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Qui veut la peau de l’Anena ?

L’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (ANENA), reconnue d’utilité publique, est en pleine crise. La mise à la porte de son directeur et l’emprunt XXL que doit contracter l’association pour financer son départ suscitent des interrogations. Des erreurs de gestion et l’inadaptation de certaines formations qu’assure l’Anena n’expliquent pas tout. En toile de fond ? Le juteux business des formations des pisteurs artificiers, et les accidents mortels de quatre d’entre eux ces dernières années. « Si on voulait couler l’Anena on ne s’y prendrait pas autrement », explique l’une de nos sources, membre de l’Anena.

L’Anena aurait dû fêter son cinquantenaire dans d’autres conditions. Créée il y a cinquante ans après l’avalanche de Val d’Isère qui coûta la vie à 39 personnes, l’association a beaucoup changé depuis. Et c’est peut-être là que se trouvent les racines de la crise actuelle. A deux ans de la retraite, son directeur, Dominique Letang, a été poussé vers la sortie après douze ans à ce poste.

Si son départ n’a pas étonné, le montant des indemnités de sa rupture conventionnelle fait tiquer. 105 000 euros. Pour une association qui a cinq salariés, et surtout un budget annuel de 850 000 euros, c’est beaucoup. Avec les charges, ces indemnités vont coûter autour de 140 000 euros, pour une association qui peine à garder ses comptes à flot. La solution du président de l’Anena, Jean-Pierre Rougeaux, est toute trouvée. Il a convoqué une assemblée générale extraordinaire qui devait se tenir aujourd’hui le 9 septembre, durant laquelle, en visioconférence, il comptait faire voter un prêt pour financer le départ de son ex-directeur.

Bronca chez les membres de l’Anena, et reculade du président hier en fin d’après-midi. Dans un mail que nous avons pu consulter, celui-ci temporise et reporte l’AG en question. (voir ci-dessous), « conscient que la décision qui devait être prise lors de cette AGE engageait l’Anena pour plusieurs années ». Car cet emprunt, ce départ, coûte entre 15 et 20% de son budget annuel. De quoi mettre en danger l’association à l’équilibre financier précaire.

La décision de virer l’ex-directeur Dominique Letang, qui n’a pas souhaité s’exprimer, a-t-elle été prise pour le faire taire ? Parce qu’il voulait modifier la formation pisteur artificier dans un sens qui ne plaisait pas à DSF et à l’ADSP ? Le montant pharaonique, comme nous allons le démontrer, de ses indemnités, laisse penser qu’on a voulu acheter son silence. La question est de savoir pourquoi.

C’est l’ancien président de l’Anena, Jean Faure, sénateur d’Autrans, qui a embauché Dominique Letang, guide de haute montagne et secouriste à la retraite. Durant ces douze ans à son poste, Letang a beaucoup oeuvré pour le rayonnement de l’association, au niveau national et international. Encore heureux, serait-on tenté de dire, car le directeur percevait une rémunération brute de 5 270 euros, plus un véhicule de fonction. Joli pour une association avec 5 salariés.

En partant d’un salaire net autour de 4 200 euros, selon les lois Macron de 2017 qui plafonnent les indemnités de rupture conventionnelle dans ce cas à onze mois de salaire net, le montant versé à M. Letang aurait dû s’approcher de 46 000 euros. Pas du double. Soit le triple en ajoutant les charges pour l’association. Seule porte de sortie, le garde-fou de la loi Macron qui précise que le montant des indemnités versées en cas de rupture conventionnelle ne doit pas mettre en danger la structure.

Dans son mail du 8 septembre, le président Rougeaux indique lui-même une piste : « certains dossiers stratégiques comme celui par exemple des formations et recyclages des pisteurs-artificiers, à la suite de l’accident survenu en février 2019 qui avait entrainé la mort de deux pisteurs, a offert [sic] un flanc de critiques envers notre association. » En cause, « la défiance irréversible » envers le directeur de l’Anena. M. Rougeaux a donc signifié à M. Letang « la volonté de plusieurs institutions siégeant au bureau de l’association de le voir partir, Domaines Skiables de France (DSF), et l’association des directeurs de services des pistes (ADSP) en tête », écrit notre confrère Antoine Chandellier (Dauphiné Libéré du 8/09).

Ce que confirme l’une de nos trois sources d’information, toutes membres de l’Anena : « quand j’ai demandé à Dominique pourquoi il partait, il m’a répondu que DSF et ADSP voulaient sa peau ». Letang, simple fusible tombé en « disgrâce » selon son mail de départ que nous avons pu consulter ? (…)

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