Lines we choose : Fanny Schmutz, l’héritage et une certaine vision de la montagne

Devenir guide, faire sa place dans la vallée, préférer les chemins de traverse aux classiques chamoniards : Fanny Schmutz trace sa voie avec spontanéité et sans trop se prendre au sérieux. À l’occasion de la sortie de Lines we choose, court-métrage de la marque Black Diamond, nous avons rencontré une guide attachée à l’exploration et la transmission.

Vous connaissez Fanny Schmutz, la guide de haute montagne qui a gravi le Cerro Torre par le Filo Sureste (l’ex-voie du Compresseur) en 2024. Aux côtés des deux autres guides Lise Billon et Maud Vanpoulle, cette aventure a donné naissance à un superbe film, Chimères patagones. Mais derrière les ascensions à l’autre bout du monde et les belles images de cinéma, il y a une guide qui aime passer son temps dehors, là-haut, dans ses montagnes. C’est ce que la marque Black Diamond, qui sponsorise Fanny Schmutz, a voulu mettre en avant dans son dernier court métrage Lines we choose. 

Elle est l’une des six guides femmes sorties de la promotion de l’Ensa en 2017. Depuis, la native de Servoz, à deux pas de Chamonix, guide ses « 10 à 15 » fidèles clients et cherche des itinéraires « moins surfréquentés. » Spontanéité, sourire franc et goût du partage : un mélange qui lui ressemble, les crampons aux pieds dans son terrain de jeu préféré.

Pourtant, devenir guide n’a pas été une évidence. « Je pensais garder la montagne vraiment pour le plaisir, en plus de mon travail d’institutrice. Je me suis dit que ce serait parfait : l’enseignement me permettrait de rester vivre dans la vallée et de garder du temps pour aller en montagne. » Mais le métier ne lui convient pas et lorsque son père, guide et professeur à l’Ensa, décède des suites d’un cancer en 2012, « ça (lui) a mis une claque. Je me suis dit qu’il fallait arrêter de continuer ce métier qui ne me plaisait pas. »

Son compagnon de l’époque lui imprime la liste des courses nécessaires pour se présenter au probatoire de l’école. Une amie l’incite à tenter le coup, elle, Fanny, qui ne pense pas avoir le niveau pour un tel métier. « Je ne m’imaginais juste pas capable. Ça ne m’était même pas venue à l’esprit. Même si j’avais déjà une expérience solide en montagne… sauf en ski ! »

j’avais enfin trouvé le métier que j’avais envie d’exercer : 
guide de haute montagne

Un télésiège enneigé sur le domaine de Montgenèvre

©Bernardo Gimenez

Un télésiège enneigé sur le domaine de Montgenèvre

©Bernardo Gimenez

Elle loupe le probatoire une première fois – en enseignant en parallèle – et retente avec succès l’année suivante. « J’avais enfin trouvé le métier que j’avais envie d’exercer. C’était ça, c’était logique. » Mais ça n’efface pas tous les doutes sur ses compétences. Fanny Schmutz a grandi dans la vallée, a passé sa jeunesse à grimper dans la salle d’escalade de l’école.

« J’avais vraiment peur de mal faire, de décevoir, d’avoir honte auprès des autres. On a toujours moins peur de décevoir des inconnus que des gens qu’on connaît depuis toujours. Cette pression venait surtout de moi, c’est sûr. Disons que ça m’a motivée ! Parce qu’au départ, j’étais la ‘fille de’ ou la ‘copine de’. »

je n’ai pas eu à me construire 
contre un quelconque 
héritage familial

Au fil de la formation, ses compétences et son caractère parlent pour elle. « J‘ai fait ma place. Je n’ai pas eu à me construire contre un quelconque héritage familial. J’ai tracé mon chemin, tranquillement. »

Montgenèvre à l'automne, premières neiges sur les arbres aux couleurs d'automne

©Bernardo Gimenez

« Ce qui me motive vraiment, c’est de faire des choses que je ne connais pas. » L’été, Fanny Schmutz essaye de bouger d’un massif à l’autre pour trouver, près de chez elle, des voies qu’elle n’a encore jamais parcourues. L’hiver, elle reconnaît avoir un peu moins d’imagination, mais l’envie reste la même : ne pas répéter indéfiniment les mêmes courses, ne pas se buter au monde chamoniard. La première benne de l’Aiguille du Midi ? Elle ne la prend que lorsqu’il n’y a pas d’autre choix. Autrement, elle opte pour celles de la mi-journée, dort refuge ou bivouaque et part grimper le lendemain.

Marcher un peu plus, bivouaquer un peu plus,
accepter d’aller chercher un peu plus loin

« Ça peut être hyper stressant, d’autant plus avec des clients. Pour les voies ultra-classiques, tu as plutôt envie d’être devant, évidemment. Sinon ta journée peut être complètement gâchée. Dans certaines goulottes, c’est même potentiellement dangereux de se retrouver en dessous d’autres cordées », justifie-t-elle.

Sa solution ? Marcher un peu plus, bivouaquer un peu plus, accepter d’aller chercher un peu plus loin. « Rien de révolutionnaire, tempère-t-elle. Mais il faut accepter de changer ses habitudes, et parfois celles des clients. Les éduquer à ne pas vouloir aller tête baissée dans les classiques surpeuplées. Sans les bannir, je trouve qu’on peut aussi aller voir des courses moins fréquentées et tout autant s’amuser. »

Le mont Chaberton, ses forêts et ses falaises, au-dessus de Montgenèvre

©Bernardo Gimenez

Dans Lines we choose, on ressent cet état d’esprit. Les mots de Fanny se superposent aux belles images de montagne, d’ascension, d’archives et autres plans sur la vallée chamoniarde. Le sommet est un objectif, mais pas à n’importe quel prix. Il s’agit de trouver des idées en montagne, de s’adapter aux imprévus, de créer de nouveaux souvenirs. C’est cette approche qu’elle souhaite transmettre à ses clientes et clients.

Et aux jeunes qu’elle accompagne. En 2018, elle imaginait – avec feu Pierre Labbre, guide de haute montagne – le Groupe jeune alpinisme Mont-Blanc, dédié à la formation en alpinisme des jeunes de la vallée. Quelques années plus tard, elle commençait à s’investir dans l’Équipe nationale d’alpinisme féminine (Enaf). « C’est hyper chouette et intéressant de les former sur plusieurs années. » Son métier d’enseignante n’est peut-être finalement pas si loin.

Le mont Chaberton, ses forêts et ses falaises, au-dessus de Montgenèvre

©Bernardo Gimenez

« Je ne trouve pas ça très intéressant de parler de moi, mais j’ai accepté de jouer le jeu pour ce film, pour une fois ! », commente une Fanny gênée de se voir et de s’entendre dans ce court-métrage. Mais elle y perçoit l’occasion de parler des montagnes, des itinéraires et des expériences vécues. À vos écrans ! 

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Veste Mission Alpine Shell – femme

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