Y a-t-il encore beaucoup de neige au sommet du mont Blanc ?

Arrêtons-nous quelques instants sur les « points les plus élevés », les « points culminants du relief » pour le Petit Robert, c’est-à-dire sur les sommets. Géographiquement, il s’agit de « points hauts sur des lignes de crête » (par opposition aux cols).

Les sommets ont toujours constitué des repères pour les Hommes, repères dans le paysage, repères cartographiques, repères spirituels. Au XVIIe siècle, pour illustrer le terme, on trouvait ainsi dans le Dictionnaire universel de Furetière : « Moïse parla à Dieu sur le sommet de la montagne ».

Du point de vue toponymique, l’Homme nomme très probablement tout ce qu’il voit depuis que le langage existe. La densité des « oromymes » est très variables d’un massif à l’autre. Pour le toit du monde, c’est ainsi également le Pic B, Pic XV, Sagarmatha, Chomolungma, Chormo Kanglaar, Devadhunga ou encore Gaurishankar. Les sommets ont souvent été nommés par transfert, la montagne prenant le nom de l’alpage, du village, du cours d’eau, ou du lieu-dit qu’il domine (l’Aiguille d’Argentière). Les noms peuvent également être descriptifs (le mont Blanc), vernaculaires et utilitaires (l’Aiguille du Midi), métaphoriques (l’Aiguille du Peigne) ou encore mémoriels (l’Aiguille Ravanel… au hasard !). Parfois, les noms ont tellement été déformés par l’oralité au fil du temps qu’il peut être difficile d’en retrouver l’origine. Ainsi, pour certains toponymistes, l’Aiguille Verte ne serait pas « verte » mais la déformation d’une Aiguille de l’Envers chère aux habitants d’Argentière. En France, le Conseil National de l’Information Géographique (via la Commission Nationale de Toponymie) est chargé de ce patrimoine toponymique.

Le mont Blanc, encore un dôme de neige et de glace ©Jocelyn Chavy

Un sommet, c’est aussi une altitude, c’est-à-dire une distance verticale entre le point au-dessus duquel on ne peut plus monter (!) et le niveau moyen de la mer, sans considérer que celui-ci s’élève actuellement de 3 mm par an (fonte des glaciers et dilatation de l’eau) ! Ainsi, laissant plus ou moins arbitrairement de côté les antécimes, a-t-on identifié 14 sommets de plus de 8 000 m dans le monde, ou de plus de 26 247 feet pour les Britanniques (une bonne fois pour toutes, 1 pied anglais vaut 0.3048 m, ou 30.48 cm, NDLR) tandis que l’UIAA dénombre 82 « 4000 » dans les Alpes. On peut – au passage – se demander ce qui motiverait les anglophones à gravir 82 « 13123 » !

L’ensemble des opérations permettant de déterminer les altitudes est appelé nivellement. Il a d’abord nécessité d’importants efforts trigonométriques à travers la mesure de distances et d’angles. Le premier calcul de l’altitude du mont Blanc – du sommet de sa calotte glaciaire – aurait été réalisé dans les années 1680 en prenant pour référence l’altitude du lac Léman ; le topographe aurait alors obtenu 4 728 m ! Cette altitude a été réévaluée en 1863 à 4 807 m.

Le sommet rocheux culmine à 4 792 mètres

Depuis 2001, l’altitude du toit de l’Europe occidentale est régulièrement mesurée par la Chambre Départementale (74) des géomètres-experts, par GPS différentiel (un point très précisément connu permet de corriger la valeur mesurée au sommet) pour parvenir à une précision centimétrique. Chaque fois, la mesure est rendue publique lors d’un événement quelque peu théâtralisé. Mais si les variations d’altitude (4 810,40 m en 2001 ; 4 810,90 en 2007 ; 4806,03 m en 2019 ; 4807,81 m en 2021) sont plutôt anecdotiques (le sommet « bouge » le long de l’arête sommitale et selon l’épaisseur de neige au moment de la mesure), l’évolution de la forme de la calotte glaciaire a une vraie valeur scientifique !

Cette calotte a une épaisseur de 10 à 30 m et le sommet rocheux, identifié le 25 mai 2004 par méthode RaDAR, culmine à 4 792 m et est décalé à l’ouest par rapport à la cime neigeuse en raison des vents dominants venant de l’Ouest. Concernant l’Everest, Népal et Chine se sont accordés il y a tout juste un an sur l’altitude : 8 848,86 m. Mais là encore, cette valeur est changeante car quelques mètres de glace et de neige couvrent le sommet rocheux.

Parfois, la topographie des cimes est suffisamment complexe pour se demander si les himalayistes ont bien atteint le « sommet » ! Ainsi, il est plausible que bien peu de grimpeurs – voire aucun – ne s’est vraiment tenu au point culminant de certains 8000 comme à l’Annapurna, au Dhaulagiri ou au Manaslu ! Mais ceci est une autre histoire.

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