Après une semaine de rencontres, d’ateliers et de projections, le Chamonix Film Festival s’est achevé ce 14 juin. Des sommets de l’Himalaya aux pentes du Cerro Torre, en passant par l’intimité brute d’une cordée ou l’humour punk des collines britanniques, les films récompensés cette année ont marqué les esprits. Voici le palmarès.
Pour sa sixième édition, le Chamonix Film Festival alignait cette année 17 films en sélection officielle. Les spectateurs ont pu voyager à l’étranger au Canada, au Népal, en Patagonie mais aussi dans le temps avec Claude Kogan et Joseph Vallot, tout en suivant une jeunesse passionnée de montagne que rien n’arrête.
Pour trancher au sein de ce panorama, le jury était composé de Zoé Charef, de la rédaction d’Alpine Mag, Isabelle Fortis (journaliste et éditrice), Gaël Legras (journaliste et reporter), Tanya Naville (directrice fondatrice du festival Femmes en Montagne) et Jean Rouaux (aventurier et athlète). Alors que le protocole prévoyait initialement la remise de quatre récompenses, les jurés ont finalement choisi de distribuer cinq prix. Palmarès.
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Grand Prix du Chamonix Film Festival
La chèvre d’Hispar de Hugo Clouzeau. Ce film dessine un portrait intimiste d’Hélias Millerioux. Muni de son caméscope, l’hilamalayiste raconte son amour pour les hauts sommets à l’occasion d’une expédition au Trivor en compagnie de son ami et compagnon de cordée Yannick Graziani.
Le jury a récompensé ce film pour ses qualités narratives et sa maîtrise, le qualifiant de “vrai film de cinéma” accessible à tous. Isabelle Fortis souligne “le titre est une belle métaphore : c’est un film d’experts sur une expérience ratée, qui nous plonge dans l’intimité d’une cordée aux personnalités très engagées, tout en restant accessible à un public qui n’est pas spécialiste de la montagne.” On a interviewé Hugo Clouzeau qui nous a expliqué sa démarche originale, et sa volonté – visible – de signer un film de cinéma plutôt qu’un film outdoor. Un article à suivre sur Alpine Mag.
Prix Alpine Mag
Chimères Patagones de Lise Billon et Guillaume Broust. En février 2024, Lise Billon, Fanny Schmutz et Maud Vanpoulle signent l’ascension du mythique Cerro Torre par la voie du Compresseur. Au-delà de l’exploit technique, le film livre un récit d’alpinisme moderne qui bouscule les codes traditionnels de l’héroïsme en privilégiant légèreté, sensibilité et force du collectif.
Pour Zoé Charef, « Il est essentiel de médiatiser un alpinisme de haut niveau au féminin. C’est une épopée qui mêle sensibilité et performance, avec une vraie audace dans la construction du film. Le graphisme et les images apportent énormément à la poésie et à la narration de leur aventure. »
On a demandé à Lise Billon comment elle a conçu ce très bon film co-réalisé avec Guillaume Broust, article à suivre !
Prix de la narration
Les femmes les plus hautes du monde d’Isabelle Hautefeuille. En 1959, une équipe de femmes menée par Claude Kogan prend d’assaut le Cho Oyu (8188 m). Première expédition himalayenne entièrement féminine, le film nous rappelle les préjugés et la misogynie de l’époque. Grâce aux images et au témoignage de la cinéaste de l’expédition, le documentaire redonne toute sa dimension à une aventure injustement oubliée.
Le jury a salué la construction du film qui restitue l’expédition dans son contexte historique. Pour Tanya Naville, c’est la rencontre avec Micheline Rambaud, la vidéaste de l’époque et dernière survivante, qui crée une “vraie accroche émotionnelle” et fait la force du récit.
Prix spécial du jury
Winner gets cake de Hendrik Faller. Le film nous plonge dans l’univers méconnu du fell running pratiqué sur les reliefs du nord-ouest de l’Angleterre. Ancêtre d’un trail qui n’aurait pas été dénaturé par la marchandisation, ces courses de collines conservent jalousement un esprit amateur et festif qui n’empêche pas la performance. Le documentaire au rythme aussi débridé que celui des coureurs suit une saison de compétition et la bataille intense entre deux champions se livrant une bataille sans merci sur des terrains aussi glissants qu’accidentés.
Le jury a été séduit par l’humour très british et l’esprit un peu punk de cette communauté, où des athlètes trentenaires partagent la même course qu’une légende de la discipline de 74 ans. Comme l’explique Gaël Legras, cette rivalité amicale et chambreuse fait du bien. “Si on a aimé ce film, c’est pour le sourire qu’il nous a offert”.
Mention spéciale & Prix du public
Pas peur du bonheur d’Ambroise Abondance. À 18 ans, Oscar Burnham perd sa main gauche dans un accident. Entre rééducation et reconstruction, entre l’escalade, l’alpinisme et le ski para-alpin, le jeune homme retrouvé une confiance et une motivation lui permettant de viser les Jeux Paralympiques. L’amitié et la montagne en carburant de vie.
Un coup de cœur du jury pour ce film touchant et rythmé, malgré ses petits défauts, saluant l’audace d’avoir filmé cette reconstruction sur le long terme. Jean Rouaux explique : “Le parcours de vie du protagoniste est hyper inspirant. Le film et les sports de montagne l’ont aidé à avancer. Ça nous a donné envie de lui donner un petit coup de pouce et de l’encourager.”
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