Faire la trace : un magnifique sujet puisque c’est la saison du ski de rando – enfin, si vous êtes proches de l’Italie, car sinon, attendez la fin de semaine. Donc, faire la trace, c’est comme un édito : il faut se lancer, choisir la ligne générale, le cheminement, puis adapter la trace à la raideur (ou son absence) de la pente (ou des mots). Bon, mis à part pour les Piémontais (les veinards), ça fait un bail qu’on a pas eu de trace à faire à skis.
Depuis la dernière chute de neige, la belle trace de montée dessinée par le premier skieur de rando a subi les outrages de tous les bipèdes (et quadrupèdes) de la création, zébus compris. Ou pour paraphraser Clint Eastwood, « à peu près tout ce qui marche ou rampe » y a laissé son empreinte.
J’entends encore les reproches émis par mon compagnon de balade quant aux trous ovoïdes piétinant « notre » trace, invectivant d’innocents raquettistes. Même les skieurs sont coupables : ailleurs c’est le copain qui miaule férocement contre la trace faite par des collants-pipette, droit dans le pentu, coeur à la bouche et talons saignants garantis.
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Oui, ceci est de la neige fraîche. Et une belle trace. ©JC
Moi-même, dans la forêt de Serre-Chevalier, me suis retrouvé à pester contre ces traces de …piéton sur LA trace de ski de rando. Car oui, maintenant, grâce au Covid ou à Inoxtag, vous avez des PIÉTONS l’hiver dans la neige !
J’en ai même vu à presque deux mille mètres d’altitude, en Chartreuse, fin novembre. À pieds, massacrant la trace avec d’autant plus d’insistance qu’ils étaient dépourvus de bâtons. À PIEDS, ET SANS BÂTONS. Vous avez bien lu. Imaginez la gueule de la trace.
Résumons : on a tous eu un jour l’envie de faire un sort à « tout ce qui marche ou rampe » sur la trace, façon Clint dans Impitoyable. Et pourtant. Ne serions-nous pas des tous et toutes des traceurs et des tracés ? Ce couple de traces énormes de raquettes, ne serait-ce pas celles de snowboardeurs qui vont plier la descente en quatre courbes, se moquant des traces de cafistes (j’en suis un) à skis ?
À PIEDS, ET SANS BATÔNS. Vous avez bien lu. Imaginez la gueule de la trace.
Alors oui, la trace est (souvent) défoncée, surtout quand le dégel de l’après-midi voit passer un troupeau de zébus sur celle-ci. Mais il ne tient qu’à vous, ou qu’à moi, de changer d’itinéraire, de trace ou de montagne. D’aller tracer soi-même dans un coin plus tranquille, plutôt que là où les skitouriens ont laissé moult appréciations les jours précédents. Et puis, franchement, la montagne est à tout le monde. Même aux zébus.
Bonne année, et première résolution : partager la trace… ou s’en défaire, pour (mieux) tracer.

