Le 4 mars, Nicolas Jean et Arthur Sordet ont relié à skis l’aiguille Verte, les Droites et les Courtes en une seule journée. Un enchaînement exigeant dans le bassin de Talèfre, ponctué par trois couloirs majeurs du massif du Mont-Blanc et près de 4 700 mètres de dénivelé. La saison de pente raide est lancée.
Il ne connaissait pas du tout le massif du mont Blanc : Arthur Sordet, compagnon de Nicolas Jean, n’avait jamais mis les pieds dans le massif. Autant dire que pour une première visite, il est comblé ! Dans la nuit du 4 mars, Nicolas Jean et Arthur Sordet ont traversé une large partie du bassin de Talèfre avec un objectif monstrueux : skier successivement l’aiguille Verte, les Droites et les Courtes dans la même journée.
Le départ est donné à 1 h 44 depuis la vallée de Chamonix, sous la pleine lune. Direction le refuge du Couvercle, porte d’entrée de ce secteur glaciaire dominé par certaines des faces les plus célèbres du massif du Mont-Blanc. près une courte halte au refuge, les deux skieurs se séparent temporairement. Nicolas Jean poursuit vers la Verte tandis qu’Arthur Sordet s’accorde un peu de repos. Pisteur, il vient tout juste de terminer sa journée de travail. Tous deux ont quitté Barcelonnette la veille au soir pour rejoindre Chamonix.
Trilogie de Talèfre
À 8 h 42, Nicolas Jean atteint le sommet de l’Aiguille Verte (4 122 m). Il s’engage aussitôt dans le couloir Whymper, une ligne classique de pente raide. La neige est encore très dure, pas encore transformée par le soleil du matin. Arthur Sordet le rejoint vers 9 heures au pied de la face. Les deux skieurs repartent alors vers leur deuxième objectif, les Droites (3 984 m). Ils gagnent le sommet par la facette ouest avant de basculer dans le couloir sud-ouest pour la descente.
La troisième étape mène aux Courtes (3 856 m). La descente choisie est le couloir Angélique, exposé sud-sud-ouest. Ouverte en 1999 par Pierre Tardivel et dédiée à sa fille, la ligne est étroite et encaissée sur près de 600 mètres.
En cette fin d’après-midi, les conditions ont évolué. La neige s’est transformée et devient plus irrégulière, demandant davantage d’attention. L’ordre des sommets a d’ailleurs été choisi précisément pour s’adapter aux orientations et skier chaque face dans les meilleures conditions possibles. À 15 h 45, les deux skieurs rejoignent le glacier de Talèfre. Il ne reste plus qu’à glisser jusqu’à Chamonix, atteinte à 17 h 15.
Une journée de 15 heures et 4700 mètres de dénivelé
Au total, la journée représente environ 4 720 mètres de dénivelé et trois descentes cotées autour de 5.3, avec des pentes comprises entre 45 et 50 degrés.
Pour Nicolas Jean, ce projet était en tête depuis quelque temps. Le skieur s’est spécialisé ces dernières saisons dans le ski de pente raide. Il avait déjà réalisé un enchaînement comparable dans les Écrins, reliant Ailefroide, le Pic sans Nom et le Pelvoux.
Arthur Sordet, lui, découvrait ce secteur du massif. Entre départ nocturne, progression sous un ciel dégagé et longues descentes dans des couloirs emblématiques, la journée ressemblait autant à une traversée qu’à une succession de sommets. Une longue course à skis dans l’un des terrains de jeu les plus sauvages de la vallée de Chamonix.







