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L’une est triple championne d’escalade handi-grimpe, l’autre est la plus jeune femme guide de haute montagne. Solenne Piret et Adèle Milloz viennent d’horizons différents mais les deux se sont retrouvées au col de la Colombière sous la houlette de Didier Angelloz pour un weekend escalade bien complet. Au programme, bloc, falaise, grande voie, avec un beau bivouac en prime. Direction les Aravis !

Prenez trois personnalités différentes, trois spécialistes de disciplines complémentaires. Solenne Piret est une grimpeuse spécialiste du bloc. Privée de sa main droite à la naissance, Solenne a élu domicile proche de Fontainebleau, et se passionne pour les blocs qui parsèment la forêt. Elle a raflé les podiums des compétitions handi-grimpe, double championne du monde et membre de l’équipe de France handi-grimpe. Originaire de Tignes, née sur des skis – et d’un papa guide de haute montagne – Adèle Milloz, elle, a les gènes du ski-alpinisme : des années de compétition l’ont conduite au plus haut-niveau, en équipe de France et sur des courses mythiques comme la Pierra Menta. Pour autant, sa vision de la montagne s’est beaucoup élargie puisqu’elle est devenue guide de haute montagne, et exerce aujourd’hui pleinement ce métier encore peu féminisé. Notre troisième homme, car c’en est un, n’est autre que Didier Angelloz : guide de haute montagne lui aussi, c’est un grimpeur doué, totalement passionné, et qui a été le compagnon de cordée de Patrick Berhault, disparu en 2004.

©Ulysse Lefebvre

Didier rappelle le passage de Berhault sur les blocs du secteur. ©Ulysse Lefebvre

No foot pour Adèle Milloz ©Jocelyn Chavy

©Jocelyn Chavy

Solenne Piret. ©Ulysse Lefebvre

Scarpa Drago, un chausson précis. ©Ulysse Lefebvre

Solenne Piret loin du sol, parade indispensable ©Jocelyn Chavy

Adèle concentrée ? ©Ulysse Lefebvre

L’aura de Patrick Berhault va flotter sur ce trip escalade puisque le spot du col de la Colombière a été fréquenté par le grimpeur de génie, qui y a ouvert nombre de blocs, et pas des moindres. Attention à ceux qui pensent qu’un 6b bloc typique de la Colombière n’est pas si dur : si Berhault en est l’auteur, ledit bloc peut vite s’avérer être un sacré morceau : la hauteur des blocs qu’il a ouvert ici, et, il faut bien le dire, le côté old school de certains – des dalles où le placement de pied est millimétrique – a de quoi refroidir les ardeurs de ceux qui ne jurent que par les cotations. Et justement, si les deux grimpeuses qui sont venues goûter ce terrain de jeu viennent d’horizons différents, ce n’est pas pour les blocs les plus durs mais d’abord pour le plaisir : celui de découvrir un (beau) terrain de jeu.

Certains blocs sont typés old school avec des placements de pieds millimétriques.

©Ulysse Lefebvre

Le guide Didier Angelloz, local de l’étape, au service propreté. ©Ulysse Lefebvre

Pockets et cannelures

Commençons par le caillou. Le calcaire typique de cette première journée dans les Aravis est joliment sculpté, avec des trous et des cannelures. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas que des dalles à petites prises, même si les filles commencent par s’échauffer sur le plus grand bloc, une escalade facile mais en finesse. Juste à côté, un passage qui nécessite de la force dans les doigts est plus typique des passages du coin. Mais un peu plus loin, Solenne et Adèle ont le plaisir de découvrir un mur bien déversant, parcouru de fissures à grosses prises. C’est une surprise en ces lieux, mais ce n’est pas pour autant du gâteau. Solenne doit composer avec ce profil très raide qui ne la favorise pas, avec des bonnes prises mais pourvues de picots : le strap sur son demi-bras, déjà indispensable, l’est encore plus dans ce type de passage, dans lequel, avec son handicap, elle se balade littéralement, sous l’oeil attentif de Didier Angelloz. Lui sait bien qu’il vaut mieux éviter de tenter de sortir le bloc, à plus de trois mètres de hauteur, un rétablissement engagé qu’il vaut mieux éviter d’autant qu’il a fait la croix il y a quelques années, « en posant le cerveau ».

Bivouac idyllique, non ? ©Jocelyn Chavy

Stylée, la fondue au bivi. ©Jocelyn Chavy

©Jocelyn Chavy

Une belle journée de grimpe s’annonce. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Solenne Piret a réussi deux blocs en 7b à Fontainebleau.
De quoi avoir de la marge à la Colombière.

À 1800 mètres d’altitude, le site de blocs de la Colombière se situe à quelques dizaines de minutes du col du même nom. Plus d’une centaine de passages sont tracés, donc l’embarras du choix. Mais attention, le ou les crashpads sont indispensables car les chutes peuvent être dangereuses, d’où l’importance d’avoir deux copains pour parer efficacement. Au fil des essais, le site révèle sa diversité, il y a vraiment de quoi faire. Encore une fois, il s’agira d’être précis sur les pieds, de travailler son équilibre et sa souplesse, ce qui convient tout à fait à Solenne Piret, habituée aux placements précis de Bleau. Elle y a d’ailleurs réussi ses plus belles performances : après avoir réussi Onde de Choc en janvier 2021, elle a récidivé avec Pierrot, son second bloc en 7b à Fontainebleau. On ne rappelle pas ici la « valeur » des cotations de Bleau, bien plus « sévères » que les cotations falaise. De quoi avoir de la marge à la Colombière.

Mais, pour Adèle Milloz, comme en montagne, il s’agit de déchiffrer non pas un itinéraire de plusieurs centaines de mètres mais une énigme de quelques mètres. Et c’est aussi ce qui rend le bloc si fun et si agréable à pratiquer à plusieurs : taper des essais jusqu’à l’épuisement, ou jusqu’au fou-rire, c’est comme vous voulez.

Adèle à l’aise dans une voie bien équipée du col. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Solenne découvre les joies des cannelures des Aravis. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

 ©Jocelyn Chavy

C’est l’occasion d’un bivouac qu’on n’aura pas la prétention de qualifier de million-stars-hotel bien que sous la Voie Lactée, mais dont la cuisine fut, elle, exceptionnelle, avec fondue au menu. Qui a dit que les grimpeuses ou skieuses-alpinistes ne mangeaient que des graines ?

Les deux grimpeuses venues d’horizons différents font cordée à la falaise de la Colombière. Et ça marche.

Le lendemain, direction la falaise de la Colombière, a quelques encablures du site de blocs. L’escalade y est extraordinaire, avec des cannelures partout, du rocher lisse ou bien merveilleusement sculpté par les eaux de ruissellement. L’escalade y est souvent plus délicate qu’il n’y parait, avec des équilibres difficiles à trouver, une technique de pieds irréprochable, et des rétablissements précaires, ou peu évidents. Adèle Milloz en fait les frais, avant d’emmener Solenne remonter une grande voie sur cannelures. Là encore, le 5 sup se fait désirer. Les deux grimpeuses venues d’horizons différents scellent leur cordée. Solenne ne reste pas derrière : elle part en tête dans la 2ème longueur, un exercice toujours délicat quand on imagine la difficulté de ne pouvoir mousquetonner que d’une main, et avec une main seulement. La cordée souffle sous l’oeil averti de Didier Angelloz, venu voir si l’acclimatation à l’escalade typique des Aravis s’est bien passée. La réponse ? Ce fut trop court !

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