Piolets d’Or 2025 : les Américains signent deux des trois ascensions lauréates

Piolets d'Or 2025

Après la Mention Spéciale attribuée à la cordée féminine Anja Petek et Patricia Verdej pour l’ascension du Lalung (Népal), le jury des Piolets d’Or a dévoilé les trois ascensions lauréates parmi les 74 « ascensions marquantes » de l’année précédente. Il s’agit du Kaqur Kangri (6 859 m) au Népal, le Yashkuk Sar (6 667 m) et le Gasherbrum III (7 952 m) au Pakistan. Deux des trois ascensions récompensent des cordées nord-américaines, tandis qu’une cordée anglo-slovène complète le palmarès. Points communs : le style alpin en traversée, la recherche d’itinéraires nouveaux et l’alpinisme d’exploration sur des sommets jusque là ignorés. Voici les trois expés lauréates. 

1. Kaqur Kangri, 6859 m. Népal

Première par l’arête sud-ouest, en octobre 2024. Le Kaqur Kangri est un sommet isolé du Népal oriental, rarement visité. Les Américains Spencer Gray, Matt Zia et Ryan Griffiths y ont ouvert une ligne directe sur l’arête sud-ouest, sur environ 1 200 m de dénivelé technique, alternant neige, glace et rocher mixte.
L’ascension s’est déroulée en autonomie complète sur trois jours, avec un bivouac à environ 6 300 m. Les deux alpinistes ont ensuite choisi une descente par un versant inédit, complétant ainsi une traversée intégrale du massif.
Le jury a salué la “cohérence stylistique” de cette expédition : un engagement fort, une logistique minimale, et une approche respectueuse du terrain d’altitude.

Le Kaqur Kangri. ©Coll. Piolets d’Or

2. Gasherbrum III, 7 952 m, Karakoram, Pakistan

Arête ouest, juin 2024. Le Gasherbrum III, situé entre les sommets II et IV du même groupe, reste l’un des grands sommets les plus techniques du Karakoram, gravi seulement en 2004, et surtout un presque 8000 ignoré des foules. Le Slovène Ales Česen et le Britannique Tom Livingstone ont réalisé la première traversée complète de l’arête ouest, un itinéraire très exposé comportant plusieurs passages mixtes à plus de 7 000 m.

La cordée a progressé en trois jours, avec deux bivouacs légers sans tente, dans des conditions météo délicates.
L’ascension se distingue par la gestion précise des risques et par la fluidité du déplacement, caractéristiques du style alpin de haut niveau.
La ligne illustre la volonté du duo d’appliquer les principes du minimalisme et de l’autonomie dans l’exploration de grandes faces himalayennes. Seul entorse à l’éthique alpine : le duo a usé des traces et des cordes fixes de la voie normale du Gasherbrum II pour la descente. Un choix  compensé par celui, indiscutable, d’une aventure sur un sommet quasi inconnu, qu’ils avaient déjà tenté en 2022.

C’est le deuxième piolet d’or pour la cordée Ales Cesen et Tom Livingstone après l’arête nord du Latok en 2018 (Piolet d’Or 2019 avec Lukas Strazar). Pour Ales Cesen, c’est même le troisième Piolet d’Or puisqu’il a été récipiendaire du trophée en 2014 pour le Haghsu, avec Marko Prezelj et Luka Lindic. 

Le Gasherbrum III. ©Coll. Piolets d’Or

3. Yashkuk Sar, 6 667 m, Karakoram, Pakistan

Pilier nord, septembre 2024, et première du sommet, par les trois américains August Franzen, Dane Steadman & Cody Winckler. Le Yashkuk Sar est un sommet peu connu situé dans le secteur du Batura Muztagh. Les trois Américains y ont ouvert Tiger Lily Buttress, une ligne très ambitieuse de 1 400 m sur le pilier nord, avec des sections mixtes (M5, 80°) et de la neige instable en altitude. L’ascension s’est étalée sur deux jours, avec un bivouac à 6 200 m avant une courte traversée finale vers le sommet.
Il s’agit de la première ascension connue du Yashkuk Sar, réalisée sans porteurs d’altitude ni cordes fixes.

Sur le Yashkuk Sar. 

Les lignes du Yashkuk Sar.