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Jamais intimidés par le caractère aventureux d’une paroi, et spécialistes du trad, Caro Ciavaldini et James Pearson ont remonté les draperies de la grotte de la Salamandre, dans le sud de la France. Un voyage au centre de la Terre, et respectueux de cet environnement fragile : ils ont placé eux-mêmes leurs protections et avaient l’autorisation de tenter cette insolite spéléo-escalade d’un jour. Récit !

2021 est décidément une année du changement qui nous a davantage encouragés – James et moi – vers une décroissance carbone. Moins voyager à 35 ans, c’est presque un choix facile quand on a bougé autant que nous. Sans même parler d’écologie, après des années d’aventures entre le Japon, l’Afrique, les USA, l’envie serait presque survenue d’elle-même… Cependant, comme tant d’autres, nous n’avons pas tellement envie de nous poser à proprement parler, mais plutôt de découvrir autrement, plus posément, en prenant plus le temps. Alors voyager moins loin et plus longtemps est une réponse évidente à ces interrogations. Pour autant, cela ne rime pas avec la fin de nos poussées d’adrénalines.

Mais comment être surpris en escalade tout en restant près de chez soi ? Comment toucher du rocher vierge qui vaille le détour ? Ou au moins comment tenter quelque chose de nouveau alors que le moindre bout de caillou en France, où l’escalade est un sport démocratisé, est déjà nettoyé et planté de spits ?

Caro Ciavaldini dans L1, loin de la surface ©Phil Bence/The North Face

La tentation aurait été grande de simplement prendre un billet d’avion nous amenant le plus loin possible, dans un pays en voie de développement, pour aller « chasser le caillou vierge » .

Si l’on ne peut presque pas voyager en 2021, autant en prendre son parti et trouver la micro aventure qui nous fera rêver. Comme tant d’autres, nous cherchons notre petit espace de liberté entre confinements, déconfinements et tous les moments d’incertitudes… Les restrictions de voyage nous ont fixé des règles du jeu simple : nous resterions près de chez nous, un point c’est tout.

Seynes, Russan, La Capelle-et-Masmolène sont les grands classiques à moins de 30 km de chez nous. Ces vieilles dames vénérables regorgent encore de lignes où nous n’avons pas mis les doigts. Mais du caillou sans magnésie… il allait falloir le trouver ailleurs. Alors nous sommes allés voir ce que nous pourrions découvrir sous terre. Tout simplement.

Découverte de la spéléo

Phil Bence organise le festival d’Ax-les-Thermes depuis des années. Nous ayant invités à maintes reprises pour conter nos aventures, il avait évidemment réussi à nous traîner il y a 3 ans dans une des siennes, avec à la clé, une belle journée passée à découvrir la spéléologie, pendant laquelle nous avions pris conscience de toutes les parois – certes toujours poussiéreuses, et souvent humides – qui se cachent sous terre.

C’est encore Phil Bence qui nous a suggéré une grotte quasiment sous notre maison, la « Grotte de la Salamandre », à Méjannes-le-Clap, en plein coeur de la Garrigue, située à 26 km de chez nous à vol d’oiseau. C’est une grotte ouverte au public, un aven en réalité, c’est-à-dire un trou avec une petite cheminée qui s’ouvre vers la surface. Grâce à Pierre Bévengut et une équipe ouverte d’esprit et disponible, nous avons rapidement obtenu l’autorisation de tenter la première voie dans cette grotte, en suivant l’évidente « voie des loirs ». Chaque année, ces petits rongeurs descendent 50m sous terre, en suivant toujours exactement le même tracé, le long de draperies, jusqu’au sol de la grotte. Il paraissait évident de suivre leur exemple de bas en haut, et ce en « green climbing », en Trad, pour ne pas laisser de traces autres que notre magnésie.

Du « green climbing » au programme !

Je me suis lancée pour ouvrir une première longueur, réalisant dès le 2ème mètre que ces petits loirs grimpent aussi bien que des écureuils, et bien mieux que moi. Pour la première fois de ma vie, j’avais la chance de mettre les mains sur des colonnes parfaites, des draperies blanches, brillantes de calcite sous ma frontale, qui avaient eu le privilège de pousser tout doucement pendant des milliers d’années sous terre, entièrement protégées des assauts du vent et de la pluie, modelant des formes d’une pureté inconnue à la surface.

Caro dans L1 ©Phil Bence/The North Face

Réta délicat pour James, L2 ©Phil Bence/The North Face

Au relais ©Phil Bence/the North Face

Caro dans L3 ©Phil Bence/the North Face

Escalade délicate et exposée

Placer des protections entre ces formations était un exercice nouveau, je glissais des coinceurs entre deux petites draperies, posant parfois 2, 3 Friends entre les doigts de 4 draperies parallèles, jamais vraiment certaine de leur résistance face à une chute, et convaincue que la meilleure solution était de ne pas tomber. Certes, ce rocher vierge était poussiéreux mais finalement presque comme n’importe quel caillou qui n’a jamais senti le toucher d’une grosse brosse.

Je voulais de l’aventure, j’en avais tout mon saoul, mettant 2 heures à venir à bout de mes 12 premiers mètres, les bras pétés en plantant mes pitons de relais, presque toute seule dans le noir de la grande salle silencieuse, avec James qui s’endormait presque à l’assurance sous moi. Il a pris le relais, alternant une grimpe extrêmement poussiéreuse à l’aplomb de l’aven et des équilibres magiques sur une immense draperie assez solide, pour finir après maintes hésitations par de beaux mouvements dans un dernier dévers, et un relai perché sur des stalagmites en pleine paroi.

Je voulais de l’aventure, j’en avais tout mon saoûl, mettant 2 heures à venir à bout de mes 12 premiers mètres

Notre dernière longueur, les 20 derniers mètres vers la surface, fut finalement la plus normale. Nous retrouvions peu à peu le caillou blanc du calcaire de la région, compact et fissuré, plus facile à protéger. Après quelques mètres, James m’a rejointe en haut de l’aven, devant cet incroyable trou dans la Terre qui relie la grotte à la surface.

C’est bien sûr Phil Bence, avec sa grande habitude des photos de spéléologie, qui a photographié cette voie si différente, ce petit condensé d’aventure que nous avions vécu presque à la maison. Partis de chez nous au matin, nous avons éprouvé les mêmes émotions qu’avant, celles qui nous faisaient d’habitude vibrer à l’autre bout du monde. Grimpant pour la première fois sous terre, sur des formes nouvelles, confrontés à des problématiques jamais rencontrées avant, nous avons découvert le silence minéral d’une grotte et la grimpe d’aventure à la frontale.

Encore tous crottés de notre journée dans le noir, il ne nous restait plus qu’à aller récupérer notre petit Arthur chez sa nounou.

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