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Dix ans au plus haut niveau, 10 ans de compagnonnage avec des athlètes d’exception. On a vite pris l’habitude de sa silhouette affutée, et d’un détail indémodable. Philippe Propage. Signature ? Moustache éternelle pour Monsieur L’entraîneur de l’Équipe de France de Trail*, et sérénité communicative à tous. Signe distinctif ? chiffres écrasants, et palmarès d’un solo-collectif : 34 médailles. Tout commence en 2009, puis la page se tourne en 2019. Amateurs de comptes ronds et de breloques qui brillent, vous avez trouvé votre livre de chevet. Parmi ceux qui font le trail, Monsieur Propage occupera longtemps une place de choix. Nous le découvrons conteur…

Il est des histoires d’amours – sportives, qui débutent comme ça et conduisent au plus haut. C’est celle d’un Stéphanois aux bacchantes seventies, parti du Forez Athlétique Club d’Andrézieux-Bouthéon, et qui deviendra coach de l’Équipe de France de Trail de 2009 à 2019. À travers son parcours, c’est l’histoire d’une équipe qui marquera la discipline : naissance et explosion du trail, l’Âge des premiers et une génération d’exception. 34 médailles pour 25 filles et 23 garçons, qui s’appellent Clavery, Rancon, Mauclair, Gobert, Court, Pommeret…La grande majorité encore dans le feu de l’action en 2019. Au centre ? la passion et ce même étonnement rafraichissant de Sir Coach : protagoniste de 10 ans de lauriers, mais à la curiosité juvénile qui fait du bien. Spectateur autant qu’acteur, et bénévole de la FFA forever. Un retour édifiant sur un chemin d’équipe, fait de rencontres et de surprises : à revivre en détail dans cet album d’image, polaroid au poing. Attention, émotion en live ! Confidences pour confidences (pas une chanson, ça ?), Philippe Propage nous livrait récemment quelques pistes heureuses. La pluie pleuvait, les coureurs couraient, entre Sainté et Lyon…

Philippe Propage. DR

Julien Gilleron : Philippe, 10 années et un livre à la clef : sentais-tu qu’il fallait témoigner à tout prix, sur une décennie d’athlètes qui ne se reverra peut-être pas ?

PP : Dix ans, c’est déjà un bel âge pour exister. Ça m’a donné l’envie de coucher l’histoire sur une feuille, car j’ai eu l’immense chance de vivre cette aventure. Veinard, je persiste ! et puis de feuilles en feuilles, cela commençait a faire du volume, et s’est alors posée la question. Que tirer de mes notes et confessions de coin de table, durant mes voyages avec cette Team ? Je trouvais dommage de garder tout pour moi. Mais comment partager? La seule idée qui m’est apparue était de relier cette kyrielle de récits pour en faire un résumé élargi… On appelle cela un ouvrage. Mais comme j’avais aussi des doutes sur mon objectivité, tant je suis DINGUE de cette équipe, j’ai estimé qu’il fallait également inclure des témoignages de sportifs. Pour confirmer ou démentir, nuancer, mon ressenti de passionné, ma lorgnette unique. Afin de ne pas dénaturer leur propos, je leur ai proposé le deal tel quel ; même s’ils pouvaient avoir une vision différente de la mienne. Et même contradictoire. Verdict ? Banco d’athlètes ! Presque tous ont dit oui. Bon, il a fallu quelques relances… les sportifs, et les champions, on sait ce que c’est. Occupés, on va dire ça. Mais l’histoire s’en est alors enrichie, en creusant le propos, et en devant reprendre le contact avec certains qui avaient pris quelques distances avec le trail.

Un bémol : j’ai pris beaucoup de plaisir a écrire ce livre, mais heureusement que je ne me doutais pas du boulot nécéssaire – qui plus est à compte d’auteur ! Il n’aurait sans doute jamais vu le jour.

je suis complètement bénévole, et je tire une extrême fierté d’être de ceux qui donnent de leur temps tout au long de l’année pour faire exister ce qu’ils aiment.. 

JG : Comment se retrouve-t-on entraineur d’une Team France, dans un sport qui explose au même moment : le bénévolat, ta carrière sportive… ?

PP : On me pose souvent la question : il faut croire que j’intrigue. Vous aurez des éléments de réponse en lisant mon livre… Mais plus sérieusement, comme toute vie, c’est un concours de circonstances. Alors que je venais de passer des diplômes d’entraineur au sein de la FFA, j’accumulais également des expériences dans l’encadrement d’équipe de France d’autres spécialités. Et il faut dire aussi qu’à cette époque, peu de personnes misaient sur un tel  développement de la discipline. Conséquence, la concurrence avec moi n’était pas féroce ou acharnée. Mon statut est en effet une rareté, comme beaucoup de fédérations ou de thérapeutes de sélections nationales, etc…: je suis complètement bénévole. Peut-être une des raisons pour laquelle les candidats ne se bousculaient pas ! Au contraire, personnellement j’en tire une extrême fierté car j’appartiens de fait à ces milliers de gens, qui donnent de leur temps tout au long de l’année pour faire exister ce qu’ils aiment. J’ai simplement un retour médiatique un peu plus important. Pour ce qui est de mon niveau sportif, j’ai toujours été un coureur… moyen. Parole. Premier quart du classement, sans plus. Mais à ce jour grâce aux coureurs que j’entraine, la vie est pleine d’humour car je dois avoir le plus gros palmarès du trail : il n’y a vraiment que peu de courses que l’un de mes athlètes n’ait pas remportée. Donc autant mon CV sportif est famélique, autant celui de coach est copieux ! mais il me semble que c’est ce que l’on recherche chez un entraineur et non pas le contraire…

JG : Tu as accompagné une très belle génération d’athlètes. Quels changements (ou pas) entre les premiers, et les derniers sélectionnés : mentalité, niveau, etc… ?

PP : Pas simple de comparer différentes générations de coureurs, meme si la question est très tentante. Je suis incapable de dire si certains étaient plus forts que d’autres. Chacun a été au sommet à son époque, et c’est très compliqué de vouloir établir des comparaisons car tous sont différents. Cela dit, cela n’a aucun rapport avec l’époque, ce sont simplement des individus avec leurs personnalités fortes. Finalement, je ne trouve au niveau des équipes de France que peu de différences : c’est davantage le trail, lui, qui a le plus évolué. Courses de plus en plus longues, difficiles, où les mains servent même parfois … alors qu’a l’origine le trail était un parcours ou il était presque possible de courir partout – même si la stratégie imposait parfois de marcher. Mais c’était plus pour se préserver que par obligation. Les coureurs venaient d’horizons différents, comme aujourd’hui. En revanche, les athlètes rajeunissent fortement ces dernières années, et c’est très bien pour le développement de la discipline. Une évolution à mon sens, se fait dans de ce qui gravite autour du trail ; avec une évolution importante du matériel, de la technologie embarquée, marketing qui l’entoure. Et puis depuis peu, l’obligation s’accroit de s’inscrire des mois voire plus, à une épreuve. Un autre fait marquant, c’est l’organisation et la participation à des courses de plus en plus lointaines, des destinations exotiques ou le tourisme est fortement associé au sport .

le résultat de ces équipes n’est JAMAIS le fruit du hasard, mais celui d’un gros investissement personnel des coureurs et de leur encadrement.

La moustache présente sur tous les podiums avec les athlètres.  ©Philippe Propage

JG : Ton ouvrage frappe par deux aspects : émerveillement enfantin, humilité de la démarche (NDLR : à compte d’auteur). Presque un album de souvenirs, on y sentirait justement un « esprit trail » tant commenté. Cet esprit, quel est-il, et se trouve-t-il en danger ?

PP : Objectif atteint, alors, et remarque que je prends comme un compliment total ! Tant mieux si à travers mon récit, on peut ressentir la sincérité et l’engagement. Tu as raison, c’est peut-être ça l’esprit trail (rires …). J’ai simplement voulu partager avec ceux qui le souhaitent ce qui se passe dans l’envers du décor, pour que tout un chacun puisse se rendre compte que le résultat de ces équipes n’est JAMAIS le fruit du hasard. Mais celui d’un gros investissement personnel de la part des coureurs et de leur encadrement, et d’une envie de vivre une aventure commune dans un sport individuel. Finalement l’esprit trail, c’est peut-être plus ici qu’il faut le rechercher. Et personnellement, étant toujours dans le positif, je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait pas perdurer dans les prochaines années. Qu’en dis-tu ? Et puis si j’avais le moindre doute, je crois que j’aurais déjà tiré ma révérence. 

©Philippe Propage

JG : Raccrocher définitivement la chasuble France, pas évident, on suppose. L’avenir proche et plus lointain ?

Mon avenir immédiat, je le vois encore quelques temps auprès de ces équipes, tant que je me sens d’apporter quelques choses a tous ces athlètes. Un nouveau championnat du monde de course de montagne longue distance aux Canaries en novembre prochain, mais avant ça, aller trainer mes guêtres sur les cross en début d’année et puis être présent sur de nombreux trails aux quatre coins de la France. La surprise dans la continuité, tant que l’amour des coureurs et de la discipline vit en moi. C’est fait de si petites choses, de l’odeur du sac au regard de l’athlète, en passant par les rituels habituels, la route, les briefings… et les rencontres, au centre du centre. Et puis la France, c’est un si beau pays de trail ! En outre, évidemment, je pense à ma présence sur le championnat de France de trail à Salers dans le Cantal. Enfin, il semble que l’on apprécie toujours (ou que l’on tolère ?!) mon coup de main sur des stages, ou des préparations nationales au fil de l’année… alors j’y vais, et comment !

 

 

*Philippe Propage a également coaché l’Equipe de France de 24h de 2008 à 2015.

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