Un drapeau palestinien sur les Drus pour dénoncer le génocide à Gaza

Ce week-end du 15 août, un collectif anonyme d’alpinistes a mis en place un drapeau palestinien géant dans la face ouest des Drus dans le massif du Mont-Blanc, « un geste symbolique pour dénoncer le génocide à Gaza et l’inaction des gouvernements occidentaux ». Comme lors de l’opération 100 sommets pour Gaza en 2024, la montagne devient ici un porte-voix politique et humaniste. 

«Ce samedi 16 et dimanche 17 août, nous avons suspendu un drapeau palestinien géant sur une paroi emblématique de Chamonix afin d’alerter sur le génocide en cours à Gaza et sur l’inaction des gouvernements occidentaux face aux crimes commis par le gouvernement de Benjamin Netanyahu », annonce un collectif anonyme d’alpinistes. Le drapeau a ensuite été enlevé de la face Ouest des Drus, dans le massif du Mont-Blanc, par le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne, diligenté expressément par la Préfecture. Le PGHM avait « injonction de l’enlever aux premières heures du jour » selon notre source, ce qui ne fut fait qu’à la mi-journée hier dimanche.

Cette action politique nous en rappelle une autre, datant de 2024 : 100 sommets pour Gaza. « Des drapeaux palestiniens ont été hissés sur les sommets, du Vercors à la Grande Lauzière, de l’Ubaye aux Monts d’Arrée, dans le Finistère. Cinq mois après le début du conflit entre Israël et le Hamas, alors que les bombes continuent de tomber à Gaza, « 100 sommets pour Gaza » est une manière de soutenir la population de Gaza et d’appeler à un cessez-le-feu. Hisser un drapeaugeste de « solidarité » et faut-il préciser, apolitique et « pacifiste », ça ne mange pas de pain, si ? », écrivait-on alors. 

©Collectif Gaza

Le drapeau en tissu a été fixé sous la vire des Papas, en face ouest des Drus. 

un symbole d’espoir pour un peuple opprimé est-il devenu une offense ?

En cette mi-août 2025, la politique et le milieu de la montagne se lient à nouveau : « Nous, alpinistes, refusons que le monde du sport et de l’outdoor reste muet face à un génocide. Le sport a toujours été un levier politique, et utiliser ce moyen d’expression pour faire passer un message humaniste nous est apparu comme une évidence », continuent les alpinistes au drapeau. 

« Initialement prévu pour être suspendu pendant trois jours, les autorités ont déployé de grands moyens pour tenter de le décrocher par hélicoptère, dans cette face raide et difficile d’accès. La mobilisation disproportionnée de la gendarmerie pour enlever ce drapeau […] nous interroge : un symbole d’espoir pour un peuple opprimé est-il devenu une offense ? »

©Collectif Gaza

Le PGHM pressé d’enlever le drapeau, le 17 juillet.

Comme Thibault Cattelain partait à la conquête des sommets des Écrins avec Summits4Ukraine pour apporter un soutien financier et social aux Ukrainiens, le collectif anonyme d’alpinistes souhaite véhiculer un message d’espoir, d’entraide, de paix et de solidarité. Et ne pas rester silencieux face à la situation. « Nous, alpinistes, avons choisi la montagne pour porter ce cri visuel au monde. Suspendre ce drapeau, c’est rappeler qu’aucune paroi, aussi haute soit-elle, ne peut cacher la vérité : un peuple est en train d’être exterminé, sous les yeux du monde. »

Ces bouts d’étoffe ne sont pas une appropriation, juste un rappel pour dire qu’on ne peut détourner le regard

Au début de la guerre, nous écrivions : « J’entends d’ici ceux qui vont dire, que font ces drapeaux au sommet des montagnes, foutez-leur la paix. […] je répondrai que depuis des lustres les montagnes ont été des porte-voix, des symboles sur lesquels on peut communiquer – y compris l’amour et la liberté, comme ces coeurs de lumière et d’espoir en plein Covid. La montagne n’est pas un Truman Show où s’épanouissent les Jim Carrey. […] Ces bouts d’étoffe qui ont flotté le temps d’une photo sur les sommets ne sont pas une appropriation, juste un rappel pour dire que chacun, en France et ailleurs, ne peut détourner le regard. Ces drapeaux-minute sont un appel citoyen pour la paix. »

Ne pas détourner le regard : ni des victimes israeliennes du 7 octobre, ni des victimes palestiniennes d’une guerre sans fin qui ressemble de plus en plus à un génocide.