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Dans le Vercors, le Ranc des Agnelons jouxte le Gerbier. Son vaste versant ouest a vu, depuis les années 1970, fleurir quelques voies d’escalade libre assez remarquables, hautes de 200 à 300 mètres et plutôt techniques. Les Isérois Symon Welfringer et Jonathan Crison y ont ouvert l’an passé, et libéré ce printemps, L’Oeil du Lynx. Attention, voie très dure : 3, voire 4 des 7 longueurs de la voie sont évaluées de 8a+ à 8c ! Récit et topo signé par le duo.

Aller grimper dans les alpages du Vercors, c’est un peu comme aller jouer dans le jardin…
Un cadre bucolique qui ferait (presque) prendre goût aux marches d’approche avec un gros sac. Les pins apportent leur air de sud, les prairies à vaches contrastent avec la raideur des parois calcaires. Le tout servi sur un plateau.

Début juillet 2021, Jonathan me propose d’aller jeter un oeil à une paroi pas loin de chez lui, une belle ligne de fissures à ouvrir, qu’il me dit. Arrivé au pied, je vois surtout les longueurs raides et compactes à gauche de ces fissures. Pas très difficiles à convaincre quand il s’agit de faire plus dur, nous nous élançons finalement dans ce mur déversant et compact où seulement très peu de prises se dévoilent : le challenge de libérer les longueurs commence à prendre forme.

Une vraie pépite

©Hugo Wirth

©Jonathan Crison

Nous ouvrons les longueurs dans un style mixte, posons des spits quand le rocher est trop compact et usons de quelques coinceurs pour les sections plus fissurées. Au bout de 3 jours, nous avons fini l’ouverture de cette voie : on pressent une vraie pépite.

Dans la variante de la dernière longueur, proposée à 8c. Sortie plus humaine par la fissure, sous le bombé à gauche (7b) ©Hugo Wirth

Wouahhhhh Sym, c’est un lynx meeec ! Regarde, regarde !!!

À l’inquiétude d’avoir un ensemble de longueurs hétérogènes s’est vite installé une certitude : ce sera dur, puis pas facile, puis très dur. Homogène en somme…

Avril 2022. Nous revenons pour nous frotter au challenge de libérer les longueurs ouvertes l’été dernier. Les lieux sont déserts, on pourrait se croire en plein confinement. Impression qui n’a pas échappé aux marmottes, bouquetins et chamois réunis pour l’occasion : le meeting a une certaine ampleur car même M. Lynx en personne nous fait honneur de sa présence au défilé… « Wouahhhhh Sym, c’est un lynx meeec ! Regarde, regarde !!! » Cette rencontre nous émeut pour la journée : c’est un peu notre Panthère des neiges !

Mètre après mètres, nous nous rendons compte de la réelle beauté de l’escalade, mais aussi des difficultés de chaque longueur. En deux jours, je réussis à toutes les enchainer, dont deux en 8b particulièrement incroyables.

C’est un sentiment bien particulier d’enchainer une grande voie à son niveau max, mais quand cette voie, c’est toi-même qui l’as découverte et créée, tout est est réuni pour des sensations et une joie intense.

Bilan : 200 mètres d’escalade jusqu’à 8b, équipés avec quelques passages en trad. La cerise sur le gâteau : une variante en dernière longueur estimée à 8c, voire plus en dalle, qui reste à libérer. Les cotations ici annoncées restent à confirmer mais sont inspirées de celles de la voie Ligne de Vie (8a+, Sylvain Maurin) aux 3 Pucelles. Une voie au rocher assez voisin, que j’ai pu gravir en libre moins d’une semaine après notre passage au Ranc.

Avoir un oeil de lynx

Le calcaire psychotique du Ranc des Agnelons… Symon dans la variante de la dernière longueur, encore non libérée (L7′, 8c ?) ©Jonathan Crison

Le Vercors Nord aura tenu ses promesses : des pieds à plats, des inversées, et une escalade physico-intellectuelle plutôt exigente. Qualités requises pour une répétition : rester lucide, pouvoir distinguer parmi les formes du rocher celles qui deviendront les prises clés. Bref, avoir un œil de Lynx…

Avis aux amateurs de grandes voies corsées, les longueurs dures sont très bien équipées. Un petit jeu de friends suffit pour se protéger, et n’hésitez pas à nous contacter pour un topo plus détaillé ou toute autre information. Voir cette voie répétée et parcourue serait un immense plaisir, et de ma petite expérience en grande voie, elle en vaut vraiment la peine !

L’ensemble (ou presque) du versant ouest du Ranc, depuis l’approche ©Manu Rivaud

Face ouest du Ranc des Agnelons, secteur PGHR, voie L’Oeil du Lynx, 200 m, 8b ( 7b obligatoire)

L1 7a, 40 m, spits

L2 8b, Camalot n°1 et un n°2, 30 m, 15 dégaines

L3 8b, idem, 30 m, 10 dégaines

L4 8a+, Camalot n° 0.75, un n°2, 30 m, 10 dégaines

L5 7b, Camalots n°1, 2 et 3, 30 m, 6 dégaines

L6 6b, Camalot 0.75, 20 m

L7 7b puis 6a, Camalots 0.3, 0.4, 2, 20 m

L7′ Variante « Eye of the tiger », 8c ?

Matériel pour une répétition
Un jeu de Camalots du 0.3 au 3, 14 dégaines dont 2 rallongées, hissage conseillé, un brin de corde à simple de 80 m (pour redescendre en moulinette en cas d’essais dans les longueurs).

Descente en rappels ou à pied par le col Vert.

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