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L’art difficile de mesurer l’inconnnu 6a ou 9c ?

On y est. Le crux. Le pas indiqué sur les topos comme étant le plus dur de la voie. Passer en libre ? J’y pense un peu même si dans un premier temps, l’objectif serait plutôt de comprendre comment sortir de ce dièdre déversant qui me pousse dans le vide. Ensuite je vais devoir me résoudre à viser la cordelette sur piton, tirer dessus en espérant que tout tienne. Puis me hisser avec un style qui n’est pas sans rappeler celui d’une limace sortant d’un bocal.

Que nous apprend cette petite expérience
aussi modeste que grincheuse ?

6a+ qu’ils disent sur le topo de cette voie Montaner-Vicente des aiguilles d’Ansabère. J’aurais bien dit 6c. Voire 7a tant j’ai dû tirer sans retenue sur la cordelette, pour m’extraire des entrailles du rocher.

Alors je râle de retour au bistrot. Mon ego est quelque peu atteint par ce passage peu glorieux. J’indique à qui veut l’entendre qu’envoyer des gens là-dedans en leur faisant croire qu’un 6a max les attend, c’est inconscient. Christian Ravier, « Monsieur Ansabère », tempère. Il m’accorde un 6a+ éventuellement. Et puis je ne devais pas être très en forme ce jour là. Et puis le sac à dos qui pèse. Et puis la chaleur…

Que nous apprend cette petite expérience aussi modeste que grincheuse ?

Bibliographie ? Du 2 pour Toto l’escargot (et avec tout notre respect pour le style des limaces et autres gastéropodes). ©Ulysse Lefebvre

Elle nous apprend que lorsque l’on évolue dans des niveaux de difficulté modestes, on a la chance de pouvoir compter sur des forts grimpeurs pour placer les échelons des cotations. Le plafond du VI comme « niveau maximal des capacités humaines » défini par Willo Welzenbach en 1926 ayant depuis longtemps été dépassé.

Chaque nouveau passage dans le niveau supérieur est sujet à dicussion et à prudence. Le premier grimpeur à coter 8a à la fin des années 1970 le fait sans que personne ne sache à quoi cela peut bien ressembler… puisque cela n’a jamais été fait. Idem pour Güllich et le 9a en 1991. Et a fortiori, c’est la même chose pour le 9c et sa confirmation.

On peut saluer la réaction d’Alex Megos

On peut saluer la réaction d’Alex Megos à l’annonce de Stefano Ghisolfi. Alors que l’Allemand avait côté 9c la voie Bibliographie à Ceüse (le deuxième de l’histoire), l’Italien n’a pas confirmé la cotation après l’avoir répétée pour la première fois. Plutôt que d’en être vexé, Megos a pris en compte ce deuxième ressenti sur une cotation encore inconnue. Même s’il y avait passé plus de temps que sur son dernier 9b+. Même s’il pensait que Bibliographie était plus dure que tout ce qu’il avait gravi jusqu’alors. Non, c’est peut-être lui qui n’était pas aussi fort que d’habitude. Et la communauté des grimpeurs, aussi réduite soit elle pour ce qui concerne le 9b, a participé à définir les contours nouveaux de la difficulté extrême.

Les athlètes sont leurs propres juges

Il faut imaginer un sprint sur 100m dont le temps canon des meilleurs du moment ne pourrait pas être mesuré. 9’69 secondes ou 9’79  ? Il faut imaginer un marathon dont on ne sait pas très bien s’il a été couru en 1h59 ou 2h.
Tout ça est assez vertigineux. Ici pas de chronomètre ou d’arbitre. Les athlètes sont leurs propres juges. Et cela concerne d’infimes portions de temps ou de difficulté technique. Mais ce sont des proportions assez conséquentes pour vous faire passer du côté inconnu des capacités physiques mais aussi mentales (on en parle de l’engagement ?). Et c’est assez pour repousser des limites, ou plus modestement vos limites. Ou pour vous faire chuter, que ce soit 9c ou 6a. Ou plutôt 6a+ non ?

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