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Bonjour, dites-moi, c’est par où l’Aventure ? En voilà une question ! A vrai dire, c’est par ici tout près et par là-bas aux confins, c’est un peu tous azimuts. D’aucuns disent même qu’elle guette au coin de la rue ! Pourquoi pas après tout. Tiens, c’est même un lieu-dit de l’Aisne, j’ai découvert ça dans le pli d’une carte.
Mais je voulais parler de la grande, la belle, la noble Aventure…celle qui s’écrit avec un grand A !

Oh là, tout beau l’ami ! Mollo avec les grands mots, majuscules et envolées. Cette aventure-là elle a vécu. Si tu veux parler de l’aventure désintéressée, authentique, épurée, celle qui sera peut-être sans retour, sans lendemain ; ça ne court pas les quatre coins du monde mon vieux. Il se dit même que c’est une espèce en voie de disparition, cela dit s’aventurer c’est disparaître un peu, à bien y regarder. Et bien dites donc, ce n’est pas très rassurant tout ça ! Mais alors comment se fait-il qu’on nous en serve à toutes les sauces de l’aventure ? Chaude, froide, tempérée, continentale, océanique, itinérante, immobile, utile, inutile, sensible, brute, que sais-je encore… Tous les prétextes sont bons ! Ouais, c’est vrai que c’est un mot qui sonne bien quand on y pense. Et puis comme ça résonne un peu inaccessible, exotique, extrême, on ne va pas toujours vérifier le vrai du faux. Alors on a tendance à croire un peu tout ce qu’on nous raconte, vois-tu. Parce que ça nous fait du bien quelque part : rêver, s’évader, découvrir, vibrer, s’émouvoir, s’identifier aussi. Et bien justement, j’avoue que j’ai parfois du mal à m’y retrouver dans tout ça. Vous allez peut-être pouvoir m’éclairer vous, si je vous demande : A quoi ça sert l’aventure ? Oh là l’ami ! Sujet houleux, terrain glissant, pente raide ! Tu me demandes de m’engager dans une affaire scabreuse ! Un coup à s’égarer, pour ne pas dire à se perdre… Et si je réponds à côté ? Bon, après tout une mésaventure de plus ou de moins :

c’est bien aux aventuriers qu’il incombe
de tourner autour du monde
et pas l’inverse

L’aventure vois-tu, c’est ce qui va advenir, ce qu’on ne connaît pas, du latin « advenire ». Par essence, c’est l’acceptation de l’inconnu, de ne pas tout maîtriser quoiqu’on ait pu anticiper, calculer, préparer. C’est accepter la part de risque en somme. L’aventure c’est aller voir le monde au-delà de ce qu’on veut bien nous en montrer ou nous en faire croire. Pour soi-même ou pour les autres, seul ou à plusieurs, volontaire ou forcé, qu’importe ! Et le monde lui il tourne en permanence, plus ou moins bien certes, mais il tourne toujours, je ne t’apprends rien là. Pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que finalement, le bienfondé de l’aventure il est peut-être ici. Au-delà du fait qu’on n’a pas tout découvert, tout exploré, on n’a surtout pas tout vu ! Chaque jour qui passe suffit à nous le prouver. Et tant que ce monde tournera – plus ou moins rond – on fera appel à l’aventure encore et encore. Pour le regarder différemment, le donner à voir autrement. Le monde des bêtes, celui des hommes, de leurs milieux et de tous les phénomènes élémentaires basiques ou complexes qui les unissent quoiqu’on en dise. L’aventure, c’est un usage du monde pour reprendre des mots chers à Nicolas Bouvier, un mouvement perpétuel. Alors qu’on se le dise, c’est bien aux aventuriers qu’il incombe de tourner autour du monde et pas l’inverse. Fussent-ils – les aventuriers – suréquipés de perches à autoportraits et ultra connectés.

Voilà. Sinon de manière beaucoup plus claire et concise, un certain Paul-Emile Victor – ça parlera aux plus jeunes – disait tout simplement : « L’aventure, elle est dans le cœur de l’homme. Elle doit être enrichissante pour soi, utile pour les autres et néanmoins comporter une petite part de risque. Si tout cela est réuni, alors on ne meurt jamais ».

Finalement, il aurait peut-être fallu commencer par là.

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