Rookie sur le Freeride World Tour, Zoé Delzoppo joue sa première saison au plus haut niveau avec un ménisque fissuré. Sa créativité, son instinct et sa motivation l’ont propulsée à la troisième place provisoire du classement général de ski féminin, mais le risque est réel. Pour la dernière étape du FWT qui se déroulera à Verbier le 28 mars, l’étudiante en médecine de 20 ans et athlète Mammut espère que son « genou tiendra les 3 minutes du run » pour finir en beauté. [Mise à jour du 29 mars : Zoé Delzoppo a fait un superbe run qui lui vaut la 4ème place]
ur la deuxième marche du podium à Baqueira Beret (Espagne), Zoé Delzoppo est tout sourire, bras levés, tenue Mammut et skis Salomon floqués d’un autocollant La Clusaz. Dans les Pyrénées espagnoles en ce mois de janvier 2026, la saison du Freeride World Tour (FWT) est lancée et une rookie française s’invite déjà sur le podium. À 20 ans, c’est sa première participation du circuit « chez les grands » après avoir remporté le Freeride World Tour Junior en 2023.
Une entrée en matière remarquée qui place actuellement Zoé en troisième position du classement général féminin de ski pour la saison 2026. Mais derrière cette performance, il y a aussi une douleur au genou droit, persistante, qui entrave une saison idyllique.
quand le radiologue m’a fait le compte rendu,
c’était « fin de saison et opération directement »
Pour un ménisque fissuré
Au départ, Zoé tempère : « C’est une petite douleur qui a empiré pendant la compétition de Baqueira donc je n’ai pas fait un run super cool, mais c’est l’enjeu du freeride et on reviendra plus forte pour les autres étapes. » Un épanchement intra-articulaire d’abord, qui n’inquiète pas outre mesure l’étudiante en troisième année de médecine. Puis une fissure du ménisque latéral qui demande un peu de temps de repos.
Un arthroscanner après l’étape du Freeride World Tour à Val Thorens (en janvier 2026) diagnostique finalement une fissure de tout le ménisque externe. « Quand le radiologue m’a fait le compte rendu, c’était « fin de saison et opération directement », se souvient-elle. Ça m’a mise face à ma blessure, un gros coup dur. Mais j’ai pris un peu de recul et décidé de tenter l’injection de cortisone. Si ça me permet de skier, de finir la saison et de me faire opérer après, je prends. »
Originaire de Lyon, Zoé Delzoppo n’est pas née avec la culture du ski. Elle en fait comme loisir en famille jusqu’à ses 13 ans, est inspirée par les vidéos de Candide Thovex, s’inscrit à l’ESF Freeride de La Clusaz puis « se trouve une passion. » Alors skier, elle veut en faire, en refaire, « rider en hors-piste dans de la bonne neige avec les copains », ne pas s’arrêter. Elle a l’esprit de compétition et l’amour de la nature et de la liberté.
Ce genou ne la stoppe pas. Même si elle ne s’entraîne plus entre les compétitions pour préserver son genou, elle veut y participer. Elle continue la saison et voyage en Géorgie pour une compétition, finalement annulée. Un mal pour un bien ?
je ne me voyais pas arrêter
en n’ayant fait que deux compétitions dans l’année
Une folle envie de skier
En Alaska, à la mi-mars, Zoé prend encore le départ et finit à la troisième place du podium féminin de ski. « Il fallait jauger la douleur pour ne pas aller au-dessus. C’était vraiment douloureux, il ne fallait pas que je fasse plus de trois minutes de run. Mon genou n’aurait pas tenu plus. Mais je ne me voyais pas arrêter en n’ayant fait que deux compétitions dans l’année. »
De retour en France, entre La Clusaz et Lyon, Zoé Delzoppo subit la blessure : la cortisone ne fait plus effet. « Je ne pouvais pas faire Verbier (la dernière étape du FWT prévue le 28 mars prochain, NDLR) dans cet état-là, donc soit je refaisais une injection de cortisone, soit j’arrêtais. Tu t’en doutes, j’ai opté pour une petite injection. Ça va tenir le temps de cette dernière. »
Évidemment, sans entraînement, elle note une perte de capacité, d’instinct, de gestuelle. Mais c’est sa tactique. Et son niveau, son plaisir et sa motivation la portent. Car les circonstances décident aussi pour elle : à mesure que la saison avance, malgré la blessure, Zoé se trouve en position plutôt inattendue pour une rookie : sur la troisième marche podium au classement général provisoire. Alors elle le sait, tout se jouera à Verbier.
Il y a désormais quelque chose à aller chercher, de concret. Un résultat à l’international – et chez les seniors – pour la Lyonnaise de 20 ans. Une pression en plus et un pari risqué qui fait dire à Zoé, quelques jours avant cette dernière étape : « Je vais y aller à fond, voir comment je me sens là-bas et choisir ma ligne en fonction. Et puis le 27 avril, quoi qu’il arrive, il y aura l’opération. »
zoé la skieuse
et zoé l’étudiante en médecine
Deux Zoé en une
Mais si l’on souhaite dresser le portrait de Zoé Delzoppo, il serait malheureux de s’arrêter à cette carrière de skieuse qu’elle mène avec entrain. Car de l’autre côté – le reste de la saison – il y a Zoé l’étudiante en médecine.
Le rythme est soutenu : travailler le matin avant de skier, réviser les jours de repos, compenser au printemps, passer les mêmes examens que les autres étudiants. Un équilibre précaire mais assumé pour la skieuse, athlète Mammut.
« Ce sont deux choses qui m’animent et me construisent. J’en ai besoin, confie-t-elle. Quand je suis en plein dans les études, je sais que j’ai fait du ski pendant trois mois et je ne suis pas frustrée. Pareil, si jamais je foire le ski, je sais que derrière, j’ai la médecine. Ça me permet de faire du ski plaisir et je trouve que c’est comme ça que je suis la meilleure. »
pour moi,
arrêter voudrait dire abandonner
Et on pourrait penser au premier abord que ses études lui permettent de mieux juger et analyser sa blessure. D’être plus lucide sur la situation ?
« Je pensais que ça m’aiderait. Une personne qui étudie la médecine aurait dû arrêter le sport. Mais quand c’est toi, ton sport et qu’il y a un enjeu… Tu ne penses pas aux conséquences et à tout ce que tu as appris. Je suis bien consciente de ce paradoxe, que je joue avec ma santé. Mais c’est tellement important pour moi, justifie Zoé. C’est ma première année sur le World Tour ! Et c’est dur à dire mais pour moi, arrêter voudrait dire abandonner. »
chaque face est un terrain d’expression et de créativité
Fidèle à ses débuts, à ses inspirations, elle continue : la poudreuse, les copains, le sentiment de liberté. Et ses modèles – grâce aux films, aux rencontres, aux affects – qu’elle continue de suivre pour observer, s’inspirer, adapter son ski. Chaque face est un terrain d’expression et de créativité qu’elle entretient en regardant par exemple Manon Loschi, autre skieuse de La Clusaz. « J’adore comment elle vit sa façon de skier, de faire avec la neige. »
Derrière les risques et les contradictions, Zoé Delzoppo sourit et s’élance avec ce plaisir pur des passionnées de la pratique. En croisant les doigts pour que son genou droit tienne le coup sur cette dernière étape du marathon du ski, des repérages et des runs.
Fidèle à ses débuts, à ses inspirations, elle continue : la poudreuse, les copains, le sentiment de liberté. Et ses modèles – grâce aux films, aux rencontres, aux affects – qu’elle continue de suivre pour observer, s’inspirer, adapter son ski. Chaque face est un terrain d’expression et de créativité qu’elle entretient en regardant par exemple Manon Loschi, autre skieuse de La Clusaz. « J’adore comment elle vit sa façon de skier, de faire avec la neige. »
Derrière les risques et les contradictions, Zoé Delzoppo sourit et s’élance avec ce plaisir pur des passionnées de la pratique. En croisant les doigts pour que son genou droit tienne le coup sur cette dernière étape du marathon du ski, des repérages et des runs.
Mise à jour du 29 mars
Zoé Delzoppo a choisi un run engagé sur l’extrême droite de la face, avec une première partie délicate, encombrée de requins que Zoé a franchi avec aisance, avant de dropper un beau jump engagé à mi-face. Cela n’aura pas suffit pour le podium, Zoé finit avec la médaille en chocolat (dit-elle), 4ème de cet Xtreme 2026. « Je suis tellement heureuse d’avoir pu me qualifier pour la finale malgré une blessure qui m’a accompagnée toute la saison. Ça n’a pas été facile, mais cela rend ce moment encore plus précieux. Félicitations à la meilleure, Lou Barin, tu as vraiment assuré. Quelle saison incroyable !»











