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Gouverneur cérébral, force de Jedi (coté clair), visualisation et Paix Redoutable du compétiteur. Développement personnel, filtre à optimiser le plaisir de mon sport ? entrainement mental bien sûr !
Lui n’est pas un gourou. Juste au plus près du sportif, pour orienter sa stratégie et guider son développement. Entre mieux-être et résultats décuplés, Erwan Mérendet accompagne depuis 10 ans des sportifs sur leurs chemins – multidimensionnels. Brin de causette avec une bonne âme qui murmure à l’oreille des coureurs.

Il ne professe pas comment piloter une F1, ou driver ses spatules jusqu’aux podiums. Si le haut niveau l’a depuis longtemps adoptée, la « prepa’mentale » connait un engouement exponentiel, et ses bienfaits impressionnants parlent d’eux-mêmes. D’une réunion de travail qui ne donne plus mal au bide, à une victoire UTMB, point d’olympiades pour exploiter NOTRE incroyable potentiel.

POUR UN MERCI, OU POUR RIEN. LÀ N’EST PAS LE SUJET. 

Coach, préparateur, guide, accompagnant…que dire ?  

Erwan Mérendet : A mon sens, le terme « coach » serait le plus approprié, de par son origine hongroise : Kocsi, signifiant « voiture transportant des voyageurs »…et qui emmène son client d’un point A vers un point B, selon ses souhaits. On pense au cocher, ou à el coche espagnol (voiture). Problème : on parle désormais de « coach » pour tout et son contraire (cuisine, nutrition, couple…) ! « Accompagnant » me paraît juste, je l’utilise parfois. J’aime aussi à évoquer le mot « catalyseur » quand je parle de mon rôle dans la relation avec le sportif, car je pense qu’il s’agit bien de cela : permettre une réaction, une évolution, sans paraître participer de celle-ci. Enfin, je parle de collaboration avec le sportif, car d’une certaine façon, son objectif devient le mien et je me réjouis de lui permettre de l’atteindre. Selon le public, je me présente en tant que préparateur mental, mais en étant très vigilant sur l’aspect « gourou » qui s’y réfère encore parfois. Heureusement, les mentalités ont évolué et la connaissance du métier a nettement progressé.

En 2020, le préparateur mental a-t-il toute sa place dans une équipe ? Ou le regarde-t-on encore un peu de biais ? ?  

EM : A ce jour, clubs ou teams sont de plus en plus exigeants envers les sportifs – et ceci même avec les jeunes athlètes. On comprend alors aisément que pour ces sportifs, s’engager à fond dans une logique de « perf’ » représente une certaine pression, du stress, des adaptations ou une organisation spéciale. Les entraîneurs sont vigilants au bien-être mental de leurs poulains, mais leur approche n’est pas toujours adaptée, et puis chacun son métier! Alors oui, dans un 1er temps, un prépa’ mental va avoir un rôle éducatif auprès des jeunes (réflexions sur la motivation, notion d’objectif, conception mentale de l’entrainement et de la compétition…).

je pense que trop peu de clubs/FÉDÉS intègrent l’entraînement mental dans leur programme.

Ensuite, un travail plus approfondi peut avoir lieu pour développer et optimiser certaines habilités mentales ; telles que concentration, gestion des émotions ou imagerie mentale. Enfin, une collaboration individuelle sera d’autant plus pertinente pour individualiser l’approche de l’entrainement mental, et permettre d’aller plus loin – notamment sur la notion de performance. Soyons clairs : à ce jour, vu la hausse permanente des niveaux, le mental fait vraiment la différence sur le terrain. Malheureusement, je pense que trop peu de clubs – voire de fédérations – intègrent l’entraînement mental dans leur programme. C’est souvent une démarche individuelle du sportif ou de ses parents.

Portrait du sujet en Guide mental. ©François Aubonnet

L’approche des potentialités de l’humain et l’ouverture des possibles me paraît fantastique.

Comment en vient-on à pratiquer la préparation mentale pour d’autres ?  

EM : Depuis mon enfance, je pratique des sports ; notamment en compétition à des niveaux intéressants. Mais j’ai toujours été confronté à des peurs multiples : peur de me faire mal, de décevoir, de ne pas être là où on m’attend. J’ai été recruté comme sapeur-pompier, volontaire puis pro. Là, on s’en doute, j’ai dû appréhender des situations extrêmes….mais en gardant une sensation profonde de confiance en mes capacité, de sérénité en toute circonstance, pour agir avec maîtrise et efficacité. Très rapidement, j’ai été formateur dans différents domaines, notamment dans la gestion opérationnelle et le commandement, puis formateur de formateur. L’approche des potentialités de l’humain et de l’ouverture des possibles me paraît fantastique. Et j’ai vite fait le lien entre sport de haut-niveau et activité de sapeur-pompier : entraînement physique, technique et stratégique…et bien sûr, l’entraînement mental qui dans les deux domaines semble parfois sous-estimé.

A contrario du sportif, le sapeur-pompier ne sait pas quand aura lieu « la compétition », il s’y prépare donc en permanence, c’est très exigeant. Il me semblait donc évident de relier ces deux activités, et de pouvoir amener à l’une des populations ce que j’ai découvert dans l’autre, et inversement. Bien sûr, la formation dans le domaine du mental est essentielle, j’ai mis le pied dedans il y a déjà plusieurs années…et depuis je n’arrête plus. A ce jour, j’accompagne des sportifs de haut-niveau sur différents circuits et disciplines, avec toujours le même plaisir et un épanouissement incroyable.

Faut-il avoir été d’abord « préparé mental » pour en saisir l’apport, et devenir préparateur ? 

 

EM Dans le domaine de l’accompagnement, je pense qu’il est important d’avoir été accompagné pour accompagner. D’avoir levé certains « loups » intérieurs…Ainsi, l’approche que le préparateur mental propose, ses outils ou techniques, il les a testés pour lui-même dans différentes applications. Il en connaît les effets, les bénéfices mais aussi les contraintes, et l’engagement que cela représente. Bon, ne soyons pas non plus extrêmes, tel l’oncologue qui ne pourrait exercer sans avoir eu de cancer.

Pour ma part, j’ai utilisé (et j’utilise toujours !) la vision que je propose, mes outils et techniques, pour atteindre mes objectifs personnels et professionnels. Il est bien évident que je ne pourrai avoir vécu toutes les situations, précises, que vivent les êtres avec lesquels je collabore. Mais je ressens et connais les mécanismes mentaux qui se mettent en place.

 

En accompagnement de la 6000D. ©François Aubonet

Modifions la question : physiquement au top, mais qu’est-ce qui t’empêche d’atteindre encore ton plus haut-niveau en compétition ?

Quel est l’aspect le plus motivant, voire transcendant, de ta pratique   

EM : Difficile de résumer, mais je dirais être témoin actif d’un éveil ? Tant de choses « magiques » se produisent lors d’un suivi en préparation mentale, tant de bénéfices à court et long terme….Je constate une vraie évolution, à différents niveaux, des sportifs avec lesquels je collabore. Je dis souvent qu’il y a un avant et un après l’entrainement mental. Les voir s’éveiller et se développer autant me motive. C’est juste passionnant !

En quoi la préparation mentale te parait utile en trail ??  

EM : (Longue réflexion…) Et bien je poserais la question suivante : qu’est-ce qui t’empêche aujourd’hui, malgré ton entraînement physique, d’atteindre ton plus haut-niveau en compétition ? Il y a fort à parier que d’une façon ou d’une autre, l’aspect mental apparaitra dans la réponse. C’est une dimension devenue incontournable, on sait aujourd’hui qu’au plus haut-niveau, cet entraînement de « là-haut » fait la différence. Le trail, et notamment la longue distance, ne peuvent rester indifférents face à cela. Et toi-même…n’en as-tu pas expérimenté le changement, les bénéfices souvent inexplicables, mais nets en termes de ressenti…jusqu’à la performance purement chiffrée ??

Les athlètes ont-ils conscience du potentiel de développement personnel, quand ils font appel à toi ? est-ce une demande, ou une prise de conscience progressive ?

EM : L’âge du sportif me semble un élément clef, quand on évoque le « développement personnel » ; qui demande une certaine maturité. Par contre, la notion d’apprentissage est à prendre en compte : c’est le plus intéressant en suivi mental avec un jeune athlète. C’est une éducation, des habitudes, qui lui serviront tout au long de sa carrière sportive, professionnelle, ainsi que dans sa vie personnelle.

C’est une clef qui servira leur bien-être dans tous les domaines de vie et leur performance sportive.

Les adultes sollicitent rarement un suivi mental en évoquant la dimension développement personnel. Souvent ils le savent ou le pressentent, comme une évidence, mais ne l’évoquent pas directement ! C’est rarement la motivation première. Aussi, gardons à l’esprit que le souhait du sportif est avant tout de dépasser un obstacle « psychologique » tel que confiance en soi, gestion du stress et des émotions, se libérer de peur, etc. Ainsi, la notion de développement personnel s’aborde indirectement selon les objectifs et les besoins de chacun. Les sportifs de haut-niveau, que j’accompagne sur du long terme, en ont bien compris l’importance ; et cela devient alors une demande incluse : ils ont pleinement identifié dans le travail mental, une clef qui servira leur bien-être dans tous les domaines de vie et leur performance sportive.

N’est-ce pas trop dur parfois, de devoir répondre à une simple motivation compétitionnelle, ou amélioration de résultats ?

EM : Effectivement, la plupart du temps, la demande de suivi mental est axée sur l’augmentation des résultats en compétition. Je répète souvent aux sportifs que le résultat attendu n’est pas l’objectif, mais…la résultante. Difficile à comprendre au début, notamment pour les plus jeunes. J’ai pu remarquer que si l’athlète ne décide pas de s’éveiller et de prendre de la distance avec la place sur le podium, l’entrainement mental n’a pas de sens et la collaboration s’arrête. C’est le rôle du préparateur mental que de permettre l’évolution mentale et cognitive de l’athlète. Il m’est arrivé de collaborer avec des sportifs de haut-niveau qui ne voulaient pas s’engager, travailler sur eux. Qui voulait simplement – parfois par magie ? – augmenter leurs perfs. Ce type de collaboration ne peut durer dans le temps…et le sportif non plus d’ailleurs.

Quels moments marquants retiens-tu avec des sportifs coachés ?

EM : Tellement de temps forts ! Je me réjouis de chaque succès propre à chacun, que ce soit un jeune skieur sélectionné en championnat de France ou un athlète validé pour les J.O…ou encore un tennisman augmentant son classement régional, un snowboardeur sur podium en coupe du Monde. La fierté du trailer qui termine son premier 100K, comme le débutant qui fait son premier t27K ! A chacun sa propre performance, je suis fier d’eux quand les sportifs avec lesquels je collabore, atteignent leurs objectifs fixés. Et je m’assure surtout qu’eux-mêmes sont pleinement fiers et satisfaits de leur réussite, quelle qu’elle soit.

Athlètes, professionnels de santé, sauveteurs…un travail mental inestimable. ©François Aubonnet

Teddy Riner (…) me confiait regretter que les sportifs en France attendaient d’aller mal pour s’y intéresser.

J’ai également en mémoire une rencontre avec Teddy Riner, avec qui j’ai échangé sur la préparation mentale, et qui me confiait regretter que les sportifs en France (contrairement aux athlètes outre-Atlantique) attendaient d’aller mal pour s’intéresser à celui-ci. Au lieu de l’intégrer dès leur jeune âge dans leur pratique afin de les aider à aller encore mieux, à identifier des obstacles qu’ils vont pouvoir rencontrer, les dépasser, ou encore apprendre à repousser leurs limites en sécurité.

Enfin, comme je m’intéresse au développement des potentialités de l’humain, j’ai pu rencontrer des chercheurs passionnants, notamment des Américains comme Dawson Church, David Feinstein, Joe Dispenza ou Rollin McCraty, mais aussi des Français comme Aymeric Guillot, tous incroyablement intéressants et d’un grand humanisme.

Comment vois-tu l’avenir du métier : fort potentiel, à encadrer davantage ou professionnaliser…ou non ?  

EM : C’est évident que la préparation mentale répond aujourd’hui à un vrai besoin des athlètes, malheureusement trop peu conscientisé. Le métier de préparateur mental est encore trop peu connu des sportifs, clubs et fédérations, et les intérêts d’un suivi mental ne sont pas assez mis en avant. Je me plais à croire qu’un jour, chaque team fera appel à ce type de préparation, en groupe ou individuelle, comme un complément incontournable de l’entrainement global – au même titre que la préparation physique ou technique. Quant à mon dossier très « personnel »…j’aime si intensément ce que je fais, que je fourmille d’idées autant que de rêves…envisageables. La vie ne me paraîtrait pas viable, sans notre double capacité d’humain : l’émerveillement/création, ou le rêve/projection. Penser, désirer, se lancer !

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