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Au cœur du Valgaudemar, profonde entaille dans le flanc occidental des Ecrins, siège l’Olan (3 564 m). Sa face nord-ouest fut le théâtre d’aventures épiques écrites par les plus grands alpinistes. Moins exigeante mais non moins esthétique, sa face sud-est déroule de belles escalades à l’ambiance très « montagne », au soleil et loin des foules. Dans son prolongement, de hautes tours ocre, parfois austères, toujours grisantes, complètent le tableau par des voies équipées ou traditionnelles. Voyage au cœur de montagnes brutes.

Une première visite en Valgaudemar commence souvent par un instant de doute. Depuis la route Napoléon reliant Grenoble à Gap, un petit panneau indique l’entrée de la vallée, par un verrou qui tiendrait presque du raccourci, du passage détourné. C’est pourtant bien l’accès principal à cette vallée sauvage d’un peu plus de 20km, préservée des excès de l’aménagement touristique.

Ici, les versants sont trop raides pour permettre l’affront d’une montée mécanisée. Sous le soleil estival, le candidat aux cimes du « Valgo », et notamment à l’Olan, devra prendre son temps. Rémy Karle, guide local et ouvreur très actif dans la vallée résume : « Pour grimper ici, il faut aimer les endroits sauvages. L’approche, c’est 2000 m de dénivelée à chaque fois. L’alpinisme dans le Valgaudemar, c’est vivre une aventure dans la montagne ». 

Il est donc sage de prendre quelques jours afin de déguster cet environnement aux lignes de fuites verticales et à l’ampleur étonnante. En privilégiant un départ depuis le refuge, on s’assure un camp de base confortable pour une petite expédition dans « la plus himalayenne des vallées alpines » (Lionel Terray).

la plus himalayenne des vallées alpines

Lionel TERRAY

À l’approche du pilier Nounours. ©Ulysse Lefebvre

Les jeux d’un cirque

Depuis la grand fissure-dièdre de la Directissime Demenge, en face sud de la Rouye (3 085 m), le refuge de l’Olan disparaît progressivement, 700 mètres plus bas. Vigie du cirque, son positionnement central en fait un point de départ idéal vers les murailles qui l’entourent, d’une heure pour la Rouye à un peu plus de trois heures pour l’Olan. A noter que la frontière ouest du parc national des Ecrins passe littéralement sur le refuge, ce qui implique que le bivouac à l’amont est autorisé (de 19h à 7h). Les adeptes de la tente ou de la belle étoile trouveront donc aussi un coin de tranquillité.

Mieux vaut rentabiliser la montée (2h30 depuis la Chapelle-en-Valgaudemar) en programmant deux ou trois jours d’escalade, d’autant que certaines voies sont faisables en une demie journée, après la marche d’approche jusqu’au refuge  par exemple, telle que la Directissime à la Rouye.

Dans le grand menu des voies du cirque, cette voie ouverte par le guide local Guy Demenge en 1958 est un plat de choix. Le niveau technique y est raisonnable (D+, 5b max et obl.) mais les quelques pitons dispersés tout au long des 300 m de voies et les rares spits aux relais allègent la protection. Il est donc nécessaire de maitriser la pose de coinceurs, friends et sangles pour se lancer dans cette belle ligne directe. L’itinéraire, lui, est relativement évident et suit une grande fissure-dièdre qui raye la face au plus court, de bas en haut. 

La Rouye (3085m). ©Ulysse Lefebvre

Dans la Directissime Demenge, à la Rouye. ©Ulysse Lefebvre

Dans la voie des Gapençais à la Rouye (3085m). ©Jocelyn Chavy

Dans l’avant-dernière longueur des Gapençais à la Rouye. ©JC

Le grand dièdre de la Directissime Demenge. ©Ulysse Lefebvre

Des spits !

Les spitovores se dirigeront plutôt vers la pointe 3 323 m, ou pilier Nounours pour les intimes. En approchant la face au petit matin, à l’ombre des 350 m de gneiss, le qualificatif enfantin laisse perplexe. Mais l’origine du nom ne vient pas de son profil, plutôt sévère, mais du surnom du premier grimpeur à y être monté, le guide Norbert Vincent, seul, en 1968.

Plus récemment, au début des années 2000, Jean-Michel Cambon a trainé son perfo dans le pilier et a ouvert Sentinelle rouge, une ligne spittée de 350 m (TD, 6b+ max, 5c obl.). Le rocher y est excellent et l’escalade bien protégée, idéale pour apaiser l’esprit et se concentrer sur la gestuelle, ce qui n’est pas toujours le cas en Oisans. Un pas plus difficile ne doit pas rebuter les candidats de niveau 6a : ce crux en 6b+ corsé se franchit également en 5c/A0, moyennant un tirage de clou physique. Un zeste d’indiscipline « montagne » dans ce monde d’escalade sportive.

Sur le beau gneiss de Sentinelle Rouge, pilier Nounours. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Ambiance dans Sentinelle Rouge, au pilier Nounours. ©Ulysse Lefebvre

Aux sommets de l’Olan

La montagne en quatre lettres est rayée d’autant de voies dans sa face sud-est. La muraille de 500 m de haut déploie ses sommets et contreforts. Le petit glacier de l’Olan, qui se réduit d’années en années, en constitue le socle, donnant aux courses un caractère résolument alpin.

Sur le pilier Anne, à l’Olan. ©Ulysse Lefebvre

Le choix d’une traversée des trois sommets, en escalade traditionnelle, constitue une belle manière de s’immerger dans cet environnement. Pour ça, le pilier Anne est un itinéraire idéal : approche avec traversée du glacier, difficulté raisonnable (D, V max), protections assez faciles à poser, traversée de l’épaule sud (3 311 m), du sommet central (3 558 m) et du point culminant, le sommet nord (3 564 m) avant de redescendre par la brèche Escarra et la voie normale. Ainsi, « la course prend de l’ampleur » explique Rémy Karle. Assez convoitée mais pas toujours réalisée pour causes de météo ou de conditions inadéquates. On a vu des cordées passer la nuit au sommet pour cause d’orage et de torrents ruisselants sur les flancs de l’Olan.

©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

« Même si la voie normale de l’Olan reste l’une des courses les plus demandées, toutes proportions gardées, on a peu de clients pour de l’alpinisme en Valgaudemar » confie Rémy Karle. Une visite à l’Olan sonne donc comme une étape dans un parcours d’alpiniste vers l’autonomie, pour progresser rapidement et sereinement en terrain montagne. Même si le glacier demeure encore, le candidat au sommet connaitra moins le mal de la rimaye qu’un vertige face au labyrinthe de gneiss pendu au dessus de lui, modeste assaillant au pied du mur. 

Dans la traversée des trois sommets de l’Olan. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Ecrins, Valgaudemar, cirque de l’Olan (3564m)

OLAN

Voie normale par la brèche Escarra (PD, III+ max, 40°, 600m)

L’itinéraire le plus fréquenté (façon Valgaudemar, on est pas en face sud de l’Aiguille du midi !) pour atteindre le sommet de l’Olan.

Approche et itinéraire : du refuge, monter vers le glacier de l’Olan et le franchir au mieux pour rejoindre le socle. La rimaye n’est pas toujours évidente à franchir. Après une courte section verticale, rejoindre les vires de la voie normale puis les longer jusqu’à atteindre la brèche Escarra. Remonter le couloir en rive gauche jusqu’à atteindre la brèche. Suivre l’arête est jusqu’au sommet, en passant par l’antécime est.

Descente : par le même itinéraire. Des anneaux permettent de tirer des rappels dans les roches moutonnées du bas.

Oiseau de passage (TD, 6a+ max (5b obl), 340m, équipé goujons)

Magnifique voie équipée. Escalade soutenue dans le 5+/6 sur un rocher compact. L’inévitable classique du secteur, ouverte en 1989 par Rémy Karle, guide et auteur du topo (cf. rubrique Bouquins, p.XXX) et Jean-Claude Armand, gardien du refuge de l’Olan pendant plus de 20 ans.

Approche : une fois sur le glacier de l’Olan, partir vers la droite à l’aplomb de l’épaule sud. Une vire mène à l’attaque de la voie qui débute par une cheminée-dièdre.

Itinéraire : douze longueurs équipées.

Descente : en rappels dans la voie.

Pilier Anne (D, V max, 400m, peu équipée) + traversée des trois sommets de l’Olan

Cette belle voie abordable sort sur l’épaule sud (3 516 m). L’enchainement par la traversée vers le sommet central (3 558 m) puis le sommet nord (3 564 m) augmente l’intérêt de la course et son ampleur.

Approche : du refuge, monter vers le glacier de l’Olan et le franchir au mieux pour rejoindre le socle constitué de vires. La rimaye n’est pas toujours évidente à franchir. Après une courte section verticale, rejoindre les vires de la voie normale. Suivre la même approche que pour la voie normale par la brèche Escarra. A l’endroit où l’on quitte les dalles pour monter vers cette brèche, descendre une centaine de mètres vers une terrasse caractéristique, souvent coiffée d’un névé. On rejoint alors la base de l’épaule sud et le pilier Anne bien visible. Il est également possible d’y arriver en grimpant les deux premières longueurs d’Oiseaux de passage avant de partir sur la droite pour rejoindre le pilier.

Itinéraire : évident, sur le fil du pilier, majoritairement en IV+ dans du bon rocher. Prévoir coinceurs et sangles pour compléter l’équipement (quelques rares pitons) et les relais.
Depuis l’épaule sud, suivre la crête vers l’est pour et descendre vers le col situé entre l’épaule sud et le sommet central. Pour quelques raisons que ce soit, ne pas descendre dans ce couloir. Contourner le sommet central par la gauche. Un pas en dalle nécessite que le rocher soit bien sec. Sinon, escalader la facette sud du sommet central (TA) au mieux dans du rocher très « Oisans ». Redescendre ensuite vers le col entre le sommet central et le sommet nord. Il est possible de s’échapper en descendant le couloir (délicat). Pour finir, remonter vers le sommet nord en une longueur (IV Oisans) puis en corde tendue (côté nord plus facile, plus raide au sud).

Descente : par la voie normale et la brèche Escarra.

LA ROUYE

Directissime (ou voie Demenge) (D+, 5b max et obl. 300m, peu équipé)

Belle voie classique dans la grande face ouest de la Rouye. Itinéraire direct dans un grand dièdre rouge peu équipé. Orientée à l’ouest et proche du refuge (300m de dénivelé), c’est une voie qui peut être envisagée en début d’après-midi, après la marche d’approche au refuge. Prendre un jeu de camalots. Chaussons conseillés.

Accès : du refuge, prendre au mieux vers le nord-est pour rejoindre le pied de la face ocre caractéristique et bien visible dans le cirque. 

Itinéraire : la première longueur, commune à la voie des Gapençais, consiste à gravir un dièdre en rocher rouge, au point le plus haut de la vire (névé en début de saison). Un piton dans le dièdre, 2 pitons au relais. Puis la ligne suit globalement un grand dièdre, droit dans la face, tandis que la voie des Gapençais vise la rampe bien à droite. 

Descente : descendre versant Est un couloir assez aisé. Ne pas aller vers les premières brèches mais continuer à traverser versant Est, en descente, en suivant les cairns. Au-dessus d’une profonde brèche, un dernier cairn indique une désescalade main gauche versant ouest (sangles sur bloc), puis main droite à un relais sur sangles et maillon : rappel de 20 mètres possible pour atteindre le rappel suivant sur chaîne de 50 mètres, posé sur une dalle lisse, un grand rappel qui conduit au pierrier sous le col du Bâton.

Voie des Gapençais, (D, 5a, 350 m, peu équipé)

Moins soutenue que la Directissime Demenge, la voie classique de la Rouye à ne pas sous-estimer : en dehors de quelques relais, trois pitons en place. Prendre un jeu de camalots. La voie passe en grosses chaussures ou chaussures d’approche.

Accès : cf Directissime

Itinéraire : la voie emrunte la même première longueur que la Directissime puis part en oblique à droite vers une dépression blanche caractéristique, au plus facile, avant de croiser la voie Inoxydable pour prendre une rampe formant dièdre (4c/5a). Au sommet de celle-ci un pas retord permet de prendre pied dans un couloir qui mène à une cheminée évidente et des fissures larges (4b). De là on sort éventuellement par la dernière longueur d’Inoxydable (5b) ou au plus facile. 

Descente : cf Directissime

Inoxydable (TD-, 5c (5b obl), 350m)

Du pur produit Cambon. La voie en 5c sur très bon rocher est bien équipée (de 96 spits inoxydables…) laissant l’esprit s’occuper du seul plaisir de la grimpe. 

Accès : en contre-bas de la Directissime et de la voie des Gapençais, main droite en regardant la face. 

Itinéraire : suivez les goujons !

Descente : cf Directissime

 

Pointe 3 323, pilier Nounours

Sentinelle Rouge (TD, 6b+ max, 5c obl., équipé)

Encore une œuvre de l’inoxydable Cambon. La ligne chemine dans un très bon rocher compact, le long de ce pilier massif.

Accès : même approche initiale que pour l’Olan. Virer vers le pilier avant le glacier de l’Olan.  

Itinéraire : évident, suivre les goujons. 

Descente : 7 rappels dans la voie.  

 

Ours qui fouille (TD+, 6b+, 6a obl., 350m., relais équipé sur spits + passages les plus durs)

Accès : cf. Sentinelle rouge, attaque main gauche. 

Itinéraire : attaque dans des dalles puis grand dièdre. 

Descente : 8 rappels dans la voie

 

PAS DE L’OLAN

Ce secteur rapidement accessible depuis le refuge présente trois voies relativement courtes (180 m) et peu ou pas équipées, idéales pour une courte journée de grimpe ou par temps incertain. 

Accès : juste à droite, avant d’arriver au pas de l’Olan (2 683 m.)

Voies : Petit Olan (TD-, 5+ obl.), Purée de rando (D-, 6a max, 5c obl.) et la voie anonyme (non côtée, voir descriptif précis dans le topo du Valgaudemar de Rémy Karle.)

Topos 

Rémy Karle, Escalades en Valgaudemar.
François Labande, Guide du Haut-Dauphiné, tome 3, GHM.
Jean-Michel Cambon, Oisans nouveau, Oisans sauvage, livre ouest.
Frédéric Chevaillot, Paul Grobel, Jean-René Minelli, Sommets des Ecrins, les plus belles courses faciles. 

Matériel
Crampons/piolet pour l’approche glaciaire. Corde à double 50m + jeu de coinceurs + jeu de friends pour l’escalade.

©Ulysse Lefebvre

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