Randonnée : des bénévoles pour réparer les cabanes non gardées

©Maëlle Halevy-Vitalis

Derrière les cabanes non gardées que l’on est toujours heureux de trouver au détour d’un chemin, il y a des mains invisibles qui les entretiennent et les font vivre. Du 9 au 15 mai, dans le Valbonnais, en Isère, l’association Tous à Poêle a réuni des bénévoles pour restaurer six cabanes. Reportage le temps d’une journée dans ce chantier participatif qui raconte aussi une autre manière de vivre la montagne, plus collective et solidaire.

Le camp de base de Tous à Poêle à Sainte-Luce n’est autre que la salle des fêtes communale. Ça sent le café, le fromage, le bois humide et la bonne humeur. Il y a des sacs ouverts partout, des outils qui traînent et des rires qui fusent. Dehors, les bénévoles défilent : certains viennent pour la semaine entière, d’autres pour seulement deux jours. Il y en a même qui arrivent de loin, et en vélo !

Sous le soleil, une équipe s’affaire à construire du mobilier ©Maëlle Halevy-Vitalis

Réhabiliter des cabanes peut ouvrir
de nouveaux sentiers de randonnées

Tous à Poêle : l’association qui fait le pari du beau 

Créée en 2015, l’association est l’initiative de quelques habitants d’Éourres, un petit village dans les Hautes-Alpes. Elle s’est donnée pour mission de restaurer et bichonner les « cabanes libres » de montagne, c’est-à-dire celles non gardées et qui restent ouvertes toute l’année. L’idée est d’ouvrir et maintenir ces abris où l’on peut débarquer tard le soir, sous la pluie avec les jambes en vrac et y trouver un toit, un banc, et un poêle.

La cabane de Combilloux, avant le chantier. ©Maëlle Halevy-Vitalis

La cabane de Combilloux, après le chantier. ©Daniel Fougeray/Tous à poële

Situé entre les Écrins et le Dévoluy, dans le territoire de la Matheysine, ce coin de montagne est familier à l’association. Les équipes retournent régulièrement afin de s’occuper de ces cabanes. Le chantier participatif du moment gravite autour du petit village de Sainte-Luce. L’objectif ? Réhabiliter et bichonner six cabanes des alentours : Lou Pi, Cumina, Boustigue, Bois du Ser, Clos de l’Alpe et Combilloux. 

Et derrière les chantiers, c’est tout un territoire qui peut se redynamiser. Des abris en bon état sur les sentiers redonnent parfois accès à des lieux oubliés. La réhabilitation de la cabane de Combilloux permet par exemple de créer un nouveau sentier de randonnée.

Dans l’équipe il y a des locaux,
des maçons, des retraités et des étudiants

Remettre la lumière sur la région

Marc Laurent, ancien premier adjoint de Sainte-Luce, participe activement aux chantiers, heureux de pouvoir contribuer à développer l’attrait pour son petit coin de paradis : « J’ai 75 ans, et ce qui m’étonne le plus c’est que quand on était enfants, on était 27 enfants à aller à l’école. Maintenant, il n’y a plus que 47 votants. Il ne reste plus personne dans le village, et si on avait pas la ferme ce serait un village mort. »

 « Là, il y a tout un circuit de cabanes, réparées par Tous à Poêle. Le sentier est tout balisé, et cette cabane n’était pas en service. On ajoute une alternative au sentier. Il y a une autre cabane à côté et le propriétaire va la donner à la commune. On va pouvoir la remettre en état, car l’association s’est promis de ne jamais travailler sur des abris privé. De son côté, la commune s’engage à fournir tout le matériel nécessaire », explique Marc. 

Il faut enlever les poutres abîmées ! ©Maëlle Halevy-Vitalis

La cabane de Combilloux

La joyeuse équipe est très hétérogène. Il y a des habitués qui reviennent régulièrement sur les chantiers. Il y a des locaux, des maçons, des retraités, des étudiants. Des gens de Grenoble, Lyon ou Chambéry. Et si beaucoup ont découvert l’association en passant par une cabane réhabilitée par cette dernière, toutes et tous sont des passionnés de randonnées et de fervents amoureux de la nature.

Chaque matin, les équipes se divisent selon les chantiers. Je monte à la cabane Combilloux, au-dessus de Sainte-Luce, avec une vue prenante sur l’Obiou. Là-bas, il faut aménager l’intérieur et l’extérieur de la cabane. Un gros chantier est nécessaire, car la cabane était désaffectée depuis une petite centaine d’années. 

To do list pour la cabane de Combilloux ©Maëlle Halevy-Vitalis

Boucher les trous du murs
pour empêcher les rongeurs de passer

On y monte par un sentier qu’il faut parfois débroussailler, afin de prévenir l’ouverture de ce chemin qui sera balisé plus tard pour intégrer le réseau de chemins reliant toutes les cabanes du Beaumont. 

Une fois là-haut, il y a ceux qui savent exactement quoi faire, et les autres, dont je fais partie, qui apprennent sur le tas. Préparer du mortier et l’utiliser en l’étalant entre des pierres récupérées sur les sentiers. L’objectif est de boucher les trous du murs afin d’empêcher les rongeurs de passer.

Pour cela, on a découpé des planches que l’on installe sur les poutres de la mezzanine pour travailler en hauteur – planches qui serviront aussi à créer le futur couchage. En se relayant car la tâche est longue, on repeint les murs à la chaux pendant que sous le soleil, d’autres s’affairent à fabriquer du mobilier. Ils construisent des bancs, des tabourets ou encore la table à manger.

À côté de nous, Marc Laurent, pied-de-biche en main, est prêt à enlever toute poutre décomposée. Il nous livre les secrets de ce lieu : « La cabane de Combilloux était communale. Mon grand-père était berger pour le compte de la commune. Donc c’était un peu sa cabane ! », sourit-il. 

Doline qui construit le futur mobilier ©Maëlle Halevy-Vitalis

Atelier découpage de planches en bois ©Maëlle Halevy-Vitalis

L’art du collectif

Chaque soir, le planning prévoit au hasard un duo qui s’occupe de faire le repas. Les équipes se retrouvent et les tables se remplissent à nouveau. Tous et toutes iront se coucher dans leur tente dressée les unes à côté des autres sur les terrains que leur prêtent les locaux. De quoi reprendre des forces avant le chantier du lendemain. 

Ce qui me marque dans ce groupe, c’est l’ambiance et le vivre ensemble. La plupart des bénévoles ne se connaît pas mais on construit sur ce chantier une communauté éphémère. De la cabane au repas du soir, l’apprentissage est autant technique que social : gestes partagés, essais, entraide et rires. Si on fait du mortier, on apprend aussi à composer avec les rythmes des autres. Il faut décider à plusieurs et s’adapter sans cesse car rien ne se fait seul. C’est cela qui donne à ces chantiers une cohérence joyeusement imparfaite. 

Pour aller plus loin

Le film documentaire Cabanes Libres, réalisé par Vincent Martin et l’association Alpes Là en partenariat avec Tous à Poêle, a été tourné dans le Beaumont, au plus près de ces chantiers participatifs. Le documentaire suit celles et ceux qui restaurent, entretiennent et bichonnent ces refuges. Plusieurs projections sont prévues en juin, avant une tournée estivale organisée dans certains refuges et cabanes de montagne.