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Rébuffat-Baquet : histoire d’une ouverture à l’aiguille du Midi 100 ans de la naissance de Gaston Rébuffat

La Rébuffat-Baquet est l’une des plus belles voies d’escalade du massif du Mont-Blanc. Pourtant, qui sait que cette voie fut ouverte presque sur un coup de tête. Après en avoir vu un aperçu dans notre portfolio, découvrez son histoire avec un extrait de Maurice Baquet, portrait avec violoncelle, d’Hervé Bodeau. 

Début juillet 1956, les deux alpinistes ont profité de belles conditions pour remonter le couloir Gervasutti au mont blanc du Tacul. Au retour, passage obligé sous la belle face sud de l’aiguille du Midi, au-dessus de ce col du Midi où ils ont tourné tellement d’images. Maurice se lance :
– C’est rudement beau.
– …
– Pas très long.
– …
– Beau granit, bien ensoleillé. Est-ce que quelqu’un est passé tout droit ?
– Non. Enfin Gaston parle…
– Des tentatives à gauche et à droite, mais rien directement dans la face. 

Sur ce, Gaston rejoint à grandes enjambées le bas de la paroi. La face sud de l’aiguille du Midi ! Deux cent cinquante mètres de granit rouge, d’une seule lancée entre 3 600 et 3 800 mètres, jusquelà jamais gravis mais dont l’élégance des lignes n’a pas échappé à Rébuffat ni à Maurice. Première tentative, quelques dizaines de mètres d’escalade et une courte échelle les mènent au pied du système de fissures qui strie la face et doit permettre de s’élever vers le sommet. Mais, comme dit Maurice, « il n’y a pas grand-chose. Si peu même que Gaston décide de réfléchir à la question… mais en bas, dans la vallée. » Retour à Chamonix. 

La face sud de l’aiguille du Midi, ou se faufile la Rébuffat-Baquet. ©Ulysse Lefebvre

Quelques jours plus tard, le 13 juillet, les deux alpinistes remontent à nouveau les premières longueurs et s’attaquent à la suite. La progression se fait sur étriers ou en escalade libre. Pas toujours simple. « Le granit est compact et ne se laisse pas avoir sans défense. Sans doute ne savait-il pas qui est Gaston. Maintenant il a compris, il cède… doucement. » Maurice, toujours souriant, suit vaillamment son complice dans les longueurs, fier de partager ce moment avec lui. Après une dizaine d’heures d’escalade, les deux hommes peuvent enfin se dresser en haut des dernières dalles. Sous l’oeil ravi des touristes que le tout récent téléphérique vient de déposer à 3 842 mètres.

Ce jour-là, la Rébuffat-Baquet est née, superbe composition de deux artistes mais aussi paraphe d’une amitié. Assis au sommet, Momo-Sancho et Gaston-Quichotte savourent. Ce qu’ils ne savent pas encore, c’est que ce cadeau qu’ils se sont offert, ce bonheur d’escalade qu’ils mettront en images quelques années plus tard dans Entre Terre et Ciel, fera rêver des générations d’alpinistes. Merci, Messieurs.

Extrait du livre Maurice Baquet, portrait avec violoncelle, Hervé Bodeau, Ed. Guérin-Paulsen, 2016. 

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