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Il faut croire que la découverte de nos jardins suspendus continue, juste là, à deux pas de chez nous. Antoine Bouvier rêvait de parcourir une longue ligne tracée sur sa carte. Au mois de juin dernier, il a franchi le pas et a parcouru le tour des arêtes du Val Montjoie, en s’offrant le mont Blanc au passage. Un grand tour et puis s’en va, avec une forte envie d’y revenir. 

Voilà quelques années que je l’avais en tête, ce tour du Val Montjoie par les arêtes, autour du village des Contamines. Un jour, en regardant la carte en relief chez moi, cela m’était apparu évident : partir de la maison, rejoindre le sommet du mont Joly, puis rester au maximum sur le fil de l’arête, en faisant le “tour du vallon”,  jusqu’au plus haut sommet du secteur, le mont Blanc, tout simplement. Du local, de la variété, de la technicité, sur près de 50 km d’arêtes : d’abord herbeuses, sur les flancs du mont Joly à l’aiguille Croche. Plus rocheuses ensuite, de l’aiguille de Roselette au mont Tondu. Enfin, en neige et mixte, chevauchant successivement tous les plus hauts sommets du Val Montjoie, jusqu’au mont Blanc. Embarquez avec moi dans ce fabuleux voyage de cinq jours, en ce mois de juin 2020, accompagné par les copains des Contas !

 

Jour 1 : Du Baptieu à Montjoie 

Nous débutons cette première journée  depuis le chalet familial du Baptieu, aux Contamines, jusqu’au mont Joly (2525m), avec ma soeur Delphine, son mari Doug et ma nièce Maïa. Nous rejoignons ensuite l’aiguille Croche en mode “trail”, avant de redescendre vers le col du Joly, puis Montjoie où je passe la nuit.

En direction de l’aiguille Croche, le massif du Mont-Blanc derrière nous dans les nuages © Antoine Bouvier

Jour 2 : De Montjoie à plan Jovet

Passage de relais avec Alex qui me retrouve à Montjoie pour la 2ème étape. Nous retrouvons le fil de l’arête au pied de l’aiguille de Roselette. Nous rejoignons son sommet, puis traversons vers le col de la Fenêtre et la Tête de la Cicle : cette traversée nous donne un peu de fil à retordre et nous demande beaucoup de vigilance sur un rocher instable. 

Après le col de la Cicle et la traversée facile des Roches Franches, nous souhaitons rejoindre le sommet de l’aiguille de la Pennaz, sommet caractéristique que l’on voit très bien depuis les Contamines, au sud du vallon. Nous “butons” malheureusement dans l’étroit et raide couloir qui mène au sommet, avec son bloc coincé au milieu. Tant pis, une belle glissade nous attend sur les pentes du col des Chasseurs pour rejoindre Plan Jovet, où Seb, alias “Kaboul”, m’attend pour la suite de l’aventure…

Proche du sommet de la Tête de la Cicle, avec l’aiguille de Roselette au fond. ©Antoine Bouvier

Le Beaufortain, avec ses barrages de Roselend et de la Gittaz. ©Antoine Bouvier

Tout en glisse dans les pentes du col des Chasseurs. ©Antoine Bouvier

Jour 3 : plan Jovet, mont Tondu et refuge Robert Blanc

Les réveils sont de plus en plus matinaux, car les étapes s’allongent et nous ne voulons pas être surpris par les risques d’averses annoncés l’après-midi. Nous atteignons le col d’Enclave au lever du jour et prenons de nouveau pied sur la ligne de crête en direction du mont Tondu (3196m)  par la sauvage arête sud-ouest, sur laquelle nous n’avons que très peu d’informations. Le rocher est, sans surprise, assez instable. Nous évoluons de part et d’autres du fil de l’arête, contournant ou grimpant les nombreux gendarmes sur notre route. Pour finir, nous dénichons une jolie goulotte versant lacs Jovets, qui nous mène jusqu’au sommet, 5 heures après avoir quitté le col d’Enclave. 

Nous traversons ensuite vers le Pain de Sucre, puis rejoignons le refuge Robert Blanc par le Col du mont Tondu. Au programme de l’après-midi : sieste et hydratation ! Thé, soupes, tisanes… tout est bon pour réhydrater l’organisme qui commence à sentir l’enchaînement des journées…

 

Kaboul sur l’arête sud-ouest du mont Tondu, lever de soleil sur le mont Joly et les Aravis. ©Antoine Bouvier

Goulotte menant au sommet avec les lacs Jovets en toile de fond. ©Antoine Bouvier

Vue sur le glacier de Tré-La-Tête depuis le mont Tondu (3196m). ©Antoine Bouvier

Jour 4 : Robert Blanc à Durier !

La 4ème étape est un gros morceau. 12km de traversée d’arêtes en mixte entre 3000 et 4000m d’altitude. Départ à 2h du matin de Robert Blanc : nous remontons le glacier des Glaciers, le regard fixé sur le cercle lumineux de la frontale, essayant de s’économiser au maximum pour garder des forces. L’arrivée au dôme des Glaciers (3592m) est féérique : le lever de soleil sur l’Italie nous éblouit de sa beauté, dessinant les contours des montagnes mythiques comme la Noire de Peuterey ou le Cervin au loin. Le spectacle continue le long de la traversée, principalement en neige, avec quelques passages rocheux, qui nous mène à l’aiguille de Lex Blanche (3697m), puis à l’aiguille Nord de Tré-La-Tête (3892m). D’ici, nous pouvons admirer la face ouest du Mont-Blanc, sauvage, et le glacier du Miage côté italien. Nous plongeons ensuite dans la raide descente de la Nord de Tré-La-Tête, concentrés, cramponnant avec précision et attention. Arrivés sur le glacier de Tré-La-Tête, nos chevilles peuvent enfin se relâcher un peu. La montée vers le col des Dômes sous un soleil de plomb continue de nous assécher, ayant vidé tous les deux nos dernières gorgées d’eau. Nous atteignons péniblement le sommet est des dômes de Miage (3673m). Une pomme, trois carreaux de chocolat et nous regroupons nos dernières forces pour rallier le refuge Durier par une arête mixte délicate : nous arrivons au refuge à 14h, complètement desséchés, heureux d’en terminer. Florent, mon dernier relayeur, est déjà là, tout sourire. Il nous prépare une rasade de thé bien méritée ! Place à la récupération désormais…

 

Lever de soleil sur l’Italie depuis la Lex Blanche. ©Antoine Bouvier

C’est bon de se retourner et de voir tout le chemin parcouru depuis le mont Joly, au fond à droite de l’image. ©Antoine Bouvier

Sommet de l’aiguille nord de Tré-La-Tête ©Antoine Bouvier

Descente concentrée et appliquée. ©Antoine Bouvier

Sommet est des dômes de Miage et la voie évidente qui mène à l’aiguille de Bionnassay derrière nous. ©Antoine Bouvier

Jour 5 : objectif mont Blanc et retour maison !

Un nouveau réveil à 2h du matin pour cette dernière journée. Le but est proche et si loin à la fois. Rester concentré, optimiser chaque pas, ne pas lâcher mentalement… Nous atteignons avec Florent le sommet de l’aiguille de Bionnassay (4052m) à 5h pour un nouveau lever du jour coloré. Les conditions sont parfaites, “ça déroule” sur l’arête effilée qui mène au Piton des Italiens (4002m). Ca tombe bien, la météo annonce une dégradation dès 12h30, nous n’avons pas le loisir de traîner en cours de route. Tout s’enchaîne parfaitement, le col du Dôme, l’abri Vallot, l’arête des Bosses… Je ne peux contenir une montée d’émotions en arrivant sur le sommet du mont Blanc, mesurant alors tout le chemin parcouru, de la naissance de ce rêve jusqu’à sa réalisation. Petit selfie obligatoire et nous voilà repartis : la route est encore longue pour “boucler la boucle” jusqu’aux Contamines. Nous descendons par la voie normale : dôme du Goûter (4304m) puis refuge du Goûter avant un pique-nique mérité à Tête Rousse. Nous continuons par les échelles sous le Nid d’Aigle, avant de remonter, vers le col de Tricot ! Le mental est mis à rude épreuve sous la chaleur étouffante de ce début de montée. Heureusement une bonne averse s’occupe de nous rafraîchir au col, avant de plonger vers les chalets de Miage, où la famille nous retrouve. Encore une montée pour rejoindre les chalets du Truc et nous pouvons apprécier notre dernière descente, vers les Contamines, pour une arrivée surprise arrosée au champagne !

Ca y’est, je réalise petit à petit, je suis arrivé au bout de mon “tour du vallon”. A force de l’imaginer, je l’ai concrétisé, avec le soutien de mes compagnons de route. Un voyage mémorable, à domicile, de 76km et 8567m de denivélé. A quand le prochain ?

Florent sur l’esthétique arête de Bionnassay. ©Antoine Bouvier

Col du Dôme et mont Blanc à l’horizon. ©Antoine Bouvier

Sommet du mont Blanc ! Chargé d’émotions… ©Antoine Bouvier

Arrivée arrosée aux Contamines avec mes compagnons de route (de gauche à droite : Kaboul, Florent, Antoine et Alex). ©Coll. Antoine Bouvier

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