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Tiens-toi droit

La p’tite musique a débuté lorsque j’ai mis mon sac de montagne dans la voiture.
Mon voisin m’a aperçu, c’est un voisin qui aperçoit beaucoup.
– « Tu vas en montagne ?! »
Mon voisin est perspicace, deux piolets, une corde et il devine vos projets.
– « Oui. »
– « Bah profite alors ! »
Je songe à lui dire que son idée est lumineuse. Je n’y avais jamais pensé. À profiter. C’est vrai ça, je pensais aller grimper pour bien que ça me pèse, ne rien prendre ni retenir mais maintenant qu’il m’alerte sur l’éventualité d’être heureux… Toujours cette fichue allergie aux injonctions et au bonheur téléguidé. Puis je me raisonne, finalement ces formules à la dors bien et à la soyez heureux ont le mérite de la bonne intention, elles vaudront toujours mieux que le racisme, la guerre ou la langue de bœuf. Et surtout, mieux que ce machinal bon courage distribué à satiété dans nos vies qui n’en réclament pas toujours. Alors je réponds mécaniquement à sa mécanique.
– « Merci. »
Mon voisin a l’air satisfait de l’élan qu’il me donne. Je pense à lui dire « toi aussi profite » mais il faut bien à un moment que cela s’arrête. En plus, je ne sais jamais s’il y a un  – s – à l’impératif du premier groupe.
Puis je passe faire une bise à mes parents, ce truc qu’il ne faut jamais faire avant de partir en montagne. Jamais. C’est une

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