d’avoir considéré qu’elle contrôlait assez la sécurité des sites dont elle avait validé l’équipement pour s’en porter garante. (…)

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