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C‘est incontestablement nouveau, depuis quelques mois… et avant l’arrivée du virus ! Les pratiquants, les professionnels de la montagne, les passionnés des cimes ne font plus seulement que « passer en vallées » entre deux « sorties » tout là haut. Ils sont clairement de plus en plus nombreux à vouloir s’occuper de ce qui se joue sur les pentes et dans nos villes ou villages de montagne.

Cet engagement inédit est visible sous diverses formes : les collectifs d’acteurs et de citoyens montagnards qui se créent un peu partout dans nos massifs, la multiplication d’initiatives locales, artisanales, artistiques, agricoles ou d’activités de pleine nature, la mise en réseaux des activités dites « alternatives » qui nourrissent de vraies envies de vivre différemment nos territoires… C’est sans doute vrai aussi du grand nombre de listes citoyennes pour les élections de ce week-end dans nos villages. Cette volonté émergente de prendre en main collectivement l’avenir de nos montagnes est marquante. Et pas seulement pour s’opposer à des projets dégradants pour la nature, mais pour vraiment FAIRE autrement et ensemble.

Je n’ai jamais ressenti, dans le monde de la montagne, un tel potentiel d’énergie et de créativité humaine. Cela pourrait changer la donne… Les esprits chagrins (ou lucides ?) diront que la perception de « on approche du mur » y est peut-être pour quelque chose. Peu importe, l’essentiel est de retrouver de l’envie, du sens, du désirable pour vivre pleinement et en profond respect avec notre planète Terre. Depuis combien de temps n’avions nous pas rêvé les unes et les autres, les uns avec les autres ?

 

nous serons encore plus nombreux à remettre à plat, collectivement,
notre façon de vivre la planète et la montagne

La forte actualité autour du virus pourrait aussi accélérer cette nécessité de repenser profondément nos modes de vie. En ce début 2020, ce virus microscopique bouscule les vies humaines à l’échelle planétaire et bien sûr atteint aussi nos contrées d’altitude. Stations de skis fermées en Italie, compétitions de ski alpinisme annulées, voyages au Népal ou aux États Unis quasi impossibles, refuges fermés, chômage technique, habitants en isolement… Face au risque de pandémie et ses conséquences potentiellement graves, il convient, bien évidemment, de tout faire pour limiter les dégâts. J’espère vraiment qu’avec la sortie de la crise coronavirus, nous serons encore plus nombreux à remettre à plat, collectivement, notre façon de vivre la planète et la montagne ! En toute lucidité, au regard du véritable bouillonnement récent dans nos écosystèmes montagnards, je pense que ce sera le cas. Ça pourrait changer dans nos vallées !

Cette page qui se tourne est fondamentale. Le 20ème siècle nous a enseigné que tout nous était possible sans limite. Illusion dévastatrice pour toute la vie sur Terre et, en fin de compte, déprimante pour nous les humains. Oui en un clic d’une seconde, on peut décider aller à l’autre bout du monde et même parfois pour pas cher du tout. En montagne comme ailleurs, nos inventions, nos moteurs, nos technologies nous ont apporté du bon mais aussi le pire, la démesure, les projets pharaoniques, le toujours plus grand, plus fort, plus loin, la concurrence, la domination, le mépris pour le vivant et le non-vivant.

Dans le même temps nous avons transformé nos rêves intenses en objet de consommation basiques. Nous avons réduit nos grands voyages à de simples passages. Nous détraquons toutes les vies et nous nous comportons comme des bulldozers sur la planète. Tout ramener à l’homme, à sa supposée puissance sans limite, à « son économie qui fait le monde », est profondément malsain, destructeur mais c’est surtout une impasse totale. Il faut revenir vite à l’essentiel : la vie sur Terre passe par la recherche de l’indispensable symbiose de Homme et du Vivant.

symbiose :
association étroite de plusieurs organismes différents,
mutuellement bénéfique,
voire indispensable à leur survie

La page qui se tourne peut être passionnante. Une page faite de sobriété, de respect, de coopération doit s’écrire. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer deux ou trois choses dans nos vallées, mais bien de repenser, de changer. Notamment le tourisme montagnard mais aussi la vie de nos territoires, la mobilité, l’économie locale, l’alimentation, la création, nos pratiques en pleine nature…

Face aux défis d’une telle ampleur, c’est une véritable transition démocratique qu’il nous faut penser. Et, bonne nouvelle, sa conception est déjà engagée : les énergies humaines sont là, dans tous les secteurs du milieu montagne. La disponibilité est forte pour se mettre au travail ensemble. Ce que nous n’avons encore jamais fait ! La nouvelle énergie viendra des territoires, là où les acteurs de la montagne, les citoyens peuvent reprendre confiance dans leur capacité à changer, concrètement, ensemble.

Pour contribuer à la convergence de toutes ces initiatives, réflexions et expérimentations concrètes, à l’échelle de tous nos massifs, Mountain Wilderness a proposé à tous de lancer et de co-organiser des Etats Généraux de la Transition du Tourisme de Montagne. Clairement le milieu montagne dans sa grande diversité répond déjà présent et manifeste une forte volonté de s’engager dans cette dynamique. Ces États Généraux vont se préparer avec tous les acteurs et professionnels de la montagne, du tourisme, de l’agriculture, les scientifiques, les acteurs économiques, les élus, les ONG, les collectifs citoyens de vallée, les étudiants mais aussi avec les régions et l’État. Le rendez vous est pris pour la mi-novembre 2020 à Grenoble.

La formidable beauté de nos montagnes pourrait être une sacrée source d’inspiration, pour imaginer notre avenir « en symbiose » sur Terre et faire l’éloge du suffisant.

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