Sans prendre l’avion, Yann Borgnet, guide et fondateur des Grands Raids à Ski, a emmené un petit groupe de skieurs à travers les montagnes de l’Épire, au nord-ouest de la Grèce, fin février 2026. Une semaine de traversée, des Tzoumerka au Smolikas, deuxième sommet du pays, à jouer avec une limite d’enneigement capricieuse : skis aux pieds sur les crêtes, sur le dos dans les forêts. Au bout du chemin, des villages secrets, des hôtes inoubliables et un chien perdu qui devient célèbre ! Récit d’un raid méditerranéen où l’imprévu fait partie du voyage à skis.
Quatre heures du matin, le réveil sonne, au commencement d’une longue journée. Nous avons choisi de partir skier en Grèce sans prendre l’avion, ce qui implique plusieurs correspondances et moyens de transport. Et évidemment, tout ne s’est pas passé comme prévu : le vieux Scénic d’Aurélien s’est mis en défaut au bout de quelques kilomètres, puis, dans la rampe d’accès au tunnel du Mont-Blanc, un panneau d’affichage indique : « Route d’accès au tunnel fermée, tir d’avalanche ».
Il a neigé cette nuit, une fois de plus, et le risque d’avalanche dans les Alpes françaises est maximal. Nouvelle sueur froide. Après quelques minutes d’attente, la file de voitures se remet en mouvement. Train régional pour Milan. Sept heures de train jusqu’au sud de l’Italie.
Je jubile de ce temps contraint sans contraintes. J’aime cette manière lente de voyager. À Rimini, le train s’arrête. Longtemps. Puis un message s’affiche à l’écran. Je comprends qu’il est question d’enquête judiciaire et d’au moins deux heures d’interruption de trafic… Quelqu’un s’est jeté sous le train précédent…
je jubile de ce temps contraint
sans contraintes
Départ de la traversée, Matsouki apparaît au milieu des montagnes, février 2026. ©Yann Borgnet
Un appel à la compagnie de ferry met fin à l’espoir : il faut être là au moins une heure avant le départ. Avec notre retard, c’est impossible. Le surlendemain matin, nous repartons avant l’aube depuis Igoumenitsa pour le refuge Stavros, où le reste du groupe s’est déjà tranquillement adapté aux arts culinaires grecs. Du fait de notre retard, plus de 2 000 mètres de dénivelé nous attendent ce premier jour, une douce entrée en matière !
Depuis plusieurs jours, je doute de l’enneigement. Impossible de lire clairement la limite de la neige sur les images satellites car elle est cachée dans les forêts. Cette première étape est décisive. Je n’ai réservé les hébergements et transports que pour la première partie du raid ; la suite reste au conditionnel.
À Nereida, point de départ de notre traversée, il n’y a pas âme qui vive. Un peu plus haut, vers 1 500 mètres, et malgré l’orientation défavorable, nous chaussons les skis. Une bonne nouvelle !
Le clocher de Kalarrites, au milieu des montagnes enneigées de Grèce. ©YB
Dans les Tzoumerka, de village en village
Le ciel, annoncé dégagé, se referme rapidement. Brouillard. Premier col, puis second, sans aucune visibilité, ou à peine jusqu’au bout de nos spatules. Puis les nuages se déchirent. Lumière. Neige facile. Grandes courbes. Que de contrastes pour une même journée ! Étonnamment, l’ubac est aussi enneigé que l’adret.
Après une longue marche, nous arrivons au village de Matsouki. Un ancien nous salue. J’aurais envie qu’il m’invite à partager un café sur sa terrasse, qu’il me raconte sa vie ici, autant que celle de ce petit village de montagne. Sur la place, un grand feu a été allumé pour célébrer les Apokries, le carnaval grec précédant le Carême.
Pour cette première journée de ski, il nous a fallu apprécier… la randonnée à pied ! Je n’ai pas pu trouver d’hébergement à Matsouki, il nous faut donc pousser jusqu’à Kalarrites, un village situé plus bas et sur l’autre versant de la vallée. J’aurais aimé laisser une chance à l’imprévu, nous mêler aux gens d’ici et trouver une solution pour dormir sur le vif.
Le sentier pavé entre Matsouki et Kalarrites, février 2026. ©Yann Borgnet
j’aurais aimé laisser
une chance à l’imprévu
Le sentier magnifique que nous empruntons à la sortie de Matsouki nous fait oublier le poids de nos sacs. À flanc de falaise, pavé, il conduit à un monastère suspendu au-dessus de la vallée.
19 h. Première bière, après quatre heures de marche skis sur le dos. Les filles sont bientôt prises de fous rires enivrés. Je ne me souviens plus vraiment du sujet, et qu’importe, cette légèreté me touche.
Kalarrites, chez Napoléon Zaglis – Napoléon et sa femme, derrière le comptoir de leur épicerie ©Yann Borgnet
Nous dormons chez Napoléon Zaglis. C’est un homme probablement dans sa septième décennie, à la silhouette trapue, à la moustache épaisse et au regard rieur. Avec sa femme, il tient un restaurant-épicerie et quelques chambres.
Lorsque Thomas lui demande du vin « Isabella », un vin marketé et de production industrielle, sa réaction est immédiate : « We don’t have this wine, it’s illegal to serve that! » Autrement dit, chez Napoléon, seuls entrent les bons produits !
Ici aussi l’on fête les Apokries : un immense brasier est installé sur la place du village, le nom « Kalarrites » est découpé en grandes lettres devant les flammes. La musique traditionnelle, aux sonorités orientales, entraîne même les corps les plus réservés. Des Grecs nous tendent la main et nous invitent à une ronde autour du feu. On nous offre un verre, une assiette, et nous découvrons une certaine idée de l’hospitalité.
chez napoléon,
seuls entrent les bons produits !
Entre Kalarrites et Chaliki – La petite file de skieurs remonte les pentes ouvertes des Tzoumerka. ©YB
Ce matin, c’est la femme de Napoléon qui nous sert le petit déjeuner, et lorsque son mari arrive dans la salle, nous sentons que chez eux, l’amour ne s’érode pas avec les ans. Comme la veille, nous chaussons à 1 500 m, puis remontons une crête arrondie jusqu’au sommet du Kalogiros (2 088 m).
Aujourd’hui, nous profitons du peu de distance à parcourir pour faire des détours et skier. Ce massif des Tzoumerka est assez idéal pour l’itinérance, car une fois la crête sommitale rejointe, la neige est bien présente et permet de poursuivre la traversée. Mais l’altitude des sommets reste modeste, et elle ne permet que 500 ou 600 m de ski.
La neige est particulièrement bonne : une petite couche de poudreuse au-dessus d’un fond ferme. Et donc sûre ! Nous redescendons la grande pente est du Kalogiros, puis remontons au Souflomiti par son versant sud-est. Les deux combes suivantes, en plein nord, nous régalent. J’avais peur que la neige n’ait commencé à se transformer de ce côté. Et malgré la chaleur, cette poudreuse ne bouge pas, étonnamment !
Entre Kalarrites et Chaliki – La petite file de skieurs remonte les pentes ouvertes des Tzoumerka ©YB
Une nuit à La Verliga, chez Christos
Comme à l’accoutumée, nous descendons à pied par une piste forestière jusqu’au village de Chaliki, que nous atteignons alors que l’éclairage public commence à illuminer les ruelles en pierre. Un panneau bricolé indique « La Verliga, café traditionnel et restaurant de meze ». Nous pénétrons dans une petite salle de restaurant, à peine éclairée par quelques appliques et une guirlande lumineuse.
Un gros chien blanc est installé sur le sol pavé de pierres, au milieu des tables. Les banquettes sont recouvertes de tissus à poils longs, habituels dans ces lieux. Les larges fenêtres en plexiglas forment une piètre isolation thermique, mais posé au milieu de la pièce, le poêle chauffe suffisamment pour que l’on se sente bien.
Ce village paraît déserté, et Christos Zacharis, le tenancier de ce bar-restaurant, également journaliste et animateur d’une web radio consacrée aux musiques traditionnelles grecques et aux chants valaques, semble être son seul gardien à la saison froide. Ses cheveux brun foncé et ses lunettes aux verres épais lui donnent un aspect un peu bourru, rapidement effacé par sa bonhomie. Il ne parle pas anglais, et c’est grâce aux outils de traduction instantanée que je tente de comprendre ce qu’il fait là.
Christos Zacharis, tenancier de La Verliga et gardien de Chaliki en hiver. © Yann Borgnet
Christos nous raconte qu’il est né et a grandi ici. Après avoir travaillé dans le journalisme et la publicité, il a décidé, il y a vingt et un ans, de revenir vivre à Chaliki pour tenter de redonner vie à son village. L’hiver, ils ne sont plus que trois habitants permanents, contre 600 à 700 en été.
Il nous parle aussi de l’histoire des Valaques, ces populations montagnardes installées depuis des siècles dans le Pinde et qui parlent une langue d’origine latine, l’aroumain. Une langue encore pratiquée à Chaliki, principalement par les anciens.
Pour préserver cet héritage, Christos a créé il y a cinq ans La Verliga, une web radio qui diffuse des chants valaques et des musiques traditionnelles grecques, « des musiques que nous étions sur le point d’oublier, nous explique-t-il, celles sur lesquelles nos parents et nos grands-parents faisaient la fête ».
des musiques que nous étions
sur le point d’oublier
Je suis content d’arriver chez Christos et de découvrir ce personnage, qui était assez énigmatique lorsque je préparais ce voyage. Lorsqu’il me répondait sur Facebook, il m’inondait de photos et de captures d’écran pour me faire la promotion de sa web radio et de son village. Et les réponses à mes questions sur les possibilités de dormir ici étaient vagues et évasives. J’ai juste compris qu’il fallait emmener nos duvets, et qu’il nous accueillerait bien volontiers.
Thomas, qui a questionné Christos sur le sujet dès notre arrivée, semble avoir compris que nous allions dormir dans différentes maisons du village. Mais au moment d’aller se coucher, Christos nous montre les banquettes qui couvrent l’intégralité des flancs de son restaurant. Des banquettes d’une trentaine de centimètres de large, sur lesquelles sont posées de petites mousses et ces fameuses couvertures à poil long. Nous pensons qu’il plaisante. Mais rapidement, nous comprenons que nous devrons dormir ici.
Dîner et soirée chez Christos, à Chaliki. © YB
Chacun à notre tour, nous testons les banquettes. Elles sont vraiment étroites et la petite mousse, très fine, n’absorbe pas complètement la dureté des bancs de bois. Alors nous réorganisons complètement la salle du restaurant avec l’accord de Christos.
Nous poussons les tables et installons ces petites mousses à terre, une couche de mousse à même les pierres qui constituent le pavement du sol, et la couverture à poil long par-dessus. Quatre petites mousses en largeur, soit environ 1,20 m, constituent ainsi un lit double. Le poêle à bois est notre point cardinal.
La nuit n’a pas été si mauvaise. Le grand chien blanc de Christos, Asproulis, a dormi avec nous et, tout excité, se frotte à chacun de nous en guise de salut matinal. Il mettra tout autant d’entrain à nous suivre, parcourant trois fois la distance que nous couvrons, les yeux fouettés par les bourrasques de vent.
le poêle à bois
est notre point cardinal
La longue errance d’Asproulis
Le matin nous remontons vers le sommet du lac Noss, point culminant au nord du massif de Balcaz. À présent, nous tentons de distancer le chien pour qu’il rentre au village, plutôt qu’il ne bascule avec nous au nord du massif. Une traversée trop raide aura raison de ses capacités sur neige gelée. Nous le perdons ici, en espérant qu’il redescende vers son maître.
De l’autre côté, une belle combe nous offre une neige délicieuse à skier. Mais vers 1 500 mètres, il faut déjà renfiler les baskets pour rejoindre Antochori, dernière halte dans ce massif sauvage et qui s’est avéré idéal pour le ski itinérant.
Alors que ce village d’Antochori semble minuscule, nous trouvons un petit bar juste en face de notre hébergement. Le poêle au long tubage horizontal traversant la pièce ferait vaciller nos normes françaises. Installé à la table derrière nous, un groupe d’anciens fume cigarette sur cigarette, intrigué par notre présence ici à cette saison.
Le petit village de Chaliki. © YB
neuf jours plus tard,
contre toute attente,
des randonneurs grecs
le retrouvent vivant
Soudain, nous repensons au chien Asproulis et envoyons un message à Christos. Réponse immédiate : il n’est toujours pas rentré, son maître craint les meutes de loups. Je commence à douter de notre choix de le semer pour qu’il redescende sur le bon versant.
Les jours passent, sans aucune nouvelle d’Asproulis. Nous sommes bien peinés de cette situation, et pensons surtout à Christos, pour qui ce chien est probablement la seule compagnie l’hiver. Il nous rend compte chaque jour des efforts qu’il déploie pour le retrouver.
Descente vers Anthochori. © YB
Et neuf jours plus tard, contre toute attente, des randonneurs grecs le retrouvent vivant, a priori dans la zone où nous l’avions perdu de vue. Son incroyable survie et son sauvetage font le tour des médias grecs, avant que l’histoire ne franchisse les frontières, jusque dans la presse française, italienne et même indienne. Cet heureux dénouement aura au moins offert une renommée internationale à ce petit village du Pinde que Christos s’efforce de faire vivre depuis une vingtaine d’années !
Quatrième jour, étape idyllique vers Perivoli. © YB
Sous les pins du Pinde
Le lendemain, nous partons vers le Pinde. Le relief y est plus doux que dans les Tzoumerka. Les montagnes sont arrondies, la végétation est strictement étagée : les hêtres dominent d’abord. Puis plus haut apparaissent les arbres qui donnent leur nom au massif [à vérifier] : des pins centenaires, majestueux et pour certains étêtés, sculptés par les tempêtes successives.
C’est notre deuxième journée à plus de 2 000 mètres de dénivelé positif, et elle se termine au soleil couchant. Là-haut, au sommet de l’Avgo (Αυγό, 2 177 m), nous nous dressons sur le toit plat d’un ancien poste de guet, recouvert d’une épaisse carapace de givre. À perte de vue, les montagnes grecques sont illuminées par une intense lumière orangée.
à perte de vue, les montagnes grecques
sont illuminées par une intense lumière orangée
Un relief différent, étape idyllique vers Perivoli. © YB
Derniers rayons du soleil sur l’Avgo. © YB
Nous terminons cette étape à la frontale, et nous sommes accueillis à Perivoli par Eleftheria (liberté en grec !) et Stergios, avec peut-être la meilleure cuisine du séjour : tzatziki, salades grecques, viande en sauce avec du riz. Eleftheria nous raconte leur vie ici, sept mois par an au village. Ils ont rénové et agrandi le bâtiment et parlent avec fierté de leur région, la Valia Kalda, et de leur attachement à ce territoire.
Je crois qu’ils sont revenus au village spécialement pour nous, qu’ils étaient contents de ce retour aux sources en pleine parenthèse hivernale ainsi que d’accueillir des skieurs. Nous découvrons avec surprise qu’ils sont équipés de splitboards flambant neufs, et nous leur proposons naturellement de nous accompagner pour l’étape du lendemain.
En nous élevant à pied en direction de la longue crête qui nous sépare de Vasilitsa — seul passage encore enneigé —, je comprends pourquoi ils ont décliné ma proposition. Cette étape s’intègre bien dans le cadre d’un raid itinérant, mais elle n’est pas du tout adaptée à une sortie en étoile à ski.
Blotti au coeur des forêts, le village de Perivoli © YB
Une fois la crête rejointe et en dehors d’une petite combe nord qui nous offre quelques virages, nous avons l’impression d’avoir troqué les skis de randonnée pour des skis nordiques ! Nous arrivons dans une petite station de ski grecque, Vasilitsa. Le parking est aussi immense que désert.
J’avais réservé un hébergement dans un village plus bas, mais Yanis, qui devait venir nous récupérer en voiture, s’est blessé la veille à ski. Après quelques atermoiements, nous trouvons finalement un hébergement dans la station, hybride entre hôtel et refuge avec ses grands dortoirs. L’ambiance est particulière et bien loin des logements chez l’habitant. Panos, le gérant, d’allure renfrognée, ne se détendra qu’au moment où je paierai l’addition.
L’étape du jour semble heureusement plus courte que celles des derniers jours. Mais ce constat s’avère bien théorique, et cette journée de « transition » sera finalement bien longue !
Crêtes du secteur de Vasilitsa – Des pins émergent entre les corniches © YB
La première montée se termine sur une magnifique arête cornichée. La descente, dans une neige transformée à point, se mue en épreuve de slalom entre des pins aux implantations plus ou moins denses. À l’excitation de mes compagnons, je comprends qu’ils en veulent davantage. Nous remontons donc au sommet sous une chaleur de plomb.
Après quelques passages de type « sanglier », nous finissons par rejoindre un sentier à flanc de montagne, tracé au milieu des pins centenaires. Au niveau d’une carrière, l’un d’eux, énorme, se tient sur deux jambes.
Depuis le début de notre séjour ici, nous constatons avec désolation les conséquences des crues de l’automne, qui ont ravagé l’Épire. Ici, le pont qui devait nous permettre de traverser la rivière a disparu, nous obligeant à tester la température de l’eau.
Nous arrivons enfin au monastère, qui nous paraissait si proche quelques heures plus tôt. Samarina est un village assez gros, mais à cette saison la plupart des maisons ont leurs volets clos. Juste à côté de la guest house, un grand bâtiment couvert en bac acier rouge semble être un bâtiment religieux.
Sur le toit d’une petite annexe pousse encore un gros pin, symbole de ce massif où il règne en maître. Sur une vieille photo en noir et blanc, des prêtres en soutane communient devant lui, attestant de l’histoire partagée entre cet arbre et l’église.
un gros pin,
symbole de ce massif
où il règne en maître
Descente du secteur de Vasilitsa © YB
Les propriétaires de la guest house gèrent également un restaurant au centre du village, nous y sommes donc conviés pour le dîner. Mike vient à notre rencontre de manière avisée car nous aurions pu entrer facilement à une mauvaise adresse, chaque restaurateur essayant de nous attirer à lui. À l’entrée de sa taverne, un agneau dépecé, pendu par les pattes arrière, préfigure la carte proposée !
A priori, le repas sera plutôt carné. Nous donnons carte blanche à Mike, la table se couvre rapidement de nombreux mets. Pour la première fois depuis le début de la traversée, une vraie carte des vins nous permet de découvrir cet élément de la culture grecque.
Nous confrontons le pinot noir et le tannat, cépages plutôt répandus en Europe, au xinomavro, cépage autochtone qui magnifie un vin produit en biodynamie. Un coup de cœur pour l’équipe, et en premier lieu pour Aurélien, notre vigneron au palais fin !
Vers Samarina, le pont a disparu. © YB
Un festin à Samarina. © YB
Le Smolikas en apothéose
Dernier jour, et non des moindres, puisque nous projetons l’ascension du deuxième sommet le plus haut de Grèce, le Smolikas (2 637 m). Pour une fois, nous insistons un peu plus que d’ordinaire pour prendre un petit déjeuner matinal. J’ai dit à Panagiotis que nous serions à 15 h au point de rendez-vous fixé, de l’autre côté du Smolikas.
Le village de Samarina est relativement élevé, à près de 1 500 mètres d’altitude, et nous offre – enfin – la possibilité de partir skis aux pieds.
Le Smolikas se présente comme une longue arête sommitale assez plate, ponctuée de plusieurs cimes successives. Le jeu de la journée consiste à profiter des descentes pour couvrir la plus grande distance possible et éviter de la parcourir à peau de phoque. Ainsi, dès que nous rejoignons un point haut et qu’une pente se prête à une très rapide descente, nous nous laissons glisser pour rejoindre le sommet suivant.
Ski sur le Smolikas (2 637 m), deuxième sommet de Grèce. © YB
Nous sommes enfin tous réunis au sommet, au terme de cette traversée d’une semaine à travers les monts de l’Épire, une traversée mémorable. Je n’étais sûr de rien lorsque j’ai tracé cet itinéraire, je l’étais encore moins à quelques jours du départ, alors que la limite d’enneigement me paraissait très haute.
C’est sûrement le voyage qui m’a demandé le plus de préparation, à la fois parce que les Grecs ont cette fâcheuse tendance à ne pas répondre aux messages lorsqu’ils utilisent des messageries cryptées, et parce que, pour beaucoup d’autres, il est presque impossible de les joindre autrement que par téléphone ou par SMS.
D’ici, nous voyons notre point de départ : le Kakarditsa, point culminant des Tzoumerka, au pied duquel nous sommes passés le premier jour. Il paraît loin, immensément loin. Et puis, un peu plus proches, ces monts arrondis qui marquent l’entrée méridionale du Pinde.
je n’étais sûr de rien
lorsque j’ai tracé
cet itinéraire
Reste la descente, qui encore une fois ne semble pas très évidente. Le jeu, comme depuis le début de ce voyage, consiste à optimiser au maximum la limite d’enneigement, à chercher les combes où la neige subsiste et à garder les skis le plus longtemps possible.
Mais à ce jeu, nous ne sommes jamais gagnants au-dessous de 1 500 mètres d’altitude. C’est par un sentier évoluant dans une végétation méridionale que nous terminons cette belle traversée, et retrouvons Panagiotis dans le village de Pades.
Heureux au sommet du Smolikas (2 637 m), deuxième sommet de Grèce. © YB
le chemin entre deux langues de neige
fait aussi le voyage
Ski Med : skier en Méditerranée et composer avec les incertitudes d’une neige rare
J’aime la neige parce qu’elle est incertaine et peut nous surprendre. J’aime la neige lorsqu’elle se met à tomber là où on ne l’attend pas, ou lorsque l’on ne l’attend pas. C’est ainsi que j’avais imaginé il y a quelques temps organiser un voyage à la mi-décembre, incertain dans sa destination jusqu’au dernier moment, pour aller profiter des premières neiges. Un jour peut-être, ce sera “la surprise du Père Neige”.
En ce début d’hiver 2026, les montagnes méditerranéennes ont bénéficié de cette double alchimie de froid et de dépressions successives. En dernière minute, j’ai réorganisé mon emploi du temps et proposé un voyage au Maroc. Départ de Genève au milieu de la nuit, et à midi, nous mangions un tajine dans les rues d’Imlil, aux portes du Toubkal. Il a neigé pendant deux jours. L’ambiance était irréelle.
Mais construire une traversée à ski demande de composer avec ce que la neige offre de possible. En Grèce, à quelques jours du départ, je doutais encore de pouvoir relier les villages, tout simplement de pouvoir suivre la ligne idéale que j’avais tracée. Cette année 2026, nous avons eu de la chance car la neige était présente sur le pourtour méditerranéen.
Grèce et Maroc, deux voyages méditerranéens aux approches bien différentes, l’un décidé en dernière minute, l’autre planifié plusieurs mois à l’avance. Je veux skier à nouveau dans ces pays, mais sans la pression de savoir si nous aurons de la neige, sans planifier comme pour les voyages classiques, une date, un itinéraire. Alors, à défaut d’organiser la surprise du Père Neige cette année, je tente le Ski Med, la surprise de skier dans un massif au climat méditerranéen. Une date mais plusieurs destinations possibles, et un choix deux ou trois semaines avant le départ. Ça vous tente ? Raid à ski méditerranéen 2027
Sur le terrain, nous avons cherché les crêtes qui conservaient la neige, les combes qui permettaient de descendre un peu plus bas. Nous avons aussi beaucoup marché, skis sur le dos. Ces portions à pied nous ont conduits sur des sentiers pavés, à travers les forêts et jusque sur les places des villages.
Faire un raid méditerranéen, c’est accepter que l’itinéraire imaginé ne soit pas tout à fait celui que l’on parcourra. Garder des possibilités de détour, pouvoir modifier une étape, et laisser une place à l’imprévu. La neige nous donne envie de partir. Le chemin entre deux langues de neige fait aussi le voyage.
Retrouvez mes prochains Grands Raids à Ski, toujours pensés avec cette même envie d’exploration et de traversées au long cours. Pour découvrir les prochains départs en avant-première, rejoignez mon groupe d’annonces WhatsApp.


