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La cordée a été à la mode du discours politique pendant un temps. La mienne, de corde, est au rebut depuis plus d’un mois. Pourtant, à travers médias et réseaux sociaux, c’est une autre corde que j’aperçois, qui nous lie tous. Tendue vers un seul but sanitaire, cette cordée invisible est aussi agitée de convulsions. A cause d’un virus, toute une frange de la cordée, peu visible tant que tout va bien, se trouve propulsée sinon en tête, du moins en pleine lumière, seule capable de faire passer le crux décisif au reste du groupe. Analyse de la cordée avec Benoît Profit, guide de haute montagne et coach relationnel.

En montagne, on aime partir avec quelqu’un du même niveau que soi, voire plus fort, pour avoir un joker en cas de trop grande difficulté. Dans une cordée au niveau hétérogène, il arrive pourtant que le plus fort et expérimenté laisse celui moins à l’aise en théorie passer devant. En tant que leader, on aurait sûrement pu faire pareil à sa place, mais on est bien content que lui l’ait fait. Et haut la main, en plus ! Quand on reconnait la valeur d’un membre de la cordée, même du maillon le moins important, on le remercie. Arrivé au relais, après s’être hissé, parfois moins serein qu’on en a l’air, on retrouve le compagnon parti en tête.  Regard reconnaissant, admirateur même, on ne manque pas de le féliciter : « Bien joué, belle longueur ! ». Le second passé leader, alors même qu’il est a priori moins en confiance, habitué à rester dans l’ombre de la cordée, en tire une bouffée de joie et de fierté.

La cordée, micro-société ambulante

« Prendre soin de l’autre et savoir prendre le temps de le féliciter lorsqu’il y a une réussite est une façon simple et efficace de valoriser l’autre », explique Benoit Profit. Guide de haute montagne depuis 1992 et passionné de relations humaines, Benoit est aussi sophrologue et formateur membre de l’Institut ESPERE International (Coaching de vie et coaching relationnel). Il prône, en montagne comme au quotidien, une « marche libérée de la performance ». Une formule qui résonne étrangement à nos oreilles confinées, qui bruissent de mots et de rêves pour le post-confinement, carrément appelé « monde d’après ». Encore une fois, il semble possible et judicieux de convier la montagne à la barre pour témoigner face à notre société, et lui proposer des alternatives.

Mais revenons d’abord à la cordée comme on la trouve à l’état naturel, en montagne. Plus que de féliciter son second, qu’il soit client ou ami, « c’est en sachant l’écouter que mon compagnon va justement pouvoir devenir meilleur », explique Benoit Profit. Une véritable écoute dénuée de jugements de valeurs, où le « je suis, je me sens… » remplace le « tu es… ». Le leader, guide ou pas, comme le(s) second(s) doivent savoir exprimer leurs peurs, leurs doutes et leurs joies aux autres compagnons de cordée. Loin d’être un aveu de faiblesse, c’est une preuve que chacun a assez confiance en lui pour se montrer vulnérable aux yeux des autres. Parler de soi tout en étant à l’écoute de l’autre et sans agir en réaction, en jugeant (le fameux « tu es »…), permet de devenir meilleur individuellement et en tant qu’équipe. » (…)

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