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Treks en Himalaya

En escalade rien n’est-il impossible ? Le nouveau record d’ascension du Nose, sur El Capitan (Yosemite) de Brad Gobright et Jim Reynolds et le documentaire en time-lapse qui en découle donnent le vertige, même à un public averti. Explications.

Si vous vous teniez, là tout de suite, au bord de la Merced River, dans cette magnifique vallée du Yosemite, à vous dévisser le cou pour observer les cordées hisser leur barda jour après jour sur El Capitan, vous pourriez comprendre. En tous cas, tenter de mesurer quels efforts extraordinaires deux grimpeurs doivent fournir pour cocher le NIAD, à savoir le « Nose-In-A-Day », un acronyme inventé par les grimpeurs, assez rares, qui en sont capables. En 1975, la cordée de Jim Bridwell, John Long et Bill Westbay fut la première à accomplir l’exploit de gravir le bigwall emblématique du Yosemite en une journée (17 heures), dix-huit ans après la première ascension menée par Warren Harding qui dura… 45 jours. En 1986, John Bachar et Peter Croft mirent seulement 10 heures, un temps baissé de près de deux heures par Hans Florine et Steve Schneider en 1990. Le speed climbing passa un peu de mode avant que des acteurs passionnés – Florine en tête – ne cherchent à battre le record du Nose. La cordée Florine-Yuji Hirayama battit le record en 2002 (2h48), le rendit à la cordée des frères Huber (2h45 en 2007, qui donna un film impressionnant), puis le reprit (2h43 puis 2h37m05 en 2008). Un horaire hallucinant que deux passionnés du Yosemite, Dean Potter et Sean Leary (morts depuis) ont battu à leur tour en 2010 d’une poignée de secondes (2h36m45) avant que le grand spécialiste du solo Alex Honnold, en équipe avec le vétéran Hans Florine, n’établisse le dernier record, 2h23m46s, en 2012.

Depuis, personne ne pensait que ce temps incroyable puisse être battu. Mais Brad Gobright et Jim Reynolds, deux forts grimpeurs américains eux aussi, ont relevé le défi : après être passé sous la barre des trois heures en 2015, Brad confiait à un magazine US qu’il avait déjà accompli un rêve de grimpeur. Mais onze tentatives plus tard, la cordée réussissait l’impossible le 21 octobre dernier : partis à 7h du matin, Gobright et Reynolds touchait l’arbre au sommet de la voie 2 heures, 19 minutes et 44 secondes plus tard, soit environ quatre minutes de moins que le record d’Alex Honnold-Hans Florine. Mais comment font-ils ? Simul-climbing et short-fixing sont les clés du speed climbing. Dans les longueurs les plus « simples », l’escalade en simultané est sécurisée par une ou plusieurs Traxion Petzl entre les deux grimpeurs. C’est une technique que vous pratiquez plus en marche d’approche que sur un bigwall coté 6a/A2 pour 1000 mètres d’escalade, mais plutôt 5.11+/C1 lors de ce record, soit 7a et A1. Mais une bonne partie du Nose, bien difficile, requiert la technique du short fixing qui consiste pour le leader à gravir la longueur, fixer sa corde pour que le second la remonte au jumar au plus vite, pendant que lui effectue la première partie de la longueur suivante avec une grande boucle de mou fixée au relais. Une technique qui a ses risques : d’après Reynolds, sur 85% de l’itinéraire la cordée aurait pu être blessée ou tuée si l’un d’entre eux était tombé. Les chutes potentielles de plus de 30 mètres sont légion.

Avec sa passion avérée pour le solo, Gobright est parfois vu comme le successeur d’Alex Honnold. Mais le plus fascinant, dans le timelapse vidéo, est de voir le rythme effarant des deux recordmen, doublant les dizaines de cordées du Nose à peine réveillées, avalant les longueurs en 5.11 comme si de rien n’était, et effectuant les grands pendules de la voie à toute vitesse. Avec ses bigwalls magnifiques, le Yosemite reste le théâtre de réalisations qui repousse sans cesse les limites humaines.