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À 35 ans, Romain Desgranges a remporté la coupe du monde d’escalade en 2017, après plus d’une douzaine d’années de compétitions. So High est l’histoire d’un grimpeur hors normes par ses résultats, mais qui est aussi celle d’un homme qui doute malgré sa passion. Un roman graphique superbe qui est un OVNI dans la littérature de montagne.

J‘irai au bout de mes rêves, chantait Goldman. Les paroles d’une chanson que Romain Desgranges a écouté en boucle. Chacun a ses rêves. Chacun a ses doutes. Le rêve de Romain est d’être champion du monde d’escalade. Ses doutes ? Ceux de tout le monde. Ne pas croire que c’est possible. Ne pas croire en soi. Premier roman graphique paru aux éditions Guérin-Paulsen, So High est l’histoire d’un grimpeur, le meilleur compétiteur français d’escalade que rien ne prédestinait à remporter, in fine, la Coupe du Monde d’escalade de difficulté en 2017, et qui est cette année pour la cinquième fois le Champion de France de difficulté. Né dans les Hautes-Alpes, mais élevé à Saint-Étienne, le jeune Romain ne pense qu’au foot jusqu’à la découverte de l’escalade. Une révélation, et un parcours initiatique d’un gamin qui découvre la sensation merveilleuse de la grimpe. Sur la résine et en intérieur bien sûr : les sorties en falaise ne sont pas au programme jusqu’au lycée sport-études à Chamonix, où la première sortie aux Gaillands refroidit les ardeurs de Romain. Mais il veut devenir le meilleur, et s’entraîne sans compter. Réussit ses premières compétitions. Rencontre un mentor en la personne de Fred Rouhling, qui va l’emmener découvrir de nouveaux horizons d’escalade, entre deux coupes du monde aux quatre coins du monde, jusqu’en Chine. Ce sera Joshua Tree, la Mecque du bloc.

So High, Romain Desgranges et Flore Beaudelin, coll. Guérin, éd. Paulsen, 2018.

En escalade, le cerveau est le muscle le plus important.

Joshua Tree, oui, mais pas n’importe quels blocs : les highballs, ces blocs entre 7 et 12 mètres de hauteur, où le crash pad ne sert plus à grand chose. La peur l’empêche de gravir So High, bloc mythique signé par John Bachar, l’un des chantres du solo américain. Plus tard, il y aura aussi l’Arkansas, ou Rocklands en Afrique du Sud. Les doutes l’emportent, Romain rate à nouveau ses objectifs en compétition. En escalade, le cerveau est le muscle le plus important disait Wolfgang Güllich. En 2015, Romain rate d’un cheveu la Coupe du Monde d’escalade. Moctar Walid, le double de Romain, le méchant diable, celui que chacun héberge malgré lui à des degrés divers, a encore frappé. Alors que faire ? Retourner sur les traces du voyage initiatique à Joshua Tree, se confronter à à l’échec, à ses peurs, à So High.

Roman graphique plus proche dans l’esprit du manga le Sommet des Dieux que d’une simple BD, So High n’est pas une biographie classique, mais va bien plus loin que le film du même nom tourné par le sponsor de Romain Desgranges à Joshua Tree. D’ailleurs, les grimpeurs qui se livrent sur leur passé, leur apprentissage – pas toujours simple – et leur passion dévorante sont carrément très rares. En l’occurrence, le dessin de Flore Beaudelin laisse le lecteur s’approprier les traits de Romain, en l’occurrence son nez carré, son histoire teinté d’humour, de déconvenues, de hauts et de bas, pour se laisser happer par la passion de l’escalade. Autant dire que la lecture de So High est hautement recommandée pour les soirées cet été, que vous soyez au camping au pied des blocs d’Ailefroide ou coincé à Saint-Étienne.

So High, collection Guérin, éditions Paulsen, 220 p, 24,90 €. Une version anglaise est également disponible.