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Les grands navires – 3/3 Nouvelle, troisième partie

Sans bouger, je me demandais combien de temps nous allions résister. Peut-être ne s’agissait-il pas d’un orage mais d’une vaste dépression.

Alain me secouait. Je me suis approché de lui. J’ai dû crier pour qu’il m’entende.

« Alain ! On bivouaque l »

Je n’ai pas compris ce qu’il me répondait II semblait me demander où je voulais que nous attendions.

« On attend ici… On traversera plus tard. »

Il n’a pas dû comprendre puisqu’il m’a désigné de la main les rochers au-dessus de nous. Que voulait-il dire? Si nous décidions de bivouaquer, mieux valait le faire ici, à proximité du couloir. A chaque rafale de vent, nous tentions de nous protéger, mais rien n’y faisait. Le grésil nous frappait le visage et il me semblait que nous ne parviendrions jamais à nous libérer de ses piqûres. Alain m’a fait signe d’approcher. Il criait de toute la force de sa voix, hachant les mots pour mieux les séparer :

« On-ne-reste-pas-là … On-monte! »

Je ne comprenais plus. Qu’espérait-il? D’un geste, je lui al montré tout l’espace autour de nous, la tempête, la neige sans cesse plus serrée et dure. Il s’est approché plus près encore.

«Il faut essayer de monter. Souviens-toi de ce qu’a dit Simond. On y va? »

Alors j’ai revu la cuisine du chalet de Béroux, le poêle à l’entrée, l’échelle qui menait à la grange, les tabourets courts et trapus, Simond qui se taisait et qui m’avait semblé posé là pour toujours.

J’ai repensé aux alpages et l’envie m’est venue de me battre, de me lancer dans la recherche d’un lambeau d’accalmie. J’ai fait signe à Alain, il m’a tendu la corde puis est parti dans le brouillard.

(…)

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