Shangri La, une utopie montagnarde détournée

Le monastère de Lamayuru, au Ladakh. ©Jocelyn Chavy

Il est un endroit légendaire qui, depuis longtemps, taquine la curiosité et les rêves des voyageurs montagnards. Cet endroit, c’est Shangri La, la lamaserie née des fantasmes de l’écrivain britannique James Hilton dans son roman Les Horizons perdus (1933), que le réalisateur américain Frank Capra adapte pour le cinéma en 1937 –  et dont Charles Jarrott réalise un remake en 1973. Histoire d’un mythe himalayen.

Le roman de James Hilton relate l’histoire de quelques voyageurs occidentaux (trois Anglais et un Américain) qui, après le détournement de leur avion et son atterrissage chaotique, se retrouvent au beau milieu de l’Himalaya, perdus mais bientôt recueillis au sein d’une lamaserie, Shangri La, qui leur permet d’échapper de peu à une mort autrement certaine, dans le froid et la tempête. Perdue aux confins d’une vallée tibétaine, cette petite cité n’est connue de presque personne. Un anonymat qui, jusque-là, semble l’avoir préservée de bien des drames humains. Très vite, les « rescapés » comprennent qu’ils sont dans un endroit très particulier, qui n’a absolument rien d’ordinaire, du moins de cet ordinaire qu’ils fréquentaient en Europe, aux États-Unis ou dans les consulats et les ambassades. C’est qu’ici, en ce lieu reculé et enclavé, règne une paix étonnamment puissante, loin du chaos du monde dit civilisé et moderne ; une paix à la fois intérieure et sociale, où une certaine conception de « l’égalité » entre les hommes et l’éloge de la mesure ont permis, semble-t-il, d’éliminer le crime, la convoitise et les passions jugées destructrices.

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