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Xavier Thévenard, le GR20 sinon rien

Pas de record, mais un temps canon : Xavier Thévenard a bouclé le GR20 de Corse en 32 heures et 32 minutes. Le triple vainqueur de l’UTMB n’a pas réussi à battre le temps de François d’Haene, en 2016, de 31h06. Pas de record, mais le jurassien a battu Kilian Jornet et son temps de 32h52, établi en 2009. Entre temps un certain Guillaume Perreti avait également eu le record, 32h06 en 2014.

Tous ces chiffres ne disent pas la beauté des montagnes corses, leur rudesse aussi. Tous ces chiffres ne disent pas la souffrance de Xavier Thévenard, qui a confié sur la ligne d’arrivée, aujourd’hui, que « c’était un chemin de croix » et que « jamais » il ne refera ce sentier. On le comprend, d’autant que l’athlète passionné a tout de même reconnu le parcours l’année dernière en touriste, en 4 jours, ce qui reste un score enviable pour tous les marcheurs (ceux en baskets, pas ceux qui jouent aux chaises musicales au gouvernement) pour 180 km de sentiers de montagne. Dont une grosse moitié de caillasses infâmes, au bas mot.

32h32 : ces chiffres ne disent pas la souffrance de Xavier Thévenard sur le GR20, « un chemin de croix ».

Par ailleurs, le spécialiste de l’ultra-trail n’avait jamais couru plus de 24 heures : peut-être faut-il le rappeler à tous ceux qui regrettent cette année 2020, sans course d’ultra à finir en moins de 50 heures. Parti avant l’aube hier de Calenzana, Xavier Thévenard a tenu les horaires de François D’Haene jusqu’à cette nuit, où il s’est peu à peu détaché des marques de son prédécesseur. Ce matin, l’affaire était pliée, et c’est dans la douleur qu’il a achevé ce GR20 à Conco, 32 heures et 32 minutes plus tard. Ce que ces chiffres ne disent pas non plus, c’est, à l’arivée, le corps et le visage profondément marqués par cette idée saugrenue, boucler 180 kilomètres d’une traite.

Instagram © Xavier Thévenard

« je ne sais pas si c’est très humain de se faire mal comme ça. » Xavier Thévenard.

Xavier n’a visiblement pas eu que des problèmes d’ampoules, et il en est conscient : « je ne sais pas si c’est très humain de se faire mal comme ça ». Conquérant de l’inutile, Xavier Thévenard peut se tourner vers la haute altitude, nul doute que son troisième poumon et son aptitude à souffrir – celle dont parle Voytek Kurtyka, l’un des plus grands alpinistes de notre temps – feraient merveille.

En même temps, n’y avait-il pas plus beau défi que la Corse, pour un traileur que le Covid et l’annulation des courses cet été ont mis au chômage technique ? Lui qui a annoncé récemment ne plus vouloir aller courir à l’autre bout du monde, en accord avec ses convictions pour l’environnement ? Chapeau bas, en tous cas, pour avoir essayé ce mythique GR20, et l’avoir fini. Etre allé au bout, rentré au port : là aussi, une manière d’alpiniste, quoi qu’on en dise.

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