Le ressemelage des chaussons d’escalade : un savoir-faire d’excellence franco-italien

©Scarpa

Derrière chaque ressemelage de chausson d’escalade réussi, il y a une science du geste, une compétence technique et un savoir-faire important. Chez la marque Scarpa, c’est cet héritage italien ancestral qui est disponible en France depuis une petite dizaine d’années avec le programme The Resole Project. À la main, avec des matériaux de haute qualité, le souci de la performance et de la durabilité est de mise. Nathan Hoettechef de produit chaussons chez Scarpa Italie, et Davy Nunes de Plein Nord, distributeur officiel de Scarpa en France, nous dévoilent leur travail minutieux.

Grimpeuses et grimpeurs aguerris ou débutants, vos chaussons sont bien plus que de simples équipements. Ce sont de véritables partenaires de progression. Lorsqu’ils épousent parfaitement votre pied, qu’ils vous permettent d’enchaîner les mouvements avec précision et confiance, un lien particulier se crée. Alors, quand le temps et l’usage les mettent à rude épreuve, qu’ils s’usent, se déforment ou finissent par se trouer, c’est toujours un petit pincement au cœur.

Heureusement, rien n’est perdu : dans la majorité des cas, un ressemelage est possible. Cette opération consiste à remplacer les parties en gomme du chausson – semelle, enrobage, contrepointes – afin de redonner vie à un chausson qui vous correspond et de prolonger le plaisir de grimper avec un matériel parfaitement adapté à vous.

Chez Scarpa, fabricant italien de chaussures de ski, de rando, d’approche, de trail et d’escalade, le ressemelage est une affaire de savoir-faire. Un véritable héritage artisanal qui persiste. Fondée en 1938 dans les Dolomites, cette entreprise vise la performance et répare son matériel dans ses ateliers italiens.

Et en France depuis 10 ans grâce à Plein Nord, distributeur principal de la marque Scarpa, qui travaille avec précision pour répondre aux besoins des acheteurs français. Tour d’horizon de la technicité et de la durabilité d’un travail méticuleux réalisé à la main.

Un héritage ancestral. ©Scarpa

un savoir-faire italien
qui s’est depuis structuré en programme global :
the resole project

Pour cette marque devenue l’un des géants mondiaux de la chaussure de montagne, « réduire, recycler, réutiliser, régénérer, réparer, ressemeler » est possible. Ça fait même partie de l’ADN de Scarpa. « Ils réparent depuis leur début, donc 80 ans. C’est inné pour eux », rappelle d’emblée Davy Nunes, responsable de l’atelier français de Plein Nord.

Car au départ, tout se passe dans les ateliers italiens du fabricant. Un savoir-faire qui s’est depuis structuré en un programme global : The Resole Project. L’idée ? Prolonger la vie des produits usées mais pas prêts à être jetés. Faire en sorte que les modèles les plus techniques – d’alpinisme, de trekking, de ski de randonnée comme d’escalade – puissent durer.

©Scarpa

Un savoir-faire italien, maintenant dupliqué chez Plein Nord

Depuis une dizaine d’années, ce programme a été implanté en France, où Plein Nord assure le ressemelage des chaussons d’escalade, entre autres. Au-delà de la qualité du service pour satisfaire les clients français de la marque, il s’agit de pérenniser une technicité du geste pour que le produit conserve sa qualité d’origine.

Les techniciens italiens façonnent chaque jour le savoir-faire et l’artisanat de la marque. Et ce sont eux qui ont partagé leurs connaissances aux techniciens français de Plein Nord. Comment démonter un chausson abîmé ? À quelle température chauffer la colle pour démonter les gommes sans pour autant endommager le reste du produit ? Comment repositionner les semelles et réaliser le ponçage de finition des carres ? « L’ennemi du ressemelage, c’est la vitesse », précise Nathan Hoette, responsable du programme depuis 25 ans.

500 paires de chaussons d’escalade scarpa sont ressemelées
Dans l’atelier français par an

Chez Plein Nord, ces connaissances et l’accès aux pièces d’origines de Scarpa constituent un élément clé de différenciation dans l’industrie des sports de montagne. Cela les distingue nettement d’un atelier de réparation générique et garantit un niveau de qualité aligné avec les standards de la marque. Plus qu’un intermédiaire, l’atelier français est un partenaire intégré dans une collaboration structurée et pensée pour la performance et la durabilité.

Poncage et nettoyage du produit avant d’y apposer une nouvelle gomme. ©Scarpa

Une réparabilité qui dépend des modèles

Aujourd’hui, environ 2 000 paires de chaussures Scarpa (dont 500 paires de chaussons d’escalade) passent par l’atelier français chaque année. Quatre personnes y travaillent, en complément des ateliers italiens. 

Mais attention, beaucoup de chaussons ne sont en réalité pas réparable. La raison ? Leur construction. Certains modèles basiques sur le marché ne peuvent par exemple pas être ressemelés. « C’est parce qu’ils sont moulés en un seul bloc », précise Nathan Hoette.

À l’inverse, les chaussons haut de gamme sont montés en plusieurs couches superposées : gomme, bande de tension, semelle intermédiaire, tige. Une architecture qui permet un ressemelage de qualité tout en conservant le côté performance du produit. Comme neuf.

« On a une construction bien particulière et qui est différente entre tel ou tel modèle au sein de la même marque », continue l’expert. Les modèles plus simples peuvent coûter cher à réparer par rapport à leur prix d’achat. « Si l’on facturait le ressemelage des chaussons par rapport au coût exact du travail, il y a des modèles pour lesquels ça ne vaudrait pas le coup au regard du prix du neuf. On établit donc un tarif de ressemelage identique pour tous les modèles, afin que ça reste avantageux avec tous nos chaussons », précise Davy Nunes.

à chaque chausson
sa construction

Des bandes de tension qui ont leur importance

Fier du niveau de technicité qu’ils peuvent atteindre dans leurs ateliers, Nathan Hoette continue : le ressemelage ne consiste pas seulement à recoller une partie de gomme neuve. Il s’agit de reconstituer un chausson pour qu’il puisse être utilisé pour grimper en ayant confiance en ses capacités.

L’objectif est de restaurer la fonctionnalité technique complète du chausson, notamment grâce au travail sur les enrobages ou les bandes de tension, ces éléments qui apportent rigidité, précision et maintien.

on a la pièce détachée
et la compétence de faire la réparation

« Pas de panique », nous vous écrivions plus haut : si les bandes de tension de vos chaussons sont usés, il est possible de les remplacer. Nathan, Davy et leurs collègues rendront cela possible dans les ateliers italiens et dans l’atelier Plein Nord puisqu’ils ont accès aux pièces d’origine des chaussons.

« Une bande de tension abîmée, une tirette craquée, un scratch défait… on peut s’occuper de tout ça chez Plein Nord. Notre but est vraiment de proposer une solution de réparation globale sur toutes les typologies de produits qu’on distribue, c’est simplement du bon sens. Du vêtement, de la chaussure, des bâtons de randonnée : on a la pièce détachée et la compétence de faire la réparation. »

Mesurer et découper les nouvelles pièces. ©Scarpa

Une question d’empreinte carbone

Autre point qui a son importance selon les experts : la sensation « seconde peau » des chaussons d’escalade. Elle vient de l’absence de doublure et de l’utilisation de matériaux qualitatifs (tissus, microfibres, cuir).

Tant d’éléments pour atteindre une exigence technique mais également un chaussant durable et moins énergivore. « Il faut savoir que ressemeler un chausson permet d’énormément réduire l’empreinte carbone du produit. C’est toujours mieux que d’acheter un modèle neuf », martèle Nathan Hoette. 

Le programme The Resole project porte donc cette vision qui fait partie de « l’une des nombreuses actions que [la marque Scarpa] entreprend pour préserver et protéger l’environnement. » Un enjeu majeur dans un secteur où les chaussons d’escalade sont parmi les produits les plus vendus de la marque.

Comme une voiture de course
qui n’est plus aussi rapide après réparation

Et Nathan Hoette de conclure : « Tout est une question de performance et de prix. Si on ne peut pas reproduire des performances optimales sur les chaussons d’escalade après le ressemelage, on peut se demander s’il y a un réel intérêt de le faire. C’est comme si on réparait une voiture de course mais qu’elle ne serait plus aussi rapide après. Ça ne fonctionne pas. »

Ainsi, Scarpa et Plein Nord œuvrent pour la culture du travail bien fait, du temps long et d’un savoir-faire familial. Prolonger la vie d’un objet oui, mais si le travail de réparation est de qualité. Et qu’il fait retrouver la technicité d’origine au chausson. Pour permettre aux grimpeurs, skieurs, randonneurs, traileurs de continuer à s’exprimer en montagne.