Écrins : l’urgence est déjà là

« Nous ne reviendrons pas à la situation antérieure. » À propos du Pré de Madame Carle, la formule d’Arnaud Murgia, président du Parc National des Écrins et vice-président du Département des Hautes-Alpes, est difficilement contestable.

Une partie de la route a disparu, le torrent a changé de lit et reconstruire au même endroit pour voir le prochain orage tout emporter pose effectivement question. Le réchauffement climatique oblige à revoir les priorités.

Mais quelles priorités ?

Au même moment, les Hautes-Alpes se préparent aux JO 2030 avec une capacité certaine à mobiliser de l’argent, des procédures et des calendriers. Dans la perspective des JO 2030, un plan de 520 millions d’euros a été annoncé pour moderniser les transports routiers et ferroviaires des Alpes du Sud.

Le Département des Hautes-Alpes a, de son côté, identifié 228 millions d’euros de travaux routiers qu’il souhaiterait réaliser avec le soutien de l’État et de la Région. Son président Jean-Marie Bernard l’a résumé ainsi : « On va accélérer ce qu’on devait faire en vingt ans, on a la capacité aujourd’hui de le faire en quatre ou cinq ans. »

Et si cette même accélération s’appliquait à l’habitabilité en montagne ?

La Barre des Écrins depuis Roche Faurio. ©Ulysse Lefebvre

Soyons clairs. Les questions de l’entretien de la RN94, de la RD1091, du ferroviaire ou des routes départementales n’avaient pas besoin des Jeux pour être posées. A fortiori dans un contexte de dégradation dû au changement climatique. Elles avaient besoin de moyens et d’un calendrier.

Deux tempos existent, et, dirais-je, se télescopent. Pour les JO 2030, le mouvement est allegro : les financements se débloquent. Pour des communes comme Vallouise, confrontées aux crues et à la nécessité de préserver leur accès et même leur existence, le tempo est plutôt lento. Le changement climatique, lui, joue une seule partition : brutale.

Le changement climatique, lui, joue une seule partition : brutale

Lorsqu’une échéance comme les JO est présentée comme une priorité politique, l’argent public peut être mobilisé rapidement, les procédures accélérées et des travaux attendus depuis des années soudainement ressortis du placard. C’est précisément ce qui interroge les guides et socio-professionnels haut-alpins.

L’adaptation des vallées alpines au changement climatique n’est pas une échéance lointaine : elle est déjà là. En quelques années, le massif des Écrins a vu deux accès majeurs rendus compliqués, deux refuges fermés et d’autres menacés par manque d’eau, et d’innombrables portions de sentiers et passerelles emportés.

La question n’est donc pas d’opposer mécaniquement les JO aux besoins de la montagne et du tourisme quatre saisons, mais de comprendre pourquoi ces derniers peinent à provoquer la même mobilisation politique et financière.